SCENES DE PENSION
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TJn grand moment approchait pour les i élèves (le madame Valerey, la distribution des prix. |
Alors les travailleuses redoublaient d'efforts.
Celles qui, dans l'habitude de compter une année si longue que jamais on n'en peut voir la fin, se laissent tout doucement aller à la paresse les premiers mois après la rentre'e des classes, celles-là s'étaient réveillées un beau jour en s'écriant : n Quoi ! si tôt la distribution ! >• Et maintenant elles travaillaient plus que leurs forces ])our rattraper le temps perdu qui malheureusement ne se rattrape guère; et les soties créatuies, comme il y en a tant en pension, qui ne songent qu'à mal, qui ne veuleut rien faire, éprouvaient à l'approche des prix je ne sais quoi d'oppressant, et cheichaient dans leur pauvre tête vide le moyen de n'être pas tout-à-falt oubliées le grand jour, se réservant, faute de mieux, de crier à l'injustice si l'on ne récompensait pas leur ignorance et leur paresse.
Déjà quelques concours étaient clos ; mais il restait encore à composer sur plusieurs parties des études, entre autres l'histoire moderne et le style épistolaire. Toutes lisaient, relisaient leurs cahiers dénotes, leurs biographies, leurs études historiques, pour se rafraîchir la mémoire sur les plus petits faits, les moindres anecdotes, et faire une brillante composition ; elles priaient avec ferveur le ciel de leur envoyer une bonne inspiration quand arriverait le moment d'écrire sur un sujet donné.
Parmi les jeunes filles de la grande classe, animées les uacs d'un juste espoir, les au-
' «ihnom ^Koup îu-iitl m l très d'une ridicule prétention, trois avaient les droits les plus légitimes aux succès; c'étaient Clotilde , joyeuse et spirituelle enfant, au travail facile, au bon caractère, passant avec plaisir de l'étude au jeu, et quittant sans plus d'efforts les courses folâtres, les conversations animées pour le silence des classes ; Pauline, frêle et délicate créature que le besoin de savoir dévorait, mais dont la chétive santé retardait souvent les progrès, qui ne devait ses succès qu'à un travail opiniâtre, à une persévérance sans égale, et qui de plus perdait souvent, par une timidité excessive , une méfiance d'elle-même poussée à l'extrême, le fruit de ses peines; enfin Clara, grande et belle personne pleine de moyens, bonne enfant au fond, mais vaniteuse, fière de sa faciliié, dédaigneuse pour ses compagnes, rétive avec ses maîtres, perdant souvent des places aux compositions par sa mauvaise tête, et cela fort heureusement jjour les autres; car la légère Clotilde n'aurait pu supporter l'étude sans récréation, et Pauline ne pouvait ajouter un quart d'heure de travail à ses heures déjà trop remplies pour la délicatesse de sa santé; et si Clara n'civait eu de temps à autre de mauvaises lunes, comme le disaient ses compagnes, il eût été impossible de lutter avec elle, tant elle avançait vite quand son humeur bizarre n'y mettait point obstacle.
Et le lundi 8 août de cette année, toutes trois bien disposées, toutes trois pleines d'un bon pressentiment, attendaient avec agitation l'entrée de madame Valerey qui devait donner le sujet à traiter.
« Sera-t-il Dieu, table ou cuvette? » s'écria Clotilde taillant ses plumes, apprêtant
sou papier et montrant un visige riant et heureux.
PAULINE
Moi, je voudrais quelque chose de gai, quelque chose à traiter sur le ton de la plaisanterie.
CLARA
Bon Dieu! quelle mouche te pique? Tu vas donner dans le plaisant, maintenant? Eh bien! moi, pour faire diversion i^d'un ton mi-comique, mi-tragique), moi je voudrais la brise écumante, le pâle soleil d'automne, le scintillement des étoiles, et.... et le croassement des grenouilles.
[Toutes rient.)
MADEMOISELLE DESPREs, sous-maîlresse.
Je vous engage à vouloir tout ce qu'on vous donnera, et à ne pas perdre votre place par de l'humeur.
CLARA
Oh! par exemple, mademoiselle, ce n'est pas humain ce que vous dites-là. Vous touchez un sujet di'licai ; et si, en me mettant sur la voie de raesdifauts, vous alliez me ravir ma verve, m;ilheur, trois fois malheur sur vous \ mademoiselle Desprès. [Les élèves rient.)
CLOTILDE
Fais comme moi, attends sans désirer.