‹ La mer libre du Pôle; voyage de découvertes dans les mers arctiques exécuté en 1860-1861Chapitre 116 sur 241 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

l" février.

Hans m'a tout raconté, et je transcris ces détails avec la plus amère tristesse.

Les voyageurs avaient contourné le cap Alexandre sans difficulté; la glace était solide et ils ne s'arrêtèrent qu'à l'île Sutiierland, où ils construisirent une hutte de neige et prirent quelques heures de repos. Continuant ensuite vers le sud , ils atteignirent Sorfalik , les Esquimaux n'y étaient pas et leur cabane tombait en ruine ; ils s'en firent une de neige, et après s'être remis de leurs fatigues, ils partirent pour l'île Northumberland, pensant qu'ils ne trouveraient pas de naturels plus au nord du détroit. D'après le récit de Hans, ils devaient avoir fait environ sept ou huit kilomètres, lorsque Sonntag, se sentant un peu engourdi, sauta du traîneau et courut en tête des chiens pour se réchauffer. Un des traits s'embarrassa, le conducteur arrêta l'attelage et resta quelques minutes en arrière; il se hâtait de rejoindre son maître, lorsqu'il le vit enfoncer dans l'eau : une légère couche de glace recouvrant quelque Assure, ouverte par la marée , venait de se briser sous ses pas. L'Esquimau l'aida à s'en retirer, et ils retournèrent au plus vite vers la hutte qu'ils venaient d'abandonner. Le vent soufflait du nord-est, le froid était très-vif, et Sonntag ne voulut pas faire halte pour changer ses vêtements mouillés. Tant qu'il courut près du traîneau, il n'y avait rien à craindre, mais il fut assez imprudent pour remonter, et lorsqu'ils atteignirent Sorfalik, Sonntag était déjà roide et ne pouvait plus parler; Hans le transporta à la hutte, lui ôta ses habits gelés et le plaça dans son sac de peau ; il lui fit boire de leau-de-vie, et ayant soigneusement bouché la cabane, il alluma la lampe à alcool pour élever la température et préparer du café; mais tous ses soins furent inutiles, et

Sonntag mourut après être resté un jour sans connaissance et sans avoir prononcé une parole.

Hans referma la hutte de manière que les ours ou les renards n'y pussent pénétrer ; il repartit pour le sud et arriva sans encombre à l'île Northumberland; les Esquimaux venaient d'abandonner leur village, mais il put se reposer et dormir dans une cabane ; sous un amas de pierres il découvrit assez de chair de morse pour rassasier ses chiens. Le jour suivant, il atteignit Netlik , place également déserte, et s'avança vers le sud jusqu'à Iteplik, où il fut assez heureux pour rejoindre plusieurs familles logées , les unes dans la cabane de pierres , les autres dans des huttes de neige. En hiver les phoques se rassemblent en grand nombre autour du détroit de la Baleine et les Esquimaux vivaient au milieu d'une abondance inaccoutumée. Hans leur raconta son histoire, et charmés d'apprendre que nous étions près de leur ancien village d'Etah , Outinah et son compagnon à la jambe de bois réunirent leurs deux attelages et se préparèrent à le suivre.

Mais mon chasseur avait d'autres projets. Il n'était qu'à trois journées du navire, et le principal but de son voyage était atteint; mais au lieu de nous revenir tout de suite il donna de grands présents à déjeunes Esquimaux et les envoya au cap York avec mes chiens. Tous les cadeaux que Sonntag avait emportés aux naturels se trouvaient maintenant sans maître et il en usa largement. Et il me jure qu'il n'a ainsi disposé de mes biens et de ma meute que dans mon intérêt. « Youlez-vous que les Esquimaux sachent que vous êtes ici ? Je le leur ai dit : ils vont venir et vous amener des meutes de chiens. » Pourquoi n'était-il pas allé lui-même au cap York? — Il se trouvait trop fatigué et s'était gelé un orteil en soignant M. Sonntag.

Malgré toutes ces protestations de zèle pour mon service, je soupçonne fort que certains ordres lui avaient été donnés par la partenaire de sa tente et de ses joies, et si les se-

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