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CHAPITRE XXXV

Le vallon se revêtait de sa parure d'été, les verts talus étaient émaillés de fleurs et la glace avait entièrement disparu du lac Alida. Jensen a tué quelques oiseaux et fait de grands efforts pour capturer un renne; de mon côté, j'ai conquis un papillon aux ailes jaunes, et, le croirait-on ?.. un moustique. Je les ajoute triomphalement à ma collection d’entomologie qui contient déjà : dix lépidoptères, trois araignées, deux bourdons et deux mouches, — assez nombreux représentants du genre Insectes sous le 78° 17’ de latitude nord.

10 juillet.

Une puissante houle nous arrive du sud-ouest du port; elle est causée sans doute par une forte brise qui doit souffler en pleine mer quoique nous ne nous en apercevions guère ici. La glace se brise de tous côtés, et des fissures nombreuses s'ouvrent autour de nous. Si cet état de choses continue douze heures encore, nous serons délivrés, la crise pourra être dangereuse, les craquements sont effroyables, mais le schooner est encore solidement fixé dans son berceau.

11 juillet.

Journée d'émotions qui ne sont pas encore à leur terme ; la houle se maintient, les crevasses s'étendent, l’eau a touché le navire. Assez tard dans l'après-midi, au bout de trente-six heures d’anxieuse attente, la glace s’est ouverte tout auprès de nous et quelques minutes après, une fente se formait diagonalement au schooner. L'avant s’est assez vite dégagé, mais l'arrière tenait encore, et les secousses imprimées au navire faisaient craquer toutes les pièces de la membrure; à la fin, la passe que nous avions sciée en prévision de ces accidents s’est un peu élargie; un roulis sur bäbord a détaché la glace de dessous la poupe du navire et nous sommes tout à fait à flot, mais non sans avoir subi bien des dégâts dans nos œuvres vives.

12 juillet.

La houle s’est calmée, les nuages se dissipent, et la marée disperse les glaces au large. Nous sommes vraiment à flot et ne pouvons plus quitter le navire sans une embarcation. 11 y a juste dix mois que nous étions emprisonnés et que notre petit navire faisait l'office d’une maison. Je suis heureux de sentir encore le balancement de la mer, et cette phrase : « Armez le canot! » quand je veux aller à terre, a pour moi tout le charme de la nouveauté. Nous n'attendons qu'un vent favorable pour lever l'ancre.

13 juillet.

Je viens de prendre congé de mes amis les Esquimaux. Ils ont planté leur tente tout près de nous et je suis réellement triste de quitter ces pauvres gens. Chacun d'eux m'a rendu, à sa manière, des services plus ou moins importants, et leur empressement à mettre leurs attelages à ma disposition (et sans cela je n'aurais absolument pu rien faire) est la meilleure preuve qu’ils pouvaient me donner de leur dévouement et de leur affection. Leurs chiens sont leurs plus précieux trésors; seuls, ils empêchent la femme, les enfants, l'Esquimau lui-même de mourir de faim, et rien ne les peut remplacer. J'ai fait tout mon possible pour venir en aide à la tribu, j'ai donné à mes voisins une foule de choses qui leur seront utiles, mais je n'ai pu leur rendre que deux bêtes de trai:, les seules qui eussent survécu de toutes celles qu'ils m'avaient fournies. Je leur promets de revenir bientôt, et cet espoir paraît les consoler un peu.

Ilest triste de penser à l'avenir de ces pauvres gens, cependant ils contemplent leur future destinée, qu’ils jugent inévitable, avec un air d’indifférence, difficile à comprendre. Kalutunah, seul, parait sérieusement afecté Gevant

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