SCENE V MARIE, GEORGES
Marie, gaiement.
— Ah ! le chéri.... Tu viens de ton bureau: Tu as averti que tu n"y retournerais plusr
Georges, l'air grave.
— Je n"ai pas été à mon bureau. J'arrive de Saint- Germain.
Marie, étouffant un cri.
— Oh!
Georges.
— L'oncle avait raison. Il n'y a pas de garde général à Saint Germain. Il habite
la Faisanderie. j"y suis allé, je Tai vu. Tu n'as pas de sœur. Le garde g-énéral n'est pas marié. {Un temps.)
Marie, prête à pleurer.
— Georg-es, tu ne m'aimes plus.
Georges.
— Je ne t'aime plus? .Mais, si je ne t'aimais plus, aurais-je passé ma nuit à me dévorer sur ce mensong-e que tu m'as fait hier, cette histoire d'orchidées venant de je ne sais oùr
Marie.
— Ah ! c'est donc ça, ta mine de toute la soirée?
Georges.
— Oui, j'avais cru que je pourrais oublier, mais dans le noir, peu à peu, des idées folles m'ont assailli, un soupçon en a amené un autre; et ce matin, je suis parti là-bas.
Marie.
— Pourquoi? Il fallait me demander. Je
t'aurais dit où j"avais acheté ces fleurs, et que les ayant payées trop cher, vu nos ressources, — je n"avais pas osé te l'avouer d'abord. Voyons, Georg-es, tu sais bien comme je suis dépensière.
Georges, ébranlé.
— Et le garde général r et la sœur?
AUrie.
— Encore un enfantillage, une vanité ridicule.... Le mari de ma sœur n'est qu'un simple garde, et pour les tiens, pour toi, j"ai eu honte d'une parenté aussi mesquine.
Georges.
— Alors, il est à Saint-Germain, ton beau-frère r
Marie.
— Il y était, mais depuis quinze jours on l'a envoyé près de Fontainebleau, dans un petit village.
Georges.
— Quel village:
Marie, sans hésiter.
— Le Moulin-Joli.... Et je peux te le prouver, j'ai une lettre là. {Elle ouvre V armoire, prend un flacon qu'elle cache dans sa poche.... Faisant semblant de chercher.) Mon Dieu! voilà que je ne la trouve plus cette lettre. Au fait, est-ce que je ne Tai pas brûlée?... Mais si. avec une foule d'autres papiers, tout à l'heure, quand tu rentrais. {Montrant la cheminée.) Tu peux voir, du reste.
— Pas de chance.... Donc, c'est à Fontainebleau que tu as passé ta journée?
Marie.
— Certainement.
Georges.
— Eh bien! Vite, une robe, ton chapeau, et en route. Nous allons à Fontainebleau, tous les deux.
Marie.
— Oh! s'il ne t'en faut pas plus.... Quel temps fait-il? Quelle robe vais-je mettre?
Georges, sombre.
— C'est ça qui m"est égal !
Marie, qui commençait à dégrafer son peignoir.
— Ah! tu le prends ainsi.... Eh bien, non! je n'irai • pas à Fontainebleau.... Pars seul, si tu veux; moi, je ne me dérang-e pas pour un homme à qui je suis indifférente.
Car c'est fini, n'est-ce pasr Tu ne me crois plusr Tu ne m'aimes plus r Impossible de vivre ensemble désormais?
Georges.
— ^'oyons. Marie, je n'ai pas soufflé mot de cela.
Marie.
— Mais si, mais si. Qu'est-ce qu'une vie à
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deux sans confiance ni tendresse? Je suis trop fière pour la supporter, moi.... 11 vaut mieux nous séparer. C'est d'ailleurs ce que tu désires, je Tai vu hier, quand Lucile était là. Eh bien! séparons-nous.
Georges.
— Marie!... mais tu es folle!
,Marie, sanglotant tout à coup.
— Qui m'aurait dit ça, pourtant ! Après dix mois de mariage... toi qui prétendais m'aimer au-dessus de tout !
Georges, la prenant dans ses bras, malgré une résistance.
— J'ai eu tort, ma chère petite femme.... Je conviens que j'ai eu tort. Oui, ce ne sont que des enfantillages, qui ne valaient pas la peine de se fâcher.
Marie.
— Méchant!
— Que veux-tu"- On est jaloux, on est soupçonneux, quand on aime.
Marie.
— Tu ne m'aimes pas.
Georges.
— C'est toi plutôt qui ne m'aimes pas
Marie.
— Je ne t"aime pas?
Georges.
— Non, tu ne m'aimes pas.
Marie.
— C'est toi qui....
Georges, lui coupant la parole avec un éclat de rire.
— Il faut en finir pourtant. Embrassonsnous. [Ils s'embrassent.)
Marie.
— Ah! qu'on est bien dans tes bras.... Comme je suis heureuse qu'il n'y ait plus un nuag-e entre nous!... Il n'}' a plus rien, dis r
Georges, très doux.
— Seulement, promets-moi de ne plus mentir, même pour des , ~,' niaiseries. Le mensonge m"inspire une telle horreur. . . .Tiens !
le malheureux Olivier que nous attendons ce matin....
Marie, bas. tressau- ^ tant.
— Je n'y pensais plus.
Georges.
— Je veux qu'il te raconte ses chag-rins, ce qu'il a souffert. {On sonne; Marie se dresse brusquement.)
Marie.
— On sonne. Tu entends r Georges.
Ce sont nos invités.... Et tu n'es pas
prête! Habille-toi. habille-toi. {Georges va vers Li porte.)
Marie.
— Georg-es... écoute. (// revient vers elle.) Ne t'en va pas.... Ne me laisse pas.
Georges.
— Qu"as-tu:
— Je m'ennuie.... J'ai peur.
Georges.
— Peurr
Marie.
— Si je mourais.... est-ce que tu aurais beaucoup de peiner
Georges.
— Quelle idée!
Marie.
— Réponds-moi.
Georges.
— Parbleu! Si tu mourais, je naurais plus de raison d'être.... C'est ma vie que tu
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emporterais, toutes mes joies, mon souffle, ma lumière.
ALvRiE, se berçant sur son épaule.
— Bien, bien, mon Georg-es. Dis-moi des choses douces, des choses tendres, des choses qui encouragent. Je m'en veux, j'ai
des remords.
Georges.
— Pour cette querelle que je fai faite? Mais je ne m'en souviens déjà plus. Je te dois tant de belles heures, tant d"heures inoubliables.
Marie, toujours sur son épaule.
— C'est comme cela que l'on doit être, lorsqu'on a eu d'ardents plaisirs l'un par l'autre, lorsqu'on sait que la destruction guette les mieux vivants, les plus forts.
Georges.
— Est-ce qu'on parle de destruction, quand on a ta jeunesse!... Tu auras fait quelque mauvais rêve. Attends que je
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souffle dessus. [Lui soufflant dans les cheveux.) Pfft ! parti.... Passe ta robe, maintenant, et viens; nos amis doivent être inquiets de nous.
Marie.
— Est-ce qu'il est Là... Olivier}
Georges.
— Je ne sais pas, je vais voir. (// sort.)
La Meuleuse