‹ La mer libre du Pôle (volume 2)Chapitre 31 sur 253 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Tout ce qu'il me fut possible d'inventer contre l'ennui de ces retards forcés, je le tentai. Je me remis à la photographie, mais pour obtenir des résultats encore moins satisfaisants que la première fois. Je fis jeter la drague, qui ne nous rapporta pas grand’ chose; j'herborisai dans les environs et ne récoltai rien que je n’eusse déjà trouvé a Proven et à Upernavik. Les fleurs sentaient venir l'hiver ; déjà les pétales commençaient à tomber et penchaient mélancoliquement leurs têtes flétries; elles semblaient supplier la bise du nord de leur laisser encore quelques jours d'existence.

Je ne réussis qu’à une seule chose : à coucher sur mon album un immense iceberg échoué à l'entrée du havre et à en inscrire les dimensions sur mon cahier de notes. Haut de cent cinq mètres, il mesurait près d’un kilomètre et demi en longueur, et les naturels m’assurérent qu'il élait là depuis plus de deux ans; la partie émergée présentait une forme a peu près rectangulaire ; j'en pouvais conclure que les mêmes lignes se continuaient au dessous de la surface de la mer, et, comme des mesures précédentes m’avaient donné la certitude que la glace d’eau douce flottant dans l’eau salée s’enfonce des sept huitièmes de sa masse totale, ce fils des glaciers du Groënland était échoué à près d’un kilomètre de profondeur. Je laisse aux amateurs de ces sortes de problèmes le plaisir de trouver le prix de cet iceberg en dollars et en cents, s’il était transporté dans la région des fromages à la glace ou du champagne frappé, de rechercher ce qu’il en faudrait pour payer la dette nationale de telle ou telle monarchie, ou encore de combien ses services dépasseraient tous ceux

recherche des reliques funéraires des deux navires de son mari, l’Erèbe et la Terreur, disparus depuis douze ans. — Voir la relation du capitaine, Mac-Clintock : The voyage of the Fox, a narrative of the discovery of the fate of sir John Franklin, etc, (Trad.)

que rend au monde civilisé, en un demi-siècle, la surface congelée des étangs de Boston.

La mer se décida enfin à chasser l'ennemi qui nous barrait le passage, et, dans la soirée du 22, le schooner reprenait sa marche sinueuse à travers les icebergs et les ilots. Le cap Shackleton et la « Tête de Cheval » étaient par le travers de babord, el nous poursuivions notre roule vers la baie de Melville.

Page 1