‹ La merChapitre 41 sur 77 · chcniin est mauvais ; mais l'étape est prochaine · texte numérisé non relu

chcniin est mauvais ; mais l'étape est prochaine

Hardi 1 Souque I On dirait des oignons à la chaîne.

Non. Avec leurs reins lourds, bombés, leui-s fronts pendants.

Leurs bras raidis, leurs poings clos, leurs pieds en dedans

Et leur allure veule et de guingois qui traîne,

C'est comme un chapelet de crabes qui s'égrène.

Et c'est pitié de voir ces piétons s'attelant

Au bateau si rapide en chapelet si lent.

Dire qu'il faut ces nains pour bercer sur les ondes

Ce géant paresseux aux ailes vagabondes \

birc qu'il faut leur rude effort à ras du sol

l'our son balancement voluptueux et mol I

Dire qu'il faut ces vieux, ces vieilles, ces bancroches.

Ces quelques rats de quai, ces quelques poux de ioclie<.

Tous ces crabes tordus, noirs, en procession,

l'our ramener jusqu'à son nid cet alcyon 1

Ah ! n'est-ce point pitié qu'ils peinent à la làclie,

Vm\, ces pauvres petits, pour tirer ce grand lâche :

La oula ouli oula oula tchale: !

Hardi ! les haleurs, oh! les haleurs. halfz !

Il faut l'entendre au fond des soirs Irouliles d'aiilonnie. Lu cantilène douce, obscure, el monolour.

Sou la oula ouli oula oula tchalez

Prend dans lo ciel jauni des airs plus dc-soli's,

Quand la voix du soliste, aigre, aiguë et falote,

A la fin du couplet sur un trille tremblote

Connue une larme au bout des cils avant de choir,

Et quand, avec un bruit de nez dans un mouclioir.

Le refrain en des couacs ridicules et tristes

Se décliirc au basson enrhumé des choristes.

Le soleil moribond se couche lentement..

Les vieux chantent toujours sans souffler un moniont.

A les voii-, eux et lui, si douloureux, il semble

Qu'ils sont à l'agonie et vont mourir ensemble.

Et quand lui s'est couché dans son sang répandu,

La chanson monte alors comme un appel perdu.

Comme un plaintif appel de fou qui déblatère

Et que nul n'entend plus dans le ciel solitaire.

La oula ouli oula oula tchalez !

Hardi! les haleurs, oh! les haleurs^ halez !

Ah ! c'est la nuit surtout, en décembre, nuit pleine, Qu'il faut l'entendre, la lugubre cantilènc. Alors que les haleurs, entrevus vaguement, La niurniureut, lassés, comme un gémissement. Mélancoliquement ça roule en plainte sourde. Toujours tirant, toujours chantant, dans l'ombre lourde Us vont, et sans les voir longtemps on les entend. Rauquc et lent, le refrain se traîne en sanglotant. Tout là-bas, dans le port, ça s'en va, ça s'enfonce. Et soudain, quand ça meurt, voici qu'une réponse

SY'lcvc. loul là-b.is. à l'aulre boni du quai.

Cest un nouveau bateau qui renlro, remorqué.

Une autre bande est là, douloureuse, minable.

Pauvres damnés à la besogne interminable !

Et de partout, du fond du port, du seuil des t\ol>.

L"ombre de rhoriïon se peuple de sanglots,

Et la nuit semble un champ plein de larves funèbres

Oui pour l'éternité pleuient dans les ténèbres.

La oiila ouli oiila oida tchalez !

Hardi! les haleurs, oh! les haleurs, haie:!

U >■ M 0 II U T 1 ]■: Il

Il avail (les laçons de s'e\|)riiiier à lui.

Au jusant, il disait : « La nié n'a de l'ennui. »

Ouand remontait le flot : « 11 crève ses ampoules. »

Les nuages, c'était le ciel plumant ses poules ;

El la foudre on éclats, Michel cassant ses œufs.

Il appelait le vent du sud cornemuseux^

Celui du nord cornard. de l'ouest brise à grenouille.

Celui de suroit V brouf, celui de terre andouille.

Sa pipe avait nom Jeanne et son briquet Martin,

Et sa chique en pruneau se baptisait l' tétin.

Lui-même, il se peignait ainsi : — Vioquc et précoce.

— Hein? — Ben quoi! Ça s'entend. Conservé dans ma cos

Sec et mouillé, confit do sel et de goudron,

Et bon à replanter comme à mellrc au chaudron.

.\\ant tant navigué que j'ai la vague à l'àme.

Mais la cendre de l'eau n'a pas éteint la flamme.

i;i >ous le vieux |irélarl laiiné par le pouilraiii

l.ii poulie a sa graisse et le câble son hriii.

Donc. comme un verre, ouvert-, fermé comme une liuiie ;

Cœur tendre à se détendre et cuir de dur-à-cuirc. —

Kt je fis bien souvent des ciïorts superflus

l'our qu'il s'expliquât mieux, je n'en eus rien de plus.

itu reste, il méprisait les terriens, jus de cancre.

Huant à la terre : — Un vieux ponton toujours à l'ancre.

I MO épa\e au rancart, une hiulre à son rocher, lu cul prenant racine au banc sans décrocher. Kt votre air, ça qui sent le renfermé ! Le nôtre, (!a vient de l'air et pas de la gueule d'un autre, l'our respirer du frais, tlu neuf et de l'entier, Kt (le première main, vive le morutier :

■ l'ourtant, là-bas, l'amorce et la chair corrompue Kl la chambrée en tas, il parait que ça pue.

Ça pue ! .\li ! par exemple ! on en est embaumé. llumeiE-moi donc le poil. De l'élixir de mé ! —

II fleurait le tabac, le coltar, l'eau-de-vie.

Le poisson rancc. — lié! dit-il, ça fait envie.

N'est-ce lias? On en a plein son ne/., les plus cieuv.

Vo\e/.-vous, les marins, n'y en a que pour eux ! —

i;t de rire. 11 était heureux, ce pauvre liére.

l'ourlant je connaissais sa vie et sa misère.

i; est un rude métier, d'être Terre-neuvat 1

Page 1