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CHAPITRE XIII

enlèvent à la vie journalière quelques-unes de ses épines et aident au bonheur et à la paix. Nulle part au monde les habitudes de vulgaire familiarité n’engendrent plus de maux que dans les cabines encombrées d'un très-petit navire, mais nulle part aussi la vrai politesse n’amène de meilleurs résultats. Par tous les moyens possibles je tâche de rendre notre hivernage un peu moins triste, et pour ne pas nous laisser ensevelir vivants sous les ténèbres glacées qui règnent au dehors, il faut certes que tout soit chaüd, brillant et gai entre nos murailles de bois. Je veux que mes compagnons le sentent bien : quels que soient leurs dangers et leurs souffrances, ils trouveront toujours ici un refuge assuré contre la tempête, un doux repos après leurs fatigues.

Autant que faire se peut, le dimanche est observé comme là-bas, dans la patrie lointaine. A dix heures, escorté de l'officier de service, je visite avec soin toutes les parties du navire et m’enquiers minutieusement de la santé, des habitudes, du confort de tout l'équipage ; puis, tout le monde réuni sur l'arrière, je lis une portion des prières du matin et un chapitre du livre que nous aimons tous. J'ajoute parfois un des beaux sermons de Blair, et quand approche l'heure du repas, c’est bien de tout cœur que nous demandons à Dieu de continuer à étendre sur nous sa main paternelle, et si notre prière n’est pas bien longue, elle n’en est peut-être que mieux sentie.

6 novembre.

Sonntag est de retour et, comme je le craignais, n’a pas réussi dans son entreprise ; il vient de diner avec moi et de me faire le récit de ses aventures.

Le voyage a été des plus pénibles. A chaque instant, les chiens avaient à franchir des hummocks élevés, des neiges amoncelées, de larges fissures; le vent soufflait avec

rage et ajoutait aux fatigues de la petite bande le danger des morsures de la selée.

Les attelages ne purent sortir de la baie de Hartstène sans de fort graves difficultés : l’eau atteignait presque la glace de terre; i*s marchèrent assez bien jusqu'à Fog Inlet, où d'énormes crevasses leur barrèrent le passage; impossible de les franchir ou de les tourner ; un traineau fut brisé, et après l’avoir réparé tant bien que mal, nos hommes ne songeaient plus qu’à revenir au navire le plus vite possible, lorsque, un peu au-dessus du cap de Hatherton, ils trouvèrent la trace de deux ours, et bêtes et gens ne purent resister à la tentation de les suivre. Sonntag m'a donné de cette chasse une description fort animée.

Les deux malheureuses victimes, une mère et son petit, dormaient sur le versant d’une chaîne de hummocks:; réveillées par les abois des chiens, elles se dirigèrent immédiatement vers les crevasses ouvertes à une distance d’environ sept kilomètres. Sans attendre les incitations de eurs conducteurs, et comme s'ils eussent oublié leurs traineaux, les chiens s’élancèrent à leur poursuite ; les hummocks, fort élevés déjà, étaient séparés par d’étroites et sinueuses ravines, et si les ours avaient eu l'instinct de s'y cantonner, leurs ennemis, arrêtés à chaque instant, et ne pouvant pas toujours suivre leurs traces, n’auraient probablement pas réussi à les atteindre ; mais la chaine avait tout au plus un demi-kilomètre de large, et les ours, la traversant au plus vite, songeaient évidemment à gagner une énorme fissure qui devait aboutir à la mer.

Le lancé fut des plus brillants; l’attelage de Jensen entra le premier dans les hummocks, Hans le rejoignit aussitôt, et les chiens détalèrent pêle-mêle à la suite de leur colossal gibier. Le traîneau du Danois fut à moitié renversé, et Sonntag roula dans la neige, mais il put s’accrocher aux montants et se hisser de nouveau sur sa planche: la glace, à moitié brisée, retardait la course impatiente

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