CHAPITRE PREMIER
Immaculée Conception. — Etude préliminaire sur le péché originel.
Le premier en date parmi les privilèges intrinsèques de grâce, octroyés à la bienheureuse Vierg-e en vue de sa maternité divine, est sa Conception Immaculée. Disons d'abord ce qu'elle est en elle-même; nous verrons ensuite comment elle dérive de la maternité de Marie, quoiqu'elle l'ait précédée dans l'ordre des temps.
I. — Il est impossible d'en avoir une idée nette, sans avoir étudié le péché d'origine dont la préservation fut pour Marie ce que nous appelons sa Conception Immaculée. Or, parmi toutes les manières d'expliquer ce qu'est en lui-même le péché originel, c'est-à-dire ce péché dont tout fils d'Adam le pécheur est souillé dès le premier moment de son existence, la plus simple et la plus facile est, ce me semble, de le comparer
au péché habituel ; j'entends à cet état de désordre moral et de culpabilité qui résulte d'une violation grave et personnelle de la loi divine. Le péché habituel, en d'autres termes, l'état de péché mortel, suivant l'opinion la plus probable, parce qu'elle répond le mieux au sentiment des plus illustres docteurs ainsi qu'à la doctrine de l'Église, renferme deux éléments constitutifs. C'est d'abord la privation de la grâce sanctifiante et des dons surnaturels qui l'accompagnent dans l'âme (i); la perte de ce principe de vie surnaturelle qui fait de nous des créatures nouvelles et les enfants acloptifs de Dieu. Voilà pourquoi tout pécheur est, au regard de la grâce, un mort véritable : « Vous portez le nom de vivant, et vous êtes mort »(2); non pas que cet homme soit privé de sa vie naturelle; mais la vie supérieure, celle d'où sort la faculté de poser des actes méritoires et divins, est éteinte en lui. Tel est le premier élément. Si j'osais employer un terme scolastique, je l'appellerais Vêlement matériel.
Pour que cette privation ne soit pas seulement un malheur, une peine, mais qu'elle porte en ellemême un caractère de péché, il faut qu'à ce premier élément s'enjoigne un second, c'est-à-dire qu'elle soit libre et volontaire à qui la subit. Comment Dieu pourrait-il nous imputer à crime un désordre intérieur que la volonté n'aurait pas fait nôtre ? Parlons encore plus clairement : il faut que cette privation de la grâce et de la vie surnaturelle soit le résultat d'un acte librement posé, d'un péché actuel; et c'est là le second élément que les théologiens ont justement
(i) Sauf l'espérance et la foi qui peuvent subsister, même dans un pécheur.
(2) Apoc., m, i.