I. Iionneur d'èlre eiidjai(|U(' comme mousse à dix ans
lOG LA. MER
Si j'avais fait au moins un cong(5 sur la flollc !
Mais non ! — Comment sais-lu la langue matelolo
Alors, et tlo quel droit i)rends-tu ces airs nouveaux.
^N'ayant jamais foulé que le plancher des veaux ?
— Pardon, j'ai mis le pied sur le plancher des vaguer.
Et non comme ceux-là, pileux, aux regards vague»;,
Qu'on voit déboutonner leur col dans un hoquet,
Réclamer d'une voix mourante le baquet.
Et tomber dans tes bras, ô steward qui déplores
Ton frac (leuri soudain d'ordres multicolores.
Non, moi, j'ai navigué pour de vrai, pour de bon.
A la voile, mes gas, et non pas au charbon,
A bord de caboteurs, de pêcheurs, en novice
Uni mange à la gamelle et qui fait son service.
J'ai connu les fajots, la manœuvre, le grain.
Tout ce qui donne un cœur solide, un j)icd marin.
J'ai connu les oliissc! en halant la ))oulic,
Et le flot en douceur et le (lot en folie,
El les coules contés à la poulainc, en las
Autour de quelque ancien, négrier, i)ellelas.
N'importe, mais ayant cinquante ans de marée.
J'ai connu les paquets, la barre débarrée.
Et ce sinistre cri : Pare ! un homme à la mer !
J'ai connu naviguer, son doux et son amer,
La caresse et les coups des brises dans les toiles,
El les grands quarts de nuit tout seul sous les étoiles.
Puis c'était le retour, le débardage à quai.
Comme les frères, j'ai sué, sacré, chiqué,
En portant des ballots el des cages à jjoules,
Le dos sale ol meurtri, les mains jileines d'ampoules.
MATELOTES 107
El la lioiiclip fusant de lonsrs jols d'un jus noir.
l'uis les handjoclics cho/. l'hotcssc : A l'Entonnoir.
Au Repos des gabiers. Ait Cal fat en goguette
CVsl iJarfois un caveau, parfois une guinguolle ;
Mais sous terre ou dessus, on y boit bou.srenienl .
Et j'y fus à la cote avec tout mon gr('>emont
l'Ius souvent qu'à mon tour, raide comme un cadavre-
On y ciiantait aussi. Des niusicos du Havre
A ceux de Saint-Na/.aire en passant par Bordeaux,
Avant l'heure où l'on sombre affalé sur le dos.
Vous ne vous doute/, pas combien de matelotes
Jo gueulais, en guinciiant, les poings <lans mes culolles.
J'en composai le texte et la musique aussi,
Sans les (écrire ; et, sauf huit ou dix que voici.
Tout ça s'est C"gren6 de ma mémoire. Certe,
Ça ne valait pas mieux, et ce n'est pas grand'perte.
Vers de bric et de broc ! De broc surtout. Pourtant,
J'en ai fait de meilleurs dont je suis moins conlenl.
Car ces couplets l)oiteux et brochés sur le pouce
A la six-quatrc-dcux, va connue je le pousse.
iMal rimes, bien rintlimés, n'étaient pas sans doucein-s
l'our moi qui les vivais et pour les connaisseurs.
tins connaisseurs, allez! C'étaient mes camarades.
Ni>ii pas vous, écrivains; mais les pochards des rades,
Ihiis du métier, experts en ces musiques-là,
hiiiit leur rude gosier m'avait donné le la.
Il c'est au souvenir des heures en alléçs
Avec eux, que je liens à ces rimes salées ;
loi en l'Iioinieur des vieux compagnons île liasaid
ijiic je recueille ces cantil(>ncs sans arl.
Car ils les aimaient, eux, on savouraient le charme, Y découvraient maliàre ou de rire ou de larme. En chœur et de pleiu cœur reprenaient au refrain, Trouvaient qu'elles étaient grand' largue ci vraimarin. (Jue ma mélancolie ou ma gaieté d'ivrogne Avait du poil... (où çà ? Bien sûr, pas à la trogne). Et qu'en somme, sans être un loup de mer, c est clair. Jeu avais la chanson, si je n'en ai pas l'air.
MATELOTES
H MON P il t; Ml EU VU V AGE
Al' Il ON SO i: VE N I n
IF. 51 \ T H I E l- L E M A n 1) E C C A I' I T A I N
■ DE IMERnB ET QL■E^TI^ MATEI.)
A 11 0 II U I) L- C A 11 O T E l n
la Louise
(ifliii qui fil celle chanson.
Novice au cabotage, Toujours le |irciiiicr au bidon
Aulanl comme a l'ouvrage. Un bon garron !
r.'csl à Nantes, dcssur le quai.
L'n Jour <lc grand'misère.
•Jue le terrien s'esl ciiiiiari|ué,
Hiucd comme un cul d' ver Mais quand incni' gai.
Sombré dans un ruisseau à sec, Le ventre à fond de cale.
N'avait pour se calfater 1" bec Pas même un peu d'eau sale.
Et rien avec.
Par là passant deux matelots
Virent le pauvre bougre.
Lui dis'ul : — Viens lester tes bojaux
A bord de notre lougre.
Va-t-à Bordeaux.
.Moula sur le plaiiciier sans loil.
S'y fil la soute pleine, L(!'clia la gamelle et ses doigts,
Puis dit au capitaine :
— Voulez-vous d' moi ?
Savait quoi fair' de ses pal'rons,
Mais les avait solides.
Soulève un' vergue tout du long.
Et dit : — Quand j' suis pas vide, Je suis d'aplomb.
— Va bien. On l'enii)lira, du gars,
Répond le cai)ilaine.
J'y fournirai, t'y fourniras.
Moi l'buile à ta lanterne, Toi riiuil' de bras.
MATELOTES
El ilo Nantes jusqu'à Bordeaux
Trime à la nialclole.
N'ajanl qu'un Iricol sur le clos,
Et pour fond de culoUc Le drap d' sa peau.
Mais pas ne se fait de chagrin.
Toujours cliante à voix haute.
Apprend le parler malliuriu
Ue SCS frôres-la-côle, Fil premier brin.
Si bien que lorsqu'il mil le pied Chez ces dames gcnlilles,
A voir SCS jeux en àcubicrs La |)lus joli' des filles Le crut gabier.
Vivent les deux hoirs cncliuloK
Oui furcnl piloj ailles, Aussi le [latron du baleau
Oui fit du pauvre diable Un matelot :
Jamais, si longlemps qu'il vivra, Si ponlou qu'il dcviciiiie.
Jamais ceux qui l'ont pris sous 1 bras. Jamais le capitaine 11 n'oubliera !
Celui qui fil cette chanson.
Novice au cabotage.
Toujours le premier au bidon
Autant comme à l'ouvrage, Lu bon garçon !
MATELOTES
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