‹ La mer libre du pôle [microforme]Chapitre 148 sur 256 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

qu'on avait fait halte. Quatre jours de tirage parmi les hummocks et les glaces ne leur permettraient pas d’apprécier beaucoup les charmes d’une chasse aux ours.

En dépit de toutes les difficultés, trois nouvelles étapes nous amenèrent en vue du grand glacier de Humboldt; mais la glace devenait pire encore, les icebergs se multipliaient, mes chiens se harassaient inutilement. J'eusse bien voulu continuer le voyage, mais ces parages avaient été explorés par l'expédition Kane, et je savais déjà qu’il me serait impossible de lancer un bateau dans cette direction. Il me restait à voir si je pourrais traverser le détroit pour atteindre à la terre de Grinnell; c'était désormais mon seul espoir.

Du haut d’un iceberg, on apercevait le glacier comme une longue ligne d’un blanc bleuâtre : le cap Agassiz, dernier point connu de la côte groënlandaise, le circonscrivait à droite, tandis que sur la gauche il se perdait dans le lointain; il me paraissait reculer vers l’est beaucoup plus que le docteur Kane ne le marque dans sa relation, et quoique la chose ne soit guère importante au point de vue pratique, cette circonstance, jointe à d’autres observations que j'aurai à enregistrer plus tard, m'a porté à m’écarter un peu dans le tracé de la petite carte qui accompagne ce volume, du tracé adopté dans celle du docteur Kanet.

1. «.…. Le grand glacier de Humboldt m'a laissé des souvenirs très-distincts. La première fois que je l’aperçus, le jour était admirablement clair, et j'ai rapporté nombre de croquis fidèles esquissés en vue de ses magnifiques parois... Je n’essayerai pas d’en faire une description pompeuse. Mes hommes enthousiasmés lui cherchaient des termes de comparaison dans le Niagara et dans l’immense Océan. Mes notes parlent simplement d’une longue ligne d’escarpements de cristal se ‘perdant dans le lointain bleui, et présentant au soleil une éblouissante escarpe. Mais ce rempart de glace solide domine de plus de cent mètres le niveau de la mer où sa base plonge à d'insondables profondeurs, et décrit, entre le cap Agassiz et le cap Forbes, un arc ininterrompu de près de soixante milles géographiques de développement. (El. Kane, Arctic explorations, vol. 1, p. 225.)

« Les explorations personnelles du docteur Kane se terminent à ce grand glacier, et jusque-là les positions qu'il donne aux rivages orientaux du

La côte que je venais de longer m'offrait une succession de localités gravées dans mon souvenir. Ses hautes roches de grès m'élaient aussi familières que les rangées des grands entrepôts et des magasins de Broadway. J'avais si fréquemment parcouru les environs de Port Rensselaer que je reconnaissais chaque pointe, chaque gorge, chaque ravine comme si je les avais vues la veille. Mais quand je descendis dans le port lui-même, combien je trouvai tout changé! Au lieu de la vaste plaine de glace unie sur laquelle j'avais si souvent erré, je ne voyais qu’un désert de hummocks uniformes; à l'endroit même du mouillage de l’Advance, la glace était entassée aussi haut que des mâts de navire. Fern Rock avait à peu près disparu sous la ter. rible avalanche écroulée dans le port du haut de ses falaises septentrionales, et la partie de l’île Butler où nous avions jadis installé nos magasins était presque ensevelie sous les décombres des glaces. Il ne restait d'autre vestige du bâtiment qu’un petit morceau de bordage que je ramassai près de l'emplacement de notre ancien observatoire. Le sort de l’Advance est encore dans le domaine des conjectures. Je suppose qu’à la première débâcle, peut-être dans l’année qui suivit notre départ, peut-être l’été d’après il aura été entraîné vers la mer, brisé par les glaces et coulé à fond. J'ai interrogé les Esquimaux ; mais avec les meilleures intentions du monde il leur est extrêmement difficile de raconter une histoire sans l’émailler de contradictions; je n’ai pas confiance, même en Kalutunah, pour les récits où une ombre de fantaisie peut réussir à se glisser, Mon nalegak a bien visité le bâtiment, mais une fois c'était en telle année, le lendemain en telle autre. Lui et plusieurs indigènes en ont retiré beaucoup de bois. Un Esquimau a vu le navire dériver avec les glaces vers les

détroit de Smith doivent être assez correctes. À partir du cap Agassiz la ligne de côtes explorée par Morton, n’ayant été relevée qu’au moyen d’une simple estime de route, ne peut présenter le même dégré d’exactitude. » (Trad.)

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