‹ La mer libre du pôle [microforme]Chapitre 240 sur 256 · LE RENNE · texte numérisé non relu

LE RENNE

Cervus tarandus. — Cet animal, commun à la zone arctique des deux contiuents, a été trouvé sur les terres les plus rapprochées du pôle que l’homme ait pu atteindre. On ne le voit plus aujourd’hui en deçà du cercle polaire que dans quelques districts spécialement froids de la Sibérie moyenne et méridionale, mais ses ossements entassés au fond des tourbières de l'Europe centrale, des cavernes du midi de la France et des dépôts lacustres de la Suisse, disent clairement qu'il fut dans ces régions le contemporain, sinon le précurseur des premiers hommes qui y apparurent. Au temps de César, il fréquentait encore la forêt Hercynienne, c’est-à-dire la portion de la Germanie comprise entre les hauts bassins du Danube, du Rhin et de l’Elbe. Il y émigrait sans doute, des rivages de la mer du Nord, à l’équinoxe d’automne, comme ses congénères actuels d'Asie et d'Amérique font encore chaque année à la même époque. Dès la fin de septembre ou les premiers jours d'octobre, on voit les rennes, en immenses troupeaux, abandonner les iles et le littoral de la mer polaire pour aller hiverner sur la lisière de la zone boisée qui limite du côté du sud les Toundras dn vieux continent et les Landes stériles du nouveau. Chez les Hyperboréens de l’Europe et de l'Asie, ce ruminant a été domestiqué de date immémoriale, comme bête de somme ou de trait et comme bête laitière. Les Hyperboréens de l'Amérique, au contraire, n’ont jamais tiré parti de sa docilité pour s’en faire un utile auxiliaire dans leur lutte contre une nature marâtre ; ils n’ont vu et ne voient encore en lui qu’un gibier qu’ils poursuivent pour sa chair, son pelage et son bois.

Cette antinomie qui semble creuser une profonde ligne de démarcation entre deux rameaux similaires du tronc humain, est plus apparente que réelle. Lorsque les Samoyèdes, dont il est plus d’une fois question dans les vieilles annales de la Chine, comme d’un peuple voisin des frontières du grand empire, furent refoulés vers le Nord par des événements ignorés, ils étaient déjà adonnés à la vie pastorale. Sur les bords de l'Océan arctique, ils sont restés pasteurs de rennes. À l'Orient de la ligne de faite des monts Yablonoïs, qui court des sources du fleuve Amour au détroit de Behring, vivent encore des débris épars des migrations primitives qui ont couvert le nord de notre planète. Ces groupes attardées de notre espèce ne se sont jamais élevées au delà du premier stade de la voie humanitaire, ne demandent qu’à la chasse et à la pêche leur subsistance de chaque jour, et parmi les espèces inférieures répandues autour d'eux, n'ont su domestiquer que le chien, qu’ils utilisent surtout comme bête de trait. C’est ce que font aujourd'hui encore les Esquimaux ; et, comme il est difficile d'admettre l’origine américaine de leurs meutes, ce seul fait indique le point de départ de leurs migrations.

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