‹ La mer libre du Pôle; voyage de découvertes dans les mers arctiques exécuté en 1860-1861Chapitre 184 sur 241 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Au-dessus de Cairn-Pointe , la mer était encombrée de glaces éparses, évidemment détachées par une tempête très-récente. En longeant la terre, nous pûmes descendre le long de la côte et arriver au cap Hatherton , mais plus loin, la banquette elle-même avait disparu, et il nous fallut monter sur le rivage. Il était impossible de franchir les montagnes avec les traîneaux et nous les abandonnâmes pour revenir plus tard les chercher avec une embarcation.

Exténués comme nous l'étions , et souffrant cruellement des pieds, la route de terre nous parut très- longue et trèsfatigante; mais nous nous en tirâmes encore mieux que les chiens. Dès qu'ils se sentirent débarrassés de leurs traîneaux , la plupart s'écartèrent et refusèrent de nous suivre, nous les appelâmes en vain et je ne m'en inquiétai pas davantage, pensant qu'une fois reposés ils sauraient bien trouver notre piste. Trois seulement nous restèrent lidèles : notre brave vieux Ousisoak, Arkadik, sa vaillante compagne, et Nenok le plus beau des chiens de Kalutunuii. Trois autres n'ont pas tardé à nous rejoindre, mais j'ai envoyé inutilement à la recherche des quatre derniers. Je crains qu'ils n'aient pas la force de se traîner jusqu'ici.

Voilà donc mon voyage terminé. S'il a été semé de contrariétés, j'y ai recueilli cependant ma bonne part de triomphe et de succès. 11 est fort malheureux que je n'aie pas transporté mon bateau et de grandes provisions au delà du détroit , mais puisque nous n'y avons pu réussir, l'échec de ma troupe à pied n'a guère nui au reste de mon entreprise. Avec des traîneaux seuls, aucune espèce de secours ne m'eût permis d'aller plus loin, ou, si j'avais continué ma route, ne m'aurait ramené jusqu'ici.

8 juin.

J'ai fini de dessiner ma carte, et comme je l'ai déjà remarqué, je trouve que la côte, du cap Sabine au cap Frazer,

diflère quelque peu de celle qui fut dressée d'après mes relèvements de 1854. Je souffrais alors d'une ophthalmie partielle, l'atmosphère était chargée de vapeurs, et ne vis pas le détroit s'ouvrant à l'ouest , au-dessus du cap Sabine et dont l'existence m'a été sura1jon.darament confirmée pendant notre voyage de retour. Mes matériaux coordonnés maintenant, et reproduits sur la carte, donnent une idée correcte de cette côte.

L'orée de ce canal est un peu plus large que celle du détroit de Smith, mais elle se rétrécit promptement à partir d'un vaste estuaire ressemblant à celui du détroit de la Baleine. Il a tout lieu de croire, bien que je n'aie pu le constater, qu'il s'étend vers l'ouest, parallèlement à ceux de Jones et de Lancaster, entre deux grandes îles : — les terres de Grinnell et d'EUesmère.

J'avais donné à ce détroit le nom de mon navire ; il porte aujourd'hui le mien. Le nom de Seward est attaché au remarquable promontoire qui apparaît sur la rive méridionale , et celui de cap Viele à la pointe la plus éloignée qui soit visible au delà. Les trois dernières saillies qui s'avancent sur la côte du nord seront, à partir de l'ouest, les caps Baker, Sawyer et Stetson. Les profondes échancrures qui découpent le rivage entre ces éperons hardis auront pour parrains Joy et Peabody, et les deux grandes îles de la bouche du détroit gardent leurs appellations de Bâche et de Henry. A l'est du cap Stetson, je distingue les pointes les plus proéminentes par des noms qu'il est inutile d'énumérer ici; on pourra les voir sur mon tracé. J'ai tâché autant que possible de m'en tenir à ceux que Kane choisit à la suite de ma première exploration, et quant à la rive orientale du canal Kennedy, visitée p^r Morton seul, je conserve presque partout la nomenclature du docteur, sans trop me préoccuper si, sur nos deux cartes, elle s'applique bien exactement aux mêmes points. Je crois ce système préférable à la méthode tant soit peu confuse qui a privé le

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