CHAPITRE XXVII
Quant à moi, je reste avec mes chiens, pour tenter une dernière lutte.
Mes gens m'ont fourni vingt-cinq jours d'utiles services; ils m'ont transporté huit cents livres de nourriture presque au milieu du détroit; c’est tout ce qu'ils pouvaient faire : leur œuvre est finie.
Je n’ose guère compter sur le succès, mais je sens que, tout périlleux qu'est ce dernier effort, il est de mon devoir de le tenter. J'ai choisi pour compagnons : Knoor, Jensen et le matelot Mac Donald, tous trois, j’en suis sûr, hommes de cœur et déterminés à me suivre jusqu’au bout. D'autres aussi me suivraient volontiers, mais si le courage ne leur manque pas, leur force physique est épuisée, et les chiens auront bien assez (le deux personnes par traîneau. — L'espoir me revient, à l’idée d'essayer une nouvelle tenlative, mais je ne veux pas penser aux inutiles labeurs de ces jours derniers, à ces dédales de glaces où les cimes se dressent les unes après les autres, où les débris s'amoncellent sans fin et entre-croisent leurs angles saillants dans toutes les directions ; à ce souvenir le cœur me ferait défaut, et je renoncerais à un suprême effort, que tous, Jensen compris, croient désespéré. — Mais je ne me déciare pas encore vaincu. J'ai quatorze chiens et trois hommes éprouvés, et me remettant à la sagesse de la Providence, qui m'a souvent déjà conduit au but cherché et garanti du danger, je recommence demain ! Arrière, le découragement!