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CHAPITRE XXXV

dans la basse-cour. Les eiders ont déposé dans leurs nids une première couche de duvet, mais ces pauvres oiseaux se sont dépouillés en vain et il leur faudra recommencer. Jensen m'a porté un plein sac de ces plumes précieuses. Il me raconte que près d’'Upernavik, sur les îles où il allait en recueillir, le mâle est parfois obligé de s’arracher sa magnifique livrée pour venir en aide à sa malheureuse compagne, si souvent pillée qu’il ne lui reste plus sur sa poitrine nue de quoi couvrir encore ses œufs.

2 juillet.

Après de nouvelles averses, j'ai passé ces deux dernières Journées à prendre des alignements de notre petite anse jusqu'au Fiord et à lever le plan des terrasses. J'en ai compté vingt-trois qui s'élèvent très-régulièrement jusqu’à une altitude de trente-sept mètres au-dessus de la hauteur moyenne des marées. La plus basse en est à onze mètres, et à partir de ce point, elles s’étagent avec la plus grande symétrie; elles se composent de galets arrondis par l’action des eaux.

Ces terrasses, dont j’ai constaté l’existence dans plusieurs localités analogues, sont des monuments géologiques el pleins d'intérêt du soulèvement graduel des terres groënlandaises au nord du soixante-seizième degré de latitude. A partir du cap York, au contraire, le sud du même pays s’enfonce sous les eaux; les preuves de cet affaissement qui s’est encore produit depuis l'occupation européenne, sont trop bien établies pour que je m'y arrèle en ce moment; je ne veux m'occuper ici que des régions plus septentrionales. Autour des saillies très-proéminentes, dans les lieux où le courant est rapide et la glace poussée avec force contre la terre, les rocs, usés par le frottement, deviennent polis comme la surface d’une table : on peut s’en assurer sans veine lorsque l’eau est suffisamment claire. I en est de

même bien au-dessus du niveau de la mer, jusqu'à une élévation que je n’ai pu nulle part déterminer avec exactitude, mais qui correspond généralement à l'altitude des terrasses de Port Foulke, dont la plus haute, je l’ai dit, est à trente-sept mètres du niveau moyen des marées. À Cairn-Pointe, les phénomènes d’érosion sont très-marqués et la ligne de démarcation, séparant le roc de syénite poli par les eaux de celui qui est encore brut et raboteux, est parfaitement tranchée. Ba même chose a lieu à l'ile Littleton (ou plutôt à l'ilot Mac Gary:'situé immédiatement au large), et se retrouve sur la côte opposée, à la terre de Grinnell, où les berges en gradins portent témoignage de ces soulèvements successifs.

Il est curieux d'observer ainsi, s’accomplissant sous nos regards, les événements géologiques qui dans les latitudes plus méridionales se sont passés pendant l’époque glaciaire, et qui se manifestent, non-seulement par l'érosion des rocs de Cairn-Pointe et d'autres promontoires, mais aussi par les transformations opérées dans la profonde mer. C’est ici que la banquette de glace a une influence considérable. Cette banquette est tout simplement la glace tabulaire, collée pour ainsi dire contre le rivage, — la ceinture d'hiver des côtes polaires. Elle est large ou étroite suivant que la berge s'incline en pente douce vers la mer où y plonge brusquement. Se disloquant presque toujours à la fin de l'été, et emporlant sur les eaux les masses des rochers écroulés des falaises, elle les laisse tomber à mesure qu’elle se dissout elle-même. La quantité de débris ainsi charriés au large est immense, et pourtant presque infime en comparaison de ceux que fournissent les icebergs ; le poids des roches et du sable qui se mêlent à ces derniers pendant qu'ils sont encore attachés au glacier, est parfois suffisant pour ne laisser immerger hors de l’eau qu’une très-petite partie de leur volume. La montagne de glace se désagrége peu à peu, les matières plus lourdes coulent au fond de l'Océan

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