‹ La mer libre du pôle [microforme]Chapitre 224 sur 256 · CHAPITRE XXX VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX VII

Eau suivant une banquette glissante au-dessus des eaux furieuses, je m’avançai sous cette voùle jusqu’à ce que la lumière eût presque disparu derrière moi, et assez loin pour rencontrer à ma droite plusieurs autres tunnels qui venaient se joindre à celui que je parcourais comme les petits conduits qui ahoutissent à l'égout coliecteur d’une grande ville,

Retourné en plein ar, je continuai à remonter le glacier pendant près de quatre kilomètres, et découvris que le torrent prenait sa source dans la montagne à ma droite où les neiges fondues se précipitaient sur les pentes rocheuses par un canal nouvellement formé (car les eaux roulaient au milieu de mousses et de dépôts de sable et de vase), et bondissaient comme une avalanche d’une hauteur de plusieurs centaines de pieds, pour s’e souffrer dans un abîme béant qui s'étend sans aucun doute sous la base du glacier. Là les eaux, après avoir serpenté sur les rocs qu'il recouvre, se sont ouvert une route jusqu'aux fissures formées par les glaces dans leur descente sur la rude et abrupte déclivité, puis se sont lentement creusé les passages que je viens de décrire.

J'étais maintenant parvenu à la gorge par laquelle le glacier se déverse dans la vallée. La vue que l'œil embrasse de ce point doit ressembler à celle qu’on aurait de la mer de glace à Trélaporte dans les Alpes, si la Grande Jorasse, le Tacul et les autres montagnes qui forment le bassin du glacier de Léchaud et de celui du Géant étaient toutes nivelées. Au lieu de la variété que présentent les amas de glaces des Alpes, il n’y à ici qu’une nappe immense, un unique courant, qui, en arrivant à la brèche, se resserre jusqu’à n'avoir plus que trois kilomètres et demi, puis, descendant vers la mer, se disloque et se brise sur les anfractuosités d’une pente rapide.

Je n’avais pas encore vu de spectacle dévoilant aussi cleirement la marche des glaciers ou qui démontre mieux

la parfaite similitude des fleuves d'eau courante et des fleuves d’eau congelée. Je ne pouvais escalader cette masse, mais mon œil en suivait les degrés gigantesques, franchissait la passe rocailleuse, montait toujours plus haut, vers le sommet vertigineux, et de ce faite de glace revenait errer sur la mer et les montagnes, Jamais la grandeur et la puissance de Dieu ne m'avaient paru plus imposantes! Jamais aussi plus évidents le néant de l’homme et la vanité de ses œuvres. Je descendis en répétant les vers de Byron, promenant son imagination de poëte sur les flancs ceints de glace et les sommets neigeux de Alpes :

a Voici les palais de la nature, dont les vastes murailles élèvent jusqu'aux nues leur faite couronné de neiges. Là se forme l'avalanche ; là, calme et froide, sur un trône d'azur siége l'Éternité! » (Childe-Harold, ch. 111, st. 42.)

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