‹ La mer libre du Pôle (volume 2)Chapitre 208 sur 253 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

animal redoutable, mais ce combat me prouve que je ne rendais pas justice à son courage. Ce sont des êtres fort batailleurs, et sans notre sang-froid et notre activité, le canot aurait été mis en piéces et nous-mémes noyés ou déchirés. On peut à peine rêver d’ennemi plus effrayant que ces monstres énormes, aux gorges mugissantes, aux défenses formidables. A la prochaine rencontre, je veux armer de lances tout l’équipage : la carabine n’est pas toujours suffisante en pareil cas, et sans un emploi énergique de nos gaffes et de nos avirons, nous aurions été infailliblement atteints et coulés.

4 juillet.

L’anniversaire de la déclaration de l’indépendance nous fait une triste visite : la neige, la pluie et la grèle ne sont pas d'ordinaire compris dans le programme de notre fête nationale; le thermomètre est presque redescendu au point de congélation, mais en dépit de tout, nous avons tiré le canon et hissé toutes nes flammes. Grâce aux chasseurs, le festin traditionnel, terminé par une salade de cochléaria, ne manquait ni de venaison ni de gibier à plumes, et si le discours accoutumé n'est pas venu le clore, nous n’en avons pas moins pensé à la chère contrée où tout est si joyeux à pareil jour, où chacun oublie les disputes de parti pour se presser sous la vaste bannière d’un grand peuple et boire à l'union fraternelle.... Dieu bénisse ce jour!

7 juillet.

Je suis resté trois jours à l'ile Littleton pour chasser el observer l’état des glaces. Nous avons pris un autre morse, mais cette fois-ci nos adversaires étaient beaucoup moins nombreux et ne nous ont pas donné grand'peine.

Les îles Littleton et Mac Gary sont littéralement couvertes d'oiseaux , d’eiders et de bourgmestres surtout. Nous

en aurions pu tuer des masses. Leurs œufs sont presque tous sur le point d’éclore; heureusement pour notre cuisine, nous en avons déjà recueilli une bonne provision sur les îlots de Port Foulke. Je n'ai pas vu de mouettes blanches (larus eburneus), les bourgmestres sont ici les seuls représentants de la famille des mouettes. Il est probable que les autres variétés ne remontent pas autant vers le nord.

L’eau s'avance toujours; les iles sont complétement dégagées et quelques toises seulement séparent le navire de la mer. En dépit de tous nos efforts pour l'enlever, la glace tient encore ferme autour du schooner et en prévision d'une débâcle soudaine causée par un flot venant du sud, j'ai employé nos hommes à scier au travers du port un chenal ayant pour largeur la longueur exacte du navire. La glace n’a plus que quatre pieds et demi d'épaisseur.

Toutes les voiles sont ferlées, les aussières à bord, notre dépôt sur le rivage est soigneusement refermé, et nous sommes prêts à partir, si le vent nous pousse avec les glaces vers la haute mer.

Au nord de notre petite anse, nous avons construit sur la colline un cairn dans lequel j'ai déposé un court récit de mon voyage. Je ne détruis pas l’observatoire, le Nalegak me promet que les Esquimaux n’y toucheront pas pendant mon absence. J'ai comblé de cadeaux tous ceux qui sont venus ici, et je compte sur leur bonne foi. Pourtant, le bois leur est bien précieux, et ces pauvres sauvages ne sont pas les seuls fils d'Adam qui trouvent difficile de résister à la tentation!

9 juillet.

J'ai fait une dernière visite à la vallée de Chester et dit adieu au Frère Jean. Si ce dernier continue à s'étendre jusqu'à ce que je revienne, les jalons que nous lui avons plantés sur le dos seront intéressants à relever.

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