SCENE PREMIERE
GEORGES, LA MÈRE ANDRÉ. Celle-
ci, dans la salle à manger, met le couvert; Georges, devant un secrétaire, lit de vieille^ lettres et les classe.
— Quelle heure est-il.
mère André >
La 3IÈRE André, du fond. ^'à
— Bientôt cinq heures, monsieur Georg"es.
Georges.
— Comment! cinq heures, dame n"est pas de retour.
et ma-
La mère André.
— La sœur de madame Taura retenue à Saint-Germain.
Georges.
— Sans doute.... Puis, le dimanche, les gares sont si encombrées.
La mère André.
— Notre dîner marchera tout de même.
allez, monsieur.
Georges, se retournant et regardant au fond.
— Surtout que la table ait bon air.
La mère André.
— Ça ne sera pas difficile avec une belle nappe blanche, et de la vaisselle aussi coquette.
Georges, gaiement.
— Cela vaut mieux que notre soupière bancale et nos quatre assiettes du commencement... hein... vous les rappelez-vous?
La .mère André.
— Monsieur a bien fait de se trouver une place.
Georges.
— Pas très brillante, ma place.
La mère André.
— Merci!... quatre cents francs par mois, dans les assurances.... Et puis madame donne des leçons de piano, et les leçons de piano, c'est du rapport.
Georges.
— Grâce à Dieu, mîre André... car, à dire vrai, nous avons eu une entrée en ménag'e bien dure.... (Un temps.)
La mère André, arrivant du fond avec une assiette qu'elle essuie.
— C"est M. l'abbé qui vient dîner ce soir r
— Comme chaque semaine.
La mère André.
— Ah! le finaud... avec ces dîners-là, il est tout de même arrivé à ce qu'il voulait.
Georges, la regardant.
— Qu'est-ce qu'il voulait donc, mère André?
La mère André.
— Mais, monsieur, fourrer le bon Dieu dans vos affaires, puisque vous aviez oublié de l'y mettre, que vous n'étiez mariés qu'au
Georges.
— Ah! vous avez deviné ça, vous?
La mère André.
— Je ne suis pas la seule. Si vous croyez qu'on n'en racontait pas chez les concierges,
l de voir un curé si camarade avec des.... [Elle rit.)
Georges.
— Des parpaillots comme nous, n'est-ce pas r... Cette mère André !
La mère André.
— Eh bien, monsieur Georges, je vais vous dire une chose... je ne suis pas autrement pour la relig-ion, moi, et cependant, quand j'ai vu monsieur et madame, le soir, à la Trinité, dans ce coin de chapelle, malgré qu'il n'y avait que des lumières et pas un chat....
Georges.
— Oui, comme je suis brouillé avec ma famille, madame n'a voulu personne de chez elle, ni sa sœur, ni son beau-frère, personne.
La mère André.
-— Ça m'a tout de même remué le cœur.
Georges.
— Parce que vous êtes une brave femme.
La mère André.
— Et comme il était gentil, M. Pierre, avec les dentelles de son surplis... que c'était beau, tout ce qu'il vous a dit!
Georges.
— Alors il faut lui faire un bon dîner.
La mère André. retourn.int à la s.ille à manger.
— Un dîner d'evèque. Si seulement j'avais un bouquet pour le milieu de ma table!
Georges.
— Vous savez bien que madame rapporte toujours des fleurs. [Il se lève.) .Mais est-ce ennuyeux qu'elle n'arrive pas ! J'ai presque envie d'aller au-devant d'elle. {Lj porte du fond s'ouvre.)
cp La Menteuse