‹ La mer J. MicheletChapitre 36 sur 48 · L’ORIGIKE DES «AINS DE M£R · texte numérisé non relu

L’ORIGIKE DES «AINS DE M£R

sance, la force 4e la Révolution, il y eut un temps d’affaissement, où des signes graves accusèrent une énervation morale et physique. Le vieux monde qui s’en allait, et le jeune qui n’arrivait pas, laissèrent entre eux un entr’acte d’un siècle ou deux. Conçues du vide, naquirent des générations faibles, maladives. L’excès des plaisirs, l’excès des misères, les décimaient également. La France, trois fois ruinée de fond en comble en un siècle, s’acheva dans une orgie de malades, la Régence. L’Angleterre, qui pourtant alors grandissait sur nos ruines, ne semblait guère moins atteinte. L’idée puritaine y avait faibli et nulle autre ne venait. Aplatie sous Charles II, elle traversa plus tard le bourbeux marais des Walpole. Dans l’affaissement public, les bas instincts se firent jour. Le beau livre du Robvison laisse entrevoir l’apparition imminente de l’alcoolisme. Un autre livre (terrible), où la médecine s’aidait de toutes les menaces bibliques, dénonça le sombre suicide de dépravation égoïste qui fuyait le mariage.

Pensées troubles, habitudes mauvaises, vie molle et malsaine, tout cela se Iraduisait physiquement par le relâchement des tissus, l'affaissement morbide des chairs, les scrofules, etc. Des carnations charmantes cachaient les plus tristes maux. Anne d’Autiiche, renommée pour son extrême fraîcheur, était

L’ORIGINE DEü BAINS ÜE MER.

morte d’un ulcère. La princesse de Soubise, cette blonde éblouissante, fondit, pour ainsi parler, s’en alla comme en lambeaux.

En Angleterre, un grand seigneur curieux, le duc de Newcastle, demande au docteur Russell pourquoi la race s’altère, va dégénérant, pourquoi ces lis et ces roses couvrent des scrofules.

Il est fort rare qu’une race entamée se raffermisse. La race anglaise le fit cependant. Elle reprit (pour soixante-dix ou quatre-vingts ans) une force extraordinaire et une extrême activité. Elle dut sa rénovation d’abord k ses grandes affaires (rien de sain comme le mouvement), et aussi, il faut le dire, au changement de ses habitudes. Elle adopta une autre alimentation, une autre éducation, une autre médecine ; chacun voulut être fort pour agir, commercer, gagner.

11 n’y fallut pas de génie. Les grandes idées de cette rénovation étaient trouvées, mais il fallaitlesappliquer. Le morave Coménius, devançant Rousseau d’un siècle, avait dit : « Revenez à la nature. Suivez-la dans l’éducation. » Le saxon Hoffmann avait dit : « Revenez à la nature. Suivez-la dans la médecine. »

Hoffmann était venu à point, vers le temps de la Régence, après l’orgie des plaisirs et l’orgie de médicaments par laquelle on aggravait l’autre. Il

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