‹ La mer élégante: poésiesChapitre 3 sur 7 · Prologue · texte numérisé non relu

Prologue

Dès le mois de Juillet quand la chaleur augmente Comme on s'ennuie en ville on s'en va vers la mer Qui sous le ciel plus bleu s'allonge plus dormante Lorsque le vent la berce avec son souffle amer.

Là-haut le grand soleil, comme un front de satyre, Sourit en envoyant vers elle un baiser d'or; Elle, dans le lit mou de son sable, s'étire; Lui s'y couche le soir à l'heure où tout s'endort.

Pendant les tristes mois d'hiver on l'a laissée Seule et désespérée en son isolement ; A peine si parfois quelque humble fiancée Venait lui réclamer le corps de son amant.

Mais aujourd'hui les gens de mer vont à la pèche Joyeux, chantant, sans craindre encor les ouragans , Et partout sur la plage on court, on se dépêche, Puisque voici venir les couples élégants.

Où marchaient seulement des pêcheurs de crevettes , Où les mousses du port s'asseyaient vers le soir, Les dames vont passer dans de fraîches toilettes Et les enfants coquets des riches vont s'asseoir.

Où l'air salé des flots enivrait au passage Les marins aux profils énergiques et bruns , Les odeurs de mouchoir et les fleurs de corsage Vont faire en s'unissant la gamme des parfums.

Comme des nids d'amour, les villas sont rouvertes : Un piano dans l'ombre y chante , captivant ; Des plantes dans un coin mêlent leurs feuilles vertes Sous les rideaux gonflés comme une voile au vent.

Page 1