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CHAPITRE XXI

L'aube du printemps. — Arrivée de nouveaux Esquimaux. — Ils me prêtent quelques chiens. — Kalutunah, Tattarat, Myouk, Amalatok et son fils. — Un hôpital polaire. — Reconnaissance des Esquimaux.

Les préparatifs de mon voyage vers le Nord occupaient tous mes instants. Le soleil avait paru le 18; le lendemain son disque s'éleva tout à fait au-dessus de l'horizon, il monta un peu plus haut le jour suivant et ainsi de suite jusqu’à ce que nous eussions plusieurs heures de pleine lumière avant et après midi. Le disque solaire ne dépassait pas encore la crête des collines méridionales du port, mais la lugubre obscurité s'en allait et chaque jour nous apportait plus de clarté; l'aube du printemps s’évanouissait dans le jour de l'été comme le crépuscule de l'automne s’était fondu dans les ténèbres de l'hiver.

Les chiens que Hans m'avait ramenés étaient parfaitement rétablis, et ne paraissaient plus se ressentir de leurs souffrances; mais pour le voyage que je projetais, je ne pouvais songer à emmener cirq4 bêtes seulement, et si les Esquimaux ne nous en fournissaient pas d’autres, nos hommes devraient se résigner à tirer eux-mêmes le traineau.

A mon grand désappointement, les naturels n'avaient point paru à Etah; février allait finir et il ne me restait plus d'espoir lorsqu'on m'annonça l'arrivée de trois Esquimaux : — trois anciennes connaissances, Kalutunah, Tattarat et Myouk. En 1854, Kalutunah, le meilleur chasseur de sa tribu, remplissait aussi la charge d’angekok ou de prêtre. Il se hata de m’apprendre qu'on l'avait promu à la dignité de nalegak, ou de chef, dignité qui, du reste, ne lui conférait pas la moindre puissance : chaque Esquimau n'ayant loi que de lui-mème, et ne se soumettant à aucune autorité, ce titre est aussi vague que celui de « défenseur de la foi » qu'a valu aux rois d'Angleterre un traité latin sur les sept sacrements, et qu'ils ont maintenu à la pointe de l'épée; de même l'appellation de nalegak décernée au plus habile chasseur ne se maintient que par la pointe de son harpon.

La qualité supérieure de tout son attirail de chasse et de pèche, ses fortes lignes, ses lances et ses harpons, son traineau solide, ses chiens robustes, aux poils luisants, rendaient témoignage de la sagacité de sa tribu. Tattarat était un personnage tout à fait différent : son nom signifie : la mouette kittiiwake' et on n’eût pu lui en choisir un mieux approprié, tant il rappelait cet oiseau bruyant, babillard, gracieux, il est vrai, mais imprévoyant au possible. Comme d’autres mouettes du grand monde, ce bohème esquimau était toujours « percé aux coudes » en dépit de ses floueries et autres arts de même espèce. Myouk valait encore moins que lui; soldat irrégulier de l'armée de Satan, il était aussi retors qu’Asmodée lui-même.

Ils nous arrivèrent en deux traineaux conduits par Kalutunah et Tattarat; la moitié seulement de l'attelage de ce dernier lui appartenait en propre; un des chiens était à Myouk, un autre à quelque obligeant voisin. Il est curieux

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