‹ La mère de NapoléonChapitre 1 sur 10 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

La plupart des écrits concernant Napoléon parlent peu de sa mère. Bien qu'elle fût loin d'être une femme ordinaire, elle n'a pas laissé de trace dans l'histoire. A peine estelle nommée dans les livres qui traitent du consulat et de l'empire. Même le célèbre ouvrage de Thiers, en vingt volumes, ne contient guère qu'une page sur Letizia ; et sans la gloire éclatante de l'empereur, son nom serait sans doute tombé dans l'oubli.

C'est principalement au témoignage du fils qu'il faut avoir recours pour connaître la mère. Dans l'ivresse de son triomphe il ne l'appréciait pas à sa juste valeur, mais à l'heure de l'adversité il comprit ce qu'il lui devait Par son courage, ses vertus domestiques, son attachement à l'île natale, par son dévouement pour ses enfants, sa modestie au milieu des grandeurs et son inaltérable résignation dans les cruelles épreuves que lui imposa la Providence, elle mérite une phîce d'honneur parmi les femmes de cette époque. « Jamais », dit la duchesse d'Abrantès, « son courage ne s'est démenti ; jamais il ne l'a abandonnée, même dans les plus terribles revers. Madame Bonaparte est la femme la plus remarquable que j'aie connue, par sa force d'âme dans le malheur et

par la réserve digne et pleine do tact avec laquelle elle supporta, pendant près de vingt ans, sa profonde douleur. »

L'histoire montre que presque tous les grands hommes ont eu une mère de valeur. La plupart ont dû à l'intluence maternelle une partie de leur génie, de leurs vertus et de leur célébrité. Napoléon lui-même a reconnu l'influence que sa mère a exercée sur lui.

Michelet a eu tort de dire que « tous ses rêves semblaient réalisés en la personne de son fils » ; car Letizia n'était point une rêveuse. Il ne faut pas non plus, comme Stendhal, la comparer à une Gornélie ou à une Porcia. La mère de Napoléon ne doit, d'ailleurs, être comparée à personne ; elle ne ressemble qu'à elle-même.

Pour évoquer sa personnalité, j'ai puisé dans de nombreuses sources. On trouvera plus loin la liste des principaux ouvrages qui m'ont servi. Parmi ceux-ci je tiens à signaler spécialement l'excellent livre du baron Larrey. En outre, grâce à une intelhgente et aimable direction, qui a facilité mon travail, j'ai trouvé dans les Archives nationales des documents précieux pour mon étude.

J'ai tâché de faire connaître i\ mes lecteurs la vraie individualité de Letizia. Peu de femmes, selon moi, ont été aussi exemptes d'hypocrisie et de vanterie que la mère de Napoléon. Il n'y a rien à ajouter, rien à changer à cette figure historique.

G. DE TSCHUDL

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