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CHAPITRE III

donndmes seulement à ceux qui nous offraient quelque chose en échange : un vieil Esquimau, dans le cours de sa longue vie, avait réussi à pêcher quelques mots d’anglais, et nous tendait un beau saumon en criant à tue tête : « Livre rhum! bouteille sucre‘! »

Nous n’aurions voulu rester qu’un seul jour à Proven, mais nos désirs furent contrariés par des circonstances auxquelles je fus forcé de me soumettre avec toute la bonne grace possible : il me fallait des chiens de trait : la réussite de nos plans était à ce prix, et je savais déjà qu’il me serait fort difficile de m’en procurer. Pendant que l’accalmie nous retenait près de Svarte-Huk, Sonntag, pour ne pas perdre de temps, s'était rendu au village et nous avait rapporté les plus affligeantes nouvelles : l’année précédente une sorte de peste avait sévi sur les attelages, et ne laissait que la moitié du nombre de chiens indispensable à la prospérité des tribus; aussi, toutes nos offres d’argent ou de provisions furent d’abord nettement refusées, et n’aboutirent enfin qu’à de très-maigres résultats.

M. Sonntag avait été voir le vice-résident qui l’informa de circonstances si facheuses pour nous; il lui promit toutefois de s'intéresser personnellement à cette affaire et nous conseilla d'attendre le résident, M. Hansen, qui habite Upernavik, à soixante-douze kilomètres plus au nord. Il était annoncé pour le lendemain; rien ne pouvait être fait sans l'intervention du tout-puissant fonctionnaire.

1. Pour moins que cela, pour un verre d'alcool ou une pincée de tabac, Yous obtiendrez d’un de ces amphibies (pourvu que la mer soit belle et que quelque congénère soit à portée de lui venir en aide au besoin) de faire avec son kayak le saut périlleux, c’est-à-dire de se renverser sous l’eau, la tête en bas, et d'opérer un tour complet sur l’axe de sa navette de tisserand.

Cet exercice, qu’on peut appeler la haute école du kayak, exige autant d'adresse que de sang-froid, car la plus légère erreur de mouvement serait un danger pour l’homme, la perte de sa pagaie serait la mort. Il ne revient à la surface que soufflant et rejetant l’eau par les narines, comme un marsouin. mais toujours prêt à recommencer, en vue d'une nouvelle récompense. (Trad.)

M. Hansen arriva le jour suivant et me donna son plus bienveillant concours, mais il ne nous laissa guère d’illusions sur le succès : les ravages de la maladie s'étaient étendus partout, des meutes entières avaient péri, et pas un chasseur n’en possédait le nombre accoutumé. Tout ce que pouvait pour moi le résident, c'était de mettre ses propres attelages à ma disposition, et cette offre généreuse, il me la présenta avec une délicatesse qui me fit douter un instant si sous la jaquette de cuir de phoque ne se cachait pas un grand d'Espagne. De plus, il expédia au chef-lieu et à diverses petites stations des courriers chargés de « prevenir le public » que tout chien à vendre serait des mieux accueillis à Proven ou à Upernavik.

Cette aimable conduite de M. Hansen était tout à fait désintéressée et en dehors de ses devoirs officiels. Sur ma demande, le ministère de Washington avait prié le gouvernement danois de m'’accorder l’aide et le secours donnés jusque-là aux expéditions anglaises et américaines, mais les ordres qui furent le résultat de cette démarche ne parvinrent au Groënland que l’année suivante ; la bienveillance du résident avait devancé les prescriptions de son gouvernement.

De longs détails sur le passé et le présent de Proven offriraient peu d'intérêt au lecteur. Cette petite station échelonne ses pauvres demeures sur l’éperon méridional d’une des nombreuses iles de gneiss qui s'étendent entre la péninsule de Svarte-Huk et la baie de Melville. La maison du gouvernement, haute d'un étage et badigeonnée de brai et de goudron, une boutique, le logement des employés européens, deux ou trois cabanes aux murs en torchis goudronné, et habitées par les Danois mariés à des Groënlandaises, quelques huttes de pierres et de mottes de gazon recouvertes de vieilles planches sur lesquelles pousse l'herbe, d'autres qui n’ont pu se donner le luxe d'une semblable toiture, une douzaine de tentes en peaux

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