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LES ANIMAUX MENACÉS DE LA RAGE

(fable.) IMITATION.

Sur un sol desséché par le soleil brûlant D'un été sans haleine et d'un ciel sans nuage , Les sources tarissaient; tout était haletant, Les animaux souffrants succombaient sans breuvage , El des chiens, soupçonnés d'être atteints de la rage, Avaient des villageois reçu le coup fatal. Tout fuyait effaré : l'égoïsme brutal Occupait seul les coeurs. Les brebis, ô misère! Laissaient languir au loin leurs agneaux sans espoir; Plus de douce caresse et plus d'amour de mère; Dès lors plus de bonheur ! Un dogue au muffle noir, Renfrogné, regard dur, poil roux, oreille rase, Assemble tous les chiens au fond d'une forêt, Monte sur un tronc d'arbre, et dit avec emphase: «Frères , puisf[ue à la mort chacun doit éire prêt, Ecoulez mon conseil ; le ciel qui nous accable Sans doute a résolu la mort du plus coupable; Par un prompt dévoûment, prévenons son arrêt, Faisons notre examen. Le ciel veut la justice! Peut-être que, touciié d'un pieux sacrilice, II mettra bientôt fin à nos calamités.

Qui de nous a commis le plut de cruautés ?

Pour vous prêcher d'exemple, amis, moijecoafesse

Avoir, dans le manoir à ma garde confié ,

Dévoi e trois dindons, puis mordu ma maîtresse ,

Et puis , de ses clameurs à la fin ennuyé,

Sur son fils au berceau je jette ma colère...

Il est étranglé net. Ai je été trop sévère .•*

Parlez !... Mais, jugeons tout. » En achevant ces

mots, Dans sa gueule entr'ourerte il fait voir de longs

crocs.

Un basset humblement demande la parole:

« Seigneur dogue, dit-il, d'un scrupule frivole Cessez, au ucm du ciel, cessez de vous troubler, Quoi! manger des dindons qu'on devait immoler Serait mal ? Oh ! non, non ! Et l'injuste fermière, Grâce à cette leçon pour nous sera moins fière. Son marmot, après tout, comme tant de marmots , Dans deux ans eût voulu vous grimper sur le dos ; Il TOUS aurait tiré la queue et les oreilles. Vous avez d'un héros accompli les merveilles : Honneur à la prudence l honneur à vos bienfaits! »

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Il dit, et l'on entend un écho de roquets

Répéter à l'envi d'un ton d'apothéose :

«• Honneur ! triomphe.'honueur !. . .«C'était juger la

cause.

D'aveux, d'enquêtes, point. Arrive au bord du bois Un gentil épagneul, petit chien Je trois mois ^ Patte blanche, nez rose. Il demandait sa mère , Inquiet, mais pourtant jouant sur la bruyère. L'aréopage dit: «Jeune chien, approchez... Approchez, qu'on vous juge! Ici!... Vous vous

couchez !

Vous ne folâtrez plus ! vous sentez le coupable ! N'auriez-vous point commis un crime détestable .•'... — Je cherchai à téler, répond le petit chien ; Depuis deux jours entiers je n'ai plus de soutien, Ma mère m'a sevré; j'ai faim. Vers l'ermitage, Sur le gazon, à l'ombre, où j'allais la chercher, Etait un vieux missel ; j'en mordille une page... Mes dents me démangeaient... le besoin de mâcher...

Que sais-je .••... Il n'était pas cause de ma misère,

Ce livre... Oh! c'est bien mal! j'ai ppur de vous fâcher. »

Le tribunal se lève en criant : « Téméraire !

C'est toi qui fis du ciel éclater la colère !

C'est à loi d'expier le plus grand des forfaits !

Quoi ! détruire un saint livre et montrer celte paix!

Peut-on si jeune encore avoir l'âme si noire!

L'ermite était peut être en prière pour tous:

Peut-êlre il nous maudit !... La mort!... Que tardons-nous... ?»

Tous répètent : « La jnort ! » Avant qu'il pût le cioire,

On avait étranglé le pauvre petit chien.

Hélas! le crime heureux au sein de la puissance Du lâche et du' méchant fait son digne soutien, Et l'injustice impie accable l'innocence!

M"* ViRGiNiK Delafollie, Directrice d'enseifrneinent universel.

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