DIEU SAUVE LA REINE
N.B. — 11 est interdit de bisser. Les portes seront ouvertes à sept heures ei demie précises. On peut commander les traineaux pour neuf heures.
Gifard et Symons, — Tinprimerie polaire, Ruelle de la Trappe.
Cette annonce, la première de la série, parut un ou deux jours avant la «© soirée » et causa naturellement egrand émoi » et € vive sensation » dans le publie mondain du Théâtre polaire.
Excepté dans les € Pops » exclusivement réservés au drame, le raout était toujours précédé par une confé-
rence faite par Pun des officiers el relative à quelque sujet adapté à la compréhension de Pauditoire. I x en eut treize en tout :
Sur l'astronomie..,..,,,....,... Sete avion Cap. NARES, Quelques mots sur les aimants................. Lieut. GIFFARD, Sur la géologie. .... NE ET TT RP TETE EL Cap. FEILDEX Quelques mots sur la météorologie... ............ Lieut. Abbaicu, La vapeur.....,.... Se sfain ose SD 6 deteste ... M. WooTton, Les parasélènes sous le microscope. ....,........ D' Moss.
LA: IUNNÈlE sr en mens Es: céve, LDICUL PSE, Une leçon d'histoire... .. TT Tee ... M. WHiTE. Une leçon d'astronomie. .......,... Sa onu Con. MARK, L'alimentation dans les régions polaires. ........ D' COLAN.
Les plantes arctiques...,,.,4.. séssésesensess . Rév. PULLEN. L'hydrostalique...,..... RE TE ET PET . Lieut. Mar. Les voyages avec traineaux.......,..,.,,...,,.,. Cup. NARES,.
Si tous nos officiers ne figurent pas sur cette liste, c’est que le nombre de jeudis disponibles fut moins grand que le bon vouloir de nos camarades, On nous écoutuil avec la plus persévérante attention, eL Féquipage paraissait prendre le même plaisir aux conférences qu'aux ec tures et chansons qui suivaient et dans lesquelles, an une où deux exceptions, chacun S'empressi de jouer tn rôle actif,
La semaine d'après vit notre première représentation scénique : on s'était arrêté à un plan qui réussit for bien : celui de deux troupes recrutées Funie parmi de officiers, Pautre parmi les hommes de Péquipage et pi raissant sur le théâtre chacune à son tour. Les répété lions furent presque toujours hapossibles, et plus dun fois nous avons dû nous verrouiller dans nos cabines pour, à grand labeur, apprendre à perfectionner not exécution,
Les costumes étaient fort discutés et excitaient un tr mense intérêt : la forme et a façon des robes, Ta fabre
cation des perruques pour lesquelles on dut recourir à l'étoupe et aux toisons des bœufs musqués, mettaient à l'épreuve des mains et des cerveaux étrangers jusque-là à ces occupations paisibles. Quel statisticien nombrerait les aiguilles cassées, les doigts piqués, avant que Fidéal de nos Ccouturiers » amateurs eût pu revêtir une forme! Les courte-pointes d'édredon devenaient les robes d'une charmante princesse orientale; de vieux uniformes enrichis de galons et de elinquant avaient honneur d'habiller un marquis du dix-septième siècle; un sorcier juif du moyen àge venait essaver ses maléfices sur lx scène dans une houppelande de coupe trop évidemment cléricale.
La haute direction des € comédiens ordinaires du Pôle » était dévolue à linfatigable Egerton; Moss inventit et peignait les décors: Aldrich et son piano, lun assis devant Pautre, composaient lorchestre, et certes celui-ci ne laissait rien à désirer. Les deux troupes luttaient à qui mieux mieux pour divertir Passistance, et si leurs talents histrioniques n'étaient pas toujours du premier ordre, le zèle et l'énergie des acteurs furent au-dessus de tout éloge.
Puis là-bas, nulle crainte de sifflet malveillant ne venait paralyser les € moyens » de la troupe. Le critique de théâtre est un fléau qui ne s'aventure pas au delà du cercle arctique. Tous les habitués du «Théâtre Royal du Pôle — réouvert après une relâche de vingt et un ans » arrivaient avec la ferme résolution de plaire ou d’être contents; partant, ils se retiraient satisfaits. Le prologue suivant, écrit par M. Pullen, fut récité à l'ouverture de la « saison », le 18 novembre 1875:
Salut à vous, amis! Vos indulgents sourires
Seuls ont déjà suffi pour rassurer nos cœurs, Nous ne redoutons plus de mordantes satires, Ni d'écrasants dédains, ni de lazzis moqueurs.
L'Alerle doit en paix sous la glace polaire,
Le soleil à quitté notre horizon brumeux,
Et, privés des rayons qui les doraient naguère,
Les cristaux des hummocks ont perdu tous leurs feux.
Mais douce et réchauffante, et, du fond de notre âme Projetant ses clartés sur ce sol inclément,
Dans notre cœur empli d’une secrète flamme,
La lampe de l'espoir brûle éternellement.
En vain le jour s'enfuit; d'impénétrables voiles Enveloppent en vain et la terre et le ciel,
Dans les plus sombres nuits, sans lune, sans étoiles; Nous garderons encor notre joyeux Noël.
En vain, autour de nous, la neige tourbillonne, Sur ces flots congelés par l'éternel hiver, Toujours en longs éclats notre rire résonne Aux gais pétillements de notre foyer clair.
Depuis longtemps déjà sur ces lointaines terres, D'autres ont, comme nous, allumé ce foyer...
Quels labeurs, quels périls ont affronté nos pères Nous qui leur succédons, pourrions-nous l'oublier ?
Soit que nous redressions les tréteaux du théâtre, Soit que, pour l'avenir, retrempant nos esprits, Nous rèvions de marcher, d'agir et de combattre, Que faisons-nous, sinon ce qu'ils nous ont appris ?
Plus favorisés qu'eux, dans notre part du rôle,
Nous parcourons des bords qu'ils n'atteignirent pas ; Et les ais frissonnants du Théatre du Pôle
Se dressent sur un sol encor vierge de pas.
Mais tout en savourant l'orgueil de la victoire, Nous retrouvons avec de secrètes douceurs, Dans le livre fidèle et juste de l'histoire,
Les triomphes nombreux de nos prédécesseurs,
Et maintenant, amis, que la toile se lève !
Et si, par nos efforts, vos cœurs sont égayés,
Si cette heure vous semble et plus douce et plus brève, Nos modestes efforts seront cent fois payés.
Le bon vouloir étant notre unique science, Sans doute bien souvent l'intérêt languira,
Mais qu'une inépuisable et tendre bienveillance Remplace largement tout ce qui manquera.
A nos gaietés pourtant quelque regret se mêle: Celle à qui notre cœur s’est donné sans retour, Notre œil la cherche en vain. Hélas ! où donc est-elle Avec sa voix calmante et ses regards d'amour ?
Près du foyer désert, la femme bien-aimée,
La vieille mère en deuil, la sœur pleurent tout bas, Et tandis qu’elles vont et viennent, leur pensée Sans se lasser s'attache à chacun de nos pas.
Par delà l'horizon, dans les brouillards du rêve, Elles laissent errer leur grand œil tout songeur, Se demandent quelle est notre vie, et sans trêve, L'âme vole vers l'âme et le cœur vers le cœur.
Que’ Dieu qui nous conduit, dans son amour immense Préserve de tout mal et garde en sa bonté
Celles qui, loin de nous, attendent en silence,
Et le cher vieux pays que nous avons quitté !
Ce début, chaudement applaudi, fut suivi du lever de rideau, puis la troupe passa à l'exécution du programme qui portait ce qui suit :
THEATRE ROYAL DU POLE JEUDI [8 COURANT Réouverture, par la célèbre et nombreuse société dramatique des HYPERBORÉENS!
Sous le patronage distingué du capitaine Nares, des membres de l'expédition arctique, de la noblesse et de la haute société du pays.
La réputation de notre personnel n'est plus à faire! Le monde entier sait que le directeur ne s'est épargné ni peines ni soucis pour s'assurer le concours de la fine fleur des artistes; — les dames sont toutes Anglaises. — Les arrangements scéniques, sous la haute surveillance d'un peintre célèbre, le professeur Moss, sont de premier ordre et surpassent tout ce que les siècles passés ont produit de plus parfait.
L'orchestre, dirigé par il signore Aldrichi (de Miian), sera apprécié à sa juste valeur par l'auditoire distingué auquel nous ouvrons nos portes,
A sept heures trente, commencera l'opéra-bouffe :
Le passage de la Manche.
PERSONNAGES
Léandre Hellespont...... seen CP « M. STUCKBERRY. M. Contrebalancier.........,.,.,....,...... M. WoOLLEY.
M. Regrattier, niaître d'hôtel. .... enssssesses M. BURROUGHS, M Hellespont............,....,... Ne M'e FRANCOMBI. Me Vencer,.... rase soenéesas rene oscess M MASKELLI.
(La scène se passe au temps actuel et dans un falon du paquebot de Boulogne.)
Intermede, dix minutes.
Pendant ce temps, le fameux ténor, M. STONE, exécutera
Le Barbier Irlandais.
Après quoi, on commencera l'abracadabrante tragédie comicoburlesque, Vilikins et sa Dinah.
PERSONNAGES
Maître Grumbleton Griffin, riche marchand de savon à Londres, père de lingénue......... .. Com. MARKHAN.
Baron Boski Bumble, descendant en droite ligne du bedeau si connu, amoureux d'un comique COSODHA Es des sense de ren hace .... M, EGERTON.
William Wilkins, devenu universellement célèbre sous le nom légèrement altéré de Vilikins, jeune apprenti, éperdûment fou de.............,... M. Rawsox.
Dinah Griffin, seule progéniture féminine dudit marchand de savon, amoureuse de mondit NARINBE cree dune mens Det ns en eu Mie BLANC.
SCÈNE I. — La pelouse, devant la maison Griffin, SCÈNE IT. — Intérieur de la maison.