CHAPITRE XIII
sud. C’est probablement un phénomène tout local, dua l'action des vents et des courants.
Le 7 novembre, par 24° C. au-dessous de zéro, le vent rugissait du nord-est, et repoussant au large les glaces entassées jusqu'alors à l'entrée de la baie, nous permettait d'entendre de nouveau le bruit du ressac battant la côte.
Le lendemain, l'atmosphère étant plus calme, je me dirigeai du côté de la mer. L'aspect de la glace flottante était d’un sombre à saisir d’effroi. D’épais brouillards pesaient sur la mer. D’innombrables icejields dérivaient à travers l'obscurité, se choquant avec bris et retentissement, s’empilant les uns sur les autres et jetant des reflets lugubres à travers le clair de lune. Ca et là de pesants icebergs se dressaient immobiles et comme s'ils se fussent défiés du tumulte des éléments. La mer, bouillonnant autour d’eux, ceignait pourtant leurs flancs épais d'une ceinture de blanche écume.
En revenant à bord, Knorr, qui m'avait accompagné, et que ce chaotique spectacle avait fortement impressionné, tomba dans une crevasse ouverte entre deux glaçons et plongea tout entier dans la mer : bain aussi dangereux que désagréable pour lui; car, une fois sorti de l’eau, grace à mon aide, il lui restait plus de trois kilomètres à franchir pour gagner le navire. Heureusement il put faire cette course d'un seul et vigoureux élan et ne rapporta à bord rien de pire qu'un pied gelé. Cet accident n'eut pas de suites plus fâcheuses que la douleur qui en est la conséquence première, grace au remède opportun que ma vieille expérience me suggéra. Le membre gelé fut immédiatement placé dans un bain d'eau glacée, dont la température fut lentement élevée d'heure en heure jusqu'à ce que les muscles fussent complétement dégelés. I] n'en résulta aucune inflammation et le pied sortit du bain sans la moindre engelure.
Le jour suivant nous étions en plein dégel, — un dégel en novembre, sous l'étoile polaire! C'est là un phénomène
étrange à signaler. Le thermomètre centigrade marque — 10°, ce qui est une chaleur relative.
La rude température du mois dernier, condensant l’humidité qui monte des profondeurs du navire, avait décoré l'intérieur de la construction que nous avons élevée sur le pont, de délicates arabesques de givre, qui avaient bien en quelques endroits deux pouces de relief. Elles fondent sur le plancher maintenant et tout se détrempe autour de nous. Nous en sommes réduits à diminuer les feux et à ouvrir les fenêtres.
Pendant que la température augmente, que le dégel va son train, que la pluie nous poursuit partout et qu’un ailreux gachis s'étend goutte à goutte dans tout le navire, j'ai à noter sur mon journal, à la date du 11 novembre, une nouvelle intéressante : l'apparition d’un journal au Port Foulke. La libre presse suit le pavillon de l’Union tout à travers le monde et le Pôle se réjouit à la vue du Courrier hebdomadaire du Port Foulke.
Dans la pensée qu’une création de ce genre serait une diversion utile contre les attaques de nos ennemis les ténèbres, j'avais, depuis quelque temps, proposé aux ofticiers de publier un journal hebdomadaire; cette idée fut accueillie avec des transports de joie, et toute cette semaine ces messieurs ont été fort occupés de la mettre à exécution. Dodge et Knorr ont entrepris de lancer l'affaire, et ces jours-ci ils charmaient leurs loisirs en glanant dans les cabines et l’entre-pont toutes sortes de choses amusantes. Le premier numéro vient de paraitre, il est bien réussi et quelques-uns des meilleurs articles, « perles riches et rares », viennent du gaillard d'avant.
Pour nous, pauvres prisonniers des ténèbres, l’apparition de ce journal est un événement des plus remarquables et en ma double qualité de commandant et de medecin, je compte beaucoup sur son influence hygiénique. Ces messieurs, du reste, ont fait tous leurs efforts pour que