‹ La mer libre du pôle [microforme]Chapitre 2 sur 256 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

encore exécutable, je n’en ai jamais abandonné la pensée. Il embrassait un vaste champ de découvertes ; je me proposais de franchir le détroit de Smith, de compléter l’étude des côtes nord du Groënland et de la terre de Grinnell, puis de pousser mes recherches aussi loin que possible dans la direction du pôle Nord.

Pour base de mes opérations, je choisis la terre de Grinnell, découverte par moi dans mon précédent voyage; j’en avais suivi les rivages jusqu’au 80° degré de latitude, et j’étais persuadé qu'elle conviendrait parfaitement à mon but.

Comme plusieurs éminents géographes et naturalistes, j'étais convaincu que l'Océan ne peut être gelé autour du pôle Nord, qu’une vaste mer libre, dont l’étendue varie avec les saisons, se trouve encadrée dans la formidable ceinture de glaces qui a défié tant d’audacieux assauts, el je désirais ajouter encore aux preuves accumulées à cet égard, d’abord par les anciens navigateurs hollandais et anglais, plus tard par les voyages de Scoresby, de Wrangel et de Parry, et tout récemment par l'expédition du docteur Kane.

On le sait, le plus grand obstacle qu'ait à vaincre l’explorateur qui veut résoudre ce problème important de la physique du globe, consiste dans la difficulté de briser avec un navire l’immense barrière de glaces ou de la franchir en traîneau, de manière à se saisir enfin de la seule preuve décisive. Mon précédent voyage m'avait amené à conclure que la voie du détroit de Smith offre le plus de chances de succès; j’espérais ouvrir une route à mon bâtiment jusqu’au 80° parallèle, puis, à l’aide des chiens indigènes, transporter sur la glace un canot, et enfin, si pareille fortune m'était réservée, le lancer dans la mer libre pour continuer ma route vers le Nord.

INTRODUCTION. If

On verra dans les pages suivantes ce que j'ai pu réaliser de ce dessein.

On se rappelle que le point le plus éloigné atteint par les navires du docteur Kane fut le port Van Rensselaer, par 78° 37’ de latitude. D’après les souvenirs d'un voyage en traîneau que nous avions entrepris pendant notre séjour dans cette région, il me semblait que, sous le même parallèle, mais sur la rive occidentale, je pourrais trouver une station plus favorable à la fois comme lieu d’hivernage et comme centre de recherches.

Il est inutile de m’étendre sur les avantages d’un tel poste comme centre d'observations scientifiques : j'étais encouragé dans ma tâche, non-seulement par l'espoir de compléter nos connaissances géographiques sur cette région du globe et de résoudre définitivement le problème de la mer circompolaire, mais aussi par celui d’élucider plusieurs questions scientifiques qui s'y rattachent intimement.

Les courants aériens et maritimes, la température de l'eau et de l'air, la pression atmosphérique et les murées, les variations de la pesanteur, de la direction et de l'intensité des forces magnétiques, l'aurore boréale, la formation et la marche des glaciers, et d’autres importants détails de la physique du globe, forment un ensemble de données, encore un peu confuses, qui, selon moi, ne pouvaient que gagner à être étudiées sur le théâtre en question. Des années de séjour et les labeurs incessants d’un certain nombre d'hommes spéciaux me semblaient pouvoir être utilement employés dans ce but.

Pressé par ces motifs, je m'adressai avec confiance au monde savant et à mes concitoyens.

La réponse, quoique très-satisfaisante à la fin, fut plus

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