CHAPITRE XVI
belle que celle du soir, et j'ai vu peu de spectacles plus imposants et plus sublimes. Entre parenthèse, il est assez étrange d'employer les mots matin et soir lorsque la pendule seule nous marque les divisions du temps; c’est par habitude que nous disons l'avant ou l’après-midi, car si par malheur, nous perdions notre compte, nous appellerions le matin soir et le soir matin, sans pouvoir découvrir notre erreur autrement que par des observations astronomiques.
Mais revenons à l’aurore boréale.
J'errais péniblement parmi les icebergs de l'entrée du port, et quoique si près de midi, je tâtonnais dans les ténèbres sur la glace raboteuse; tout à coup de dessous le nuage noir qui couvre l'horizon, s’élance un rayon brillant qui illumine l’espace d’une étrange lueur, puis s’éteint en laissant l'obscurité encore plus profonde. Bientôt une immense arche de lumière se déploie sur le ciel et renferme la nuée sombre dans son énorme cintre; le jeu des rayons qui jaillissent de sa courbe aux franges étincelantes est des plus capricieux et semble mêler les flammes de l'incendie avec les lueurs de l'aube. La lumière se fait toujours plus vive, et, au lieu de croître uniformément, donne l’idée d’une marée aux flots mouvementés et multicolores. D'abord calme et paisible, la scène devient bientôt d'une splendeur éclatante; la large coupole du ciel est en feu; l'incendie, plus terrible que celui qui illumina jadis les cieux au-dessus de Troie en flammes, jette ses ellrayantes clartés à travers le firmament; les étoiles pälissent devant ses merveilleux reflets comme devant le lever d’un soleil resplendissant. Je vois trembloter et s’évanouir tour à tour et puis ensemble, Andromède, Persée, Capella, la Grande-Ourse, Cassiopée et la Lyre et toutes ces belles constellations qui, à ces hautes latitudes, décrivent, sans se coucher jamais, leur cercle régulier autour de l'étoile Polaire. Le fond de la lumière est rougeûtre, mais toutes les nuances viennent s'y mêler tour à tour.
Des bandes jaunes et bleues se jouent dans ces sinistres clartés; tombant à la fois de l’intérieur de l'arche illuminée, elles se fondent ensemble et jettent dans l’espace des lueurs d'un vert livide, qui peu à peu domine le rouge du fond. Le bleu et l’orangé se mélent dans leur course rapide, des stries violettes apparaissent sur la large zone jaunâtre et des myriades de langues de flamme blanche formée de toutes ces couleurs réunies s’élancent vers le zénith comme vers un centre commun d'attraction.
Les reflets de ces teintes variées sur les objets environnants étaient vraiment admirables. Les formes fantastiques des innombrables icebergs, isolés ou en groupes, se projetaient vaguement sur la mer, et leur sommet s’éclairait d’une morne lueur, rappelant celle que revêtent les monuments de Naples sous les feux du Vésuve. Sur la cime des montagnes, sur la blanche surface des eaux glacées, sur les rochers à pic, la lumière resplendissait, s'éleignait, se rallumait encore comme si l’air eût été rempli de météores phosphoriques, décrivant une ronde capricieuse et sauvage au-dessus de quelque gigantesque cité des morts. La scène était muette, et cependant les seus déçus semblaient percevoir comme des sons non terrestres, accompagnant ces éclairs rapides; et l’on croyait entendre :
.……. Les sourds gémissements et les luttes funèbres Des héros d’Ossian, roulant dans les ténèbres.
13 janvier.
Ce mois poursuit sa course au milieu des tempêtes. La bise continue à souffler et les rafales remplissent la nuit de leurs gémissements lugubres. Cependant l’air est presque toujours serein et il n'est tombé que peu de neige depuis novembre : sa profondeur totale est de 53 pouces . Je suis de plus en plus frappé de la différence des conditions météorologiques entre notre station et Port Rensselaer. Là-