Dubois, h c, l
Beaucoup de préjugés et de superstitions relatives à la grossesse et à la parturitioD, que nous trouvons souvent ridicules chez les autres peuples, ont existé ou existent chez nous. Avec certaines pierres^ nous avons cru, pendant bien longtemps, hâter ou retarder la parturition, selon qu'on les fixait au bras gauche ou au bras droit de la mère. Nos femmes ont oublié certaines prières, aulrefois dévotement récitées, « pour obtenir un heureux accouchement, » la bénédiction de saint Charles Borromée, les oraisons de saint François de Sales et de Tarchevéque de Panorme ; elles ne songent plus à envoyer des cierge à Notre-Dame de Montferrat, « qui aidait fort les dames espagnoles à enfanter, » dit Fauteur des Dames galantes^ ni môme à s'adresser aux reliques de sainte Marguerite, qui rendirent si aisées les couches de Marie de Médicis. Mais beaucoup, parmi celles qu'efifrayent les approches du travail ou que désole la crainte de donner naissance à un enfant chétif, tâchent de se procurer un morceau de la robe de saint Ignace^ ou, à son défaut, un cordon de saint Joseph en laine bleue, « admirable pour hâter le travail, afflrme le R. P. Huguet, car ce qui est impossible à un médecin est facile à saint Joseph. > Tous ces moyens sont fort bons. . . mais n'oublions jamais cependant, quand nous serons appelés auprès des ferventes dévotes qui s'y confient, d'avoir sous la main... un forceps, comme le fait observer le spirituel confrère auquel nous empruntons ces détails (le D** B. Brémond). (Cf. Witkowski et Gorecki, La médecine littéraire et anecdotique, Paris^ 1881,202-204.)
des variations de fréquence, subordonnées aux conditions de l'hygiène sociologique, subit l'influence . des mêmes états morbides, mais avec des variations de fréquence ou d'intensité subordonnées aux conditions de développement de ces derniers.
La plupart des médecins qui ont séjourné dans les pays chauds prétendent que la grossesse s'y accompagne de moins d'accidents qu'en nos pays tempérés. Bajon dit même qu'elle est souvent marquée par une amélioration de la santé habituelle. Mais ce sont là des affirmations individuelles, qui ont besoin d'être contrôlées par des statistiques. Nous nous tenons d'autant mieux en garde contre des opinions vagues et jusqu'ici dénuées de preuves certaines, que les endémies, qui régnent si largement entre les tropiques, doivent être une cause fréquente d'avortement et de morbidité pour les femmes, au cours de la grossesse et à la suite des couches. La dysenterie, le choléra, la fièvre jaune, les fièvres paladéennes, etc., compliquent bien souvent, et à son grand détriment, l'état puerpéral. Dans certaines races, chez lesquelles la variole et la syphilis existent à leur plus haut degré de fréquence ou d'intensité, ces maladies doivent certainement enrayer la grossesse chez un grand nombre de femmes. Si, dans les pays chauds, et particulièrement dans la race nègre, Téclampsie, au cours de la grossesse, est
plus rare que dans nos pays et dans notre race, cette immunité relative est tristement compensée par une plus grande fréquence du tétanos à la suite des couches. Nous n^avons pas rencontré d'exemples de fractures spontanées, chez la né* gresse, au cours et sous Tinfluence de la grossesse, bien que Dazille * et Levacher * semblent avoir considéré cette lésion comme particulièrement fréquente dans la race. Notons comme une particularité curieuse, dans cette même race, caractérisée par le développement si remarquable de l'appareil veineux, la rareté des 'varices chez la femme enceinte (Ghassaniol ').
Saint- Yel a observé, en 1858, à la Martinique, une épidémie d'ictère d'une exceptionnelle gravité chez les femmes enceintes de toutes races (européennes, créoles, coolies, négresses et mulâtresses) *. Cette épidémie nous paraît indépendante de toute influence amarile ^ et analogue aux épidémies d'ictères parfois observées en Angleterre et en Allemagne •.