CHAPITRE XIII
des chiens; frissonnants de colère, ils étaient parfois obligés de s'arrêter, mais leur ardeur et l'énergie de leurs maitres triomphaient de tous les obstacles ; ils émergèrent à la fin sur une large plaine presque unie, où pour la premiere fois les deux ours étaient distinctement en vue. Les haltes forcées des traineaux leur avaient permis de prendre deux kilomètres d’avance; il semblait probable qu'ils pourraient atteindre l'eau. Tout aussi bien que les chasseurs, les chiens paraissaient le redouter, car ils se lancèrent à leur poursuite avec tout le sauvage élan de leur brutale nature. Enragés par la perspective de voir échapper leur proie, ils parcouraient l’espace comme un tourbillon furieux. Jensen et Hans les excitaient par tous les moyens que leur suggérait une longue expérience; les traineaux volaient sur la neige durcie et rebondissaient sur les pointes aiguës qui hérissaient sa surface glacée.
Par leurs cris et leur vitesse les chiens manifestaient toute l’impatience d’une meute lancée après le renard, mais avec une férocité décuplée, et Sonntag, que cette folle course enlevait aux notions de la réalité présente, se croyait au milieu d’une bande de loups serrant de près un buffle blessé.
En moins d’un quart d'heure la distance était réduite à quelques centaines de mètres. La mer, espoir des fugitifs, terme fatal de la poursuite, se rapprochait aussi, mais Yourse était arrêtée dans sa marche par son petit qu’elle ne voulait pas abandonner ; effrayé et anxieux, il trottait pesamment près d'elle, et c'était pitié d'entendre les cris déchirants de la pauvre mère. Désespérée, elle comprenait parfaitement le péril, mais ne pouvait se résoudre à fuir sans sa progéniture. La crainte et l'amour maternel semblaient diriger alternativement tous ses mouvements. Elle s'élançait vers la mer où était son salut, pour revemr bientôt en arrière et pousser de son museau le pauvre petit être que les forces abandonnaient; elle courait à côté
de lui comme pour l’encourager. L’ennemi s'avançait toujours, les chiens oubliaient leur fatigue et tiraient de plus en plus sur leurs colliers : le moment critique approchait, et pour combler les angoisses du malheureux couple, l'ourson ne pouvait plus marcher.
Arrivés à cinquante mètres environ, les conducteurs se penchèrent en ayant, saisirent le bout de la courroie qui réunissait tous les traits et le glissèrent hors du nœud coulant : les traineaux s’arréterent soudain, et les chiens, délivrés de toute entrave, s'élancèrent après leur proie en poussant des hurlements féroces. En entendant tout près d'elle le bruit de la meute altérée de son sang, la pauvre mère comprit que la fuite était désormais impossible ; elle se retourna à demi, et s'affermissant solidement sur la neige, elle se prépara au combat avec le courage du désespoir, tandis que l'ourson, affolé de terreur, courait autour delle et finit par se réfugier entre ses jambes.
Ousisoak, le vieux et rusé chef de meute, conduisait l’attaque; la reine Arkadik était à son côté; une vingtaine de chiens arrivaient à leur suite par ordre de vitesse; avec un grondement formidable, l’ourse, de ses pattes énormes, sépara en deux le front de l’armée, et éparpilla ses ennemis à droite et à gauche; une toute jeune recrue osa seule lui faire face ‘et lui saula à la gorge avec plus de témérité que de prudence; un instant après, le malheureux chien roulait tout broyé sur la neige. Cantonnés à l’arricre, Arkadik et son royal époux mordaient l'ennemi à belles dents, et toute la meute se précipita pour imiter cette stratégie plus circonspecte; le puissant animal se retourna soudain et força Ousisoak à lâcher prise, mais il découvrait ainsi son petit, et prompt comme l'éclair, Karsuk le noir, suivi de Schnapps, maigre métis jaunatre, s'élança sur l'ourson; comme sa mère, celui-ci acceptait le-combat; il évita Karsuk et essaya d’étouffer Schnapps entre ses jeunes pattes; le pauvre chien fut presque plié
Une ourse et son ourson,
n° Sead