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COMMENT NOTRE THEA.TRE CESSA D'ETRE ORIGINAL POUR DEVENIR IMITATEUR

Cours Supérieurs.

Lorsque Eschyle parut, il y avait déjà cinq cents ans que la langue grecque était formée. L'ionien Homère, que ses longs voyages avaient familiarisé avec les quatre dialectes que l'on parlait dans le Ptloponèse, dans l'Achaïe et dans l'Atchipel, les fondit ensemble, plus encore par amour national que par calcul philologique. En

effet, le devin antique avait pressenti, soit par le génie, soit par le cœur, la grande lutte de l'Asie et de l'Europe ; il avait compris que le coup qui frap])crait sa patrie lui viendrait de l'Orient. Dès lors. Assyrien, Méde ou Perse, n'importe, tout lui était ennemi. Il choisit donc pour sujet de son poème la première victoire de l'Europe

jur i'Asie ; et afin qae les chants qui célébraient cette victoire devinssent populaires, il créa une langue unitaire avec les éléments doriens, ioniens, éoliens, auxquels il joignit encore le dinlecte de l'Archipel et le p.itois des cotes. Puis il fit de chacune des îles le berceau d'une déesse , la demeure d'un dieu ou la tombe d'un héros, et les rallia toutes par le lien de la religion au mont Olyrnpe, où se tenait la cour de Jupiter. C'est ainsi que ])rocéda le Dante deux mille ans plus tard, lorsque, dans le même esprit d'unité, il romposa sa Divine Comédie avec tous les dialectes italiens.

La langue, telle que l'avait faite Homère, fut donc adoptée; et de ce jour la civilisation grecque est en progrès: Philon d'Argos fait frapper la monnaie d'argent, Lycurgue donne un code de lois à Sparte, la dynastie souveraine se tient à Corinthe et fait place aux Prvtanes ; b'S Ephores sont établis à Lacédémone, les Archontes gouvernent Athènes, Tyrlée et Pindare chantent, Solon, proclamé légishiteur et souverain arbitre, refuse le trône pour établir le commandement de la loi; Thaïes de Milet, Chilon de Lacédémone, Pittacus de Mytilène , Bias de Priène , Cléobule de Rhodes, Périandre de Corinihe, se réunissent à lui et forment les sept fleurons de sa couronne antique. C'est dans ce moment que se réalisent les pressentiments de l'auteur de l'Iliade; la réaction de l'Europe contre l'Asie s'opère. Darius , pour se venger des Athéniens,qui avaient envoyé aux Grecs de l'Asie-Mineure quelques secours d'hommes, à l'aide desquels ils avaient brûlé Sardes, prépare nue grande expédition contre la Grèce. M.irdonius en reçoit le commandement, perd une partie de son escadre en doublant le mont Athos, revient en Perse, remet le commandement à Datys qui part à son tour, pénètre jusqu'à 140 stades d'Athènes et se fait battre par Miltiade dans les plaines de Marathon. Eschyle, âgé de 35 ans, est blessé dans ce combat.

Voilà donc ou en est la ciyili^.ition de

la Grèce, lorsque le nom de père de la poésie dramatique est prononcé pour la première fois, non pas sur la scène, mais sur le champ de bataille. Elle en était à sa seconde période : elle avait déjà eu une école de sculpture et de peinture, qui était à l'école de Phidias et d'Apelles ce que furent le Grotto et Jean de Pise à Raphaël et à Michel-Ange. Au siècle de la législation et de la sagesse, qui touchait à sa lin, allait succéder pour elle le siècle de la richesse et du plaisir. Les Athéniens étaient donc assez instruits en religion et en histoire pour reconnaître au premier coup d'oeil les dieux et les héros qu'on leur offrait en spectacle, et assez avancés en art pour comprendre le simple.

Eschyle fit représenter PromélhéCy le Faust antique.

Jusqu'à ce premier essai tragique, les seules représentations publiques étaient l'Ode à Bacchus que l'on chantait sur un char ou sur des tréteaux , pendant les jours consacrés à la fête de ce dieu. Eschyle introduisit sur la scène un interlocuteur parlant qui relégua les chanteurs au second plan et devint le personnage principal. La tragédie de Prométhée n'est qu'un long monologue interrompu par le chant, et cependant il y a déjà progrès sur Thespis, sou devancier.

Les Sept chefs devant Thèbes succèdent à Prométhée, le dialogue au monologue : le chœur continue de représenter la société , qui encourage ou accable , récompense ou frappe, purifie ou maudit.

Au milieu de ces premiers essais d'Eschvle, le cri de guerre se fait entendre de nouveau, le poète dépose sa lyre et tire son épée : le soldat de Marathon court à Sala mine.

C'est encorel'Asie qui envahit l'Europe, le fils qui reprend le chemin frayé par le père. Xercès suit Darius, part à son tour des ruines de Troie, étend un pontd'Abydos à Sestos, passe entre la riche Thascs cl \> conjmerçautc Abdcrc , perce auprès

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de Sana l'isthme du mont Athos, passe sur le corps de Léonidas et de ses trois cents Spartiates, met au niveau de l'herbe Thèbes, Platée et Thes])ies, qui se trouvent sur sa roule, se fait dresser un trône sur une des collines qui dominent l'Europe , fait asseoir à ses côtés les rois de Tyr, de Sidon etdeCilicie; envoie des troupes dans les îles voisines, afin qu'aucun Grec ne puisse échapper à la destruction générale, et donne le i-ignal du combat de Salamine.

Pendant ce temps, et au bruit de la mêlée , une pauvre marchande d'herbes met au monde un fils, auquel, en souvenir de la victoire remportée par Thémistocle, la mère donne le nom d'Eurij)ide.

Eschyle retourne à Athènes avec les vainqueurs , et y est reçu à la porte par le jeune Sophocle, coryphée des adolescents.

Huit ans après , il fait représenter les Perses : c'est de l'histoire contemporaine, c'est de la tragédie nationale. Dans cette composition un nouveau progrès se fait sentir, le trialogue succède au dialogue.

Voilà où en est l'art, lorsque Sophocle lui vient en aide, et fait jouer les Trachimennes ; ce n'est cependant encore qu'un élève ; OEdipe roi en fera un rival, GEdipe à Colonne, un vainqueur.

Sophocle naquit avec l'âge brillant de la Grèce ; il vit sortir de terre les Propilées, et s'arrondir dans les airs les marbres du Parthénon; il fut le contemporain de Périclès , d'Aspasie , de Socrate , de Lais et de Platon. Il connut ce jeune Alcibiade, qui enfant ne voulut point apprendre à jouer de la flûte, parce que cela le défigurait ; qui jeune homme se vêtait de pourpre, combattait avec un bouclier d'or, envoyait sept chars aux Jeux Olympiques et remportait trois prix à la fois; qui, sachant adopter tour à tour les vices et les vertus des peuples qu'il visitait, étonna l'Asie par son luxe, Sparte par sa frugalité, la Thrace par son intempérance , la Béotie par sa vigueur, l'Ionie par sa moU

lesse; qaî répondit à l'amour de Timéa, femme d'Agis, non point parce qu'il l'aimait, mais afin de laisser un roi de sa race pour amollir Lacédémone. C'était l'époque où Périclès répudiait sa femme pour épouser Aspasie , proscrivait Thucydide et Cimon , afin de n'avoir pas de coinj)les à rendre à la république , employait un million par an à corrompre les Spartiates, augmentait les tributs d'un tiers pour faire tailler des statues , et déclarait la guerre aux Mégariens parce qu'ils avaient enlevé une courtisane.

L'art dramatique ne pouvait rester grand et sévère au milieu d'un pareil siècle. Eschyle avait guidé ses premiers pas ; Sophocle le mena à son apogée ; Euripide vint à son four, et ouvrit à sa vieillesse la route splendidede sa décadence.

Après Euripide, vous chercheriez vainement l'art dramatique en Grèce. Les rhéteurs remplacent les poètes, les discours succèdent aux œuvres, les chaires fleurissent et les théâtres tombent. L'école d'Alexandrie meurt en avortant d'une argutie ; une seule pabne reste encore à la Grèce, c'est celle de l'éloquence. Cicéron vient la cueillir, et la rapporte à Rome , humide encore des larmes de Molon-le- Vieux, rhéteur de Rhodes.

C'est que les temps de la Grèce sont révolus, et que ceux de Rome commencent.

La civilisation fait un nouveau pas d'Orient en Occident ; Scipion remplace Thémistocle, César succède à Périclès; Rome, qui a emprunté à l'Etrurie éteinte ses cérémonies religieuses, une partie de ses lois, ses personnages consulaires , sa couronne d'or, sa chaise curuîe , son bâton d'ivoire, va emprunter à Athènes, qui s'éteint, ses arts, ses sciences, sa langue et sa poésie; car Rome est encore âpre , sauvage et inculte, et lorsque Rhodes , Athènes et Corinthe renferment à elles trois plus de cent mille statues , Rome ne possède encore qn'nne image de Cérès, fondue avec l'or confisqué à Spurius Cassius, condamné à mort par

son père pour avoir conspiré contre la république.

La langue grecque est peu connue à Rome pendant les cinq premiers siècles de sa fondation, La mission des ambassadeurs envoyés par les décemvirs pour étudier les lois d'Athènes et de Sparte n'est rien moins qiie prouvée , puisque le style des douze tables est essentiellement latin. Les premiers essais dramatiques des Romains furent nationaux et populaires , et les vers fescennins et saturins, dont se composent les jeux scéniques représentés à Rome, l'an 392, n'étaient empruntés à aucune littéraralure étrangère. Ce ne fut que l'an 5i4 de Rome, 1 3o ans après la mort d'Euripide queLivius Andronicus fitjouer sa première pièce,imitée des Grecs. Cinq ans aprèsEnnius Naevius suit son exemple. Ce dernier, qui du reste était né en Calabre , parlait si correctement les deux langues , qu'il écrit dans l'une et apprend l'autre à Calon-l'Aucien. L'élève, satisfait du maître, le ramena de Sicile à Rome , et lui donna une maison sur le mont Aventin. La richesse de la récompense prouve que Caton avait reçu d'Eunius un présent encore rare en Italie. Peu à peu ses rapports commerciaux avec la Grande-Grèce et avec l'Archipel, ses guerriers avec la Sicile, et son alliance avec Marseille, popularisèrent à Rome la langue de l'Attique. Plaute etTérence ne sont que des imitateurs d'Aristophane et de Méuandre. Sf'nèque traduit Sophocle et Euripide : Virgile est la lune d'Homère .

Bientôt l'invasion du Christianisme donne un nouvel éclat au flambeau athénien.

Les ])èrcs de l'Eglise attaquent les croyances de l'Iliade avec la langue d'Homère, les rhéteurs leur répondent dans le même idiome. On parle encore latin à Rome, mais on ne dispute et l'on n'écrit plus qu'en grec. Néron raille Sénèque sur la rudesse deson accent, etMarc-Aurèle professt' hautement son mépris pour la languede Tacite et de Juvénal. Enfin , Constantin lui porte le dernier coup, le jt>ur où il traitspurle

le siège de l'Empire des rives du Tibre aux bords de la mer Noire; les arts et les sciences suivent en courtisans l'émigration impériale; l'Orient pour la dernière fois l'emporte sur l'Occident. Rome appauvrie du grec redevien l la tine. Le Ch ristianisme, protecteur de tout ce qui est proscrit, adopte la langue populaire et la sauve de l'invasion des Barbares en l'abritant dans les cloîtres.

Cette fois, c'est l'Asie tout entière, l'Asie trop féconde et trop peuplée, qui ne peut plus nourrir ses enfants et qui dtbordesur l'Europe ; c'est un déluge de nations fiuves qui se répandent sur la civilisation antique, l'envahissent, l'étreignent et l'étouffent. Territoire, mœurs, langage , tout disparaît sous le flot pressé des peuples qui se succèdent ; le passé se sépare du présent, tous les liens qui l'y rattachent sont violemment rompus, le monde décrépit est mis à la refonte; une nouvelle division de rovaumes s'opère, le soleil du Christianisme se lève sur eux illuminant une ère nouvelle qui date d'hier; au-delà tout est la nuit , car la seule lumière qui pourrait l'éclairer veille au sanctuaire des églises.

Dans cette grande loterie des empires, la Gaule , de province romaine qu'elle était, devient royaume germanique et trois éléments se combinent, de la réunion desquels naîtra la France : ces trois éléments sont le celtique, le roman et le teuton.

Ces trois éléments n'étaient point encore parfaitement fondus ensemble lorsque nous voyons poindre l'art dramatique à la surface de la société féodale ; aussi apparaît-il sous l'aspect opposé qu'il avait en Grèce, c'est-a-dire muet , au lieu de déclamateur. no rt»/i.

C'est qu'en jetant les yeux sur la France ilu dixième siècle ou s'aperçoit que la ])remière unité nécessaire à l'art dramatique lui manque, celle du langage. En effet, le peuple parle la langue romane, l'aristocr.".tic la langue ieutotiique , le elerge la langue lutine. Lart, pour se faire comprendre

au milieu de cette Babel du moyen- âge, est donc forcé de recourir au geste, idiome primitif et universel ; mais caché sous le nom de jonglerie , il reste stationnaire et circonscrit entre deux hommes, deux femmes, un ours et un singe, dont se compose généralement la troupe comique, depuis le commencement du règne de Charlemagne jusqu'à la fin du règne de saint Louis.

C'est que les règnes précédents viennent de voir s'accomplir une grande révolution philologique : la langue d'Oil l'a emporté sur la langue d'Oc , les trouvères sur les troubadours ; un e*jpire national se constitue à la rive droite delà Loire; laFrauce vient de naître de la Gaule et commence à balbutier, avec Godefroy de Paris, les premiers mots de la langue que parleront Corneille et Molière.

Si l'on veut étudier le point de suture entre l'idiome savant et le dialecte populaire , que l'on prenne Villehardouiri , Nangis et Joinville; alors on verra le latin, la langue sainte, la langue mystérieuse, la langue des initiés , qui, conservatrice des traditions du vieux monde, s'est perpétuée dans le nouveau, lutter dans sa vieillesse et sa décadence avec sa jeune et vigoureuse rivale : IVangis est à Tacite ce que Zoslme est à Homère.

Le défaut d'études spéciales et le désir d'être compris du plus grand nombre déterminèrent Tillehardouin et Joinville à écrire dans la langue vulgaire ; l'envie de connaître les événements de la Terre- Sainte était si grande qu'elle força les chroniqueurs à adopter l'idiome méprisé , mais répandu. Villehardouin et Joinville crurent ne faire qu'un récit sans prétention, et au même coup ils écrivirentunehistoire et créèrent une langue.

Dès qu'il vit un moyen de transmettre sa pensée et sa parole, l'art s'en empara et relégua le geste au second plan, comme le monologue avait fait du chant : de ce jour il se trouva en progrès.

Cependant, histoire profane, histoire ca-

iholique, tout se trouvait enfermé dans les cloîtres , arches saintes qui , flottant sur l'inondatiou des Barbares, conservèrent au monde nouveau les archives du vieux monde.

La Bible seule, livre de consolation, de croyance et de foi, était, sinon dans toutes les mains , du moins dans toutes les mémoires; l'imagination s'appuya sur elle, et, ne se sentant pas assez forte pour voler avec ses ailes, elle s'en fabriqua avec les plumes de l'histoire sacrée.

Alors l'art dramatique se trouva en France, sous un rapport du moins, dans la même position où il s'était trouvé en Grèce agissant dans un monde tellement connu et tellementpopulaire, qu'il n'avait qu'ànommer ses dieux et ses héros, car ses dieux et ses héros étaient connus de tous.

C'est ainsi que le mystère du Vieux- Testament représenté un demi-siècle après la mort de Joinville, et dans la langue de Joinville , se compose de soixante-deux mille vers, occupe cent acteurs , et s'empare de tout l'espace compris entre lacréation du monde et le triomphe de Mardochée.

Lorsque la Bible fut épuisée, on passa à l'Evangile: le mystère de la Conception, le mystère de la Passion et le mystère de l'Assomption furent joués vers la fin du quinzième siècle et nu conmiencement du seizième. Ils employaient, le premier,quatrevingt-dix-huit acteurs ; le second, quatrevingt-sept; le troisième, trente-trois.

Lorsque l'Évangile fut à sec, on fouilla les livres apocryphes. Le Prolévangmon de Jacques- le-Rlincur, les deux évangiles de l'enfance, celui de Niconiède, furent mis à contribution, et l'on en tira une multitude d'œuvris scéniques dont le catalogue serait aussi long qu'ennuyeux.

Au milieu de tous ces essais , deux efforts remarq^iables sont tentés : l'un de réaction, l'autre de progrès; l'un, par la langue savante, l'autre, par la langue vulgaire. y

L'un est le mvstère de la destruction de

Troie, première évocation du speclre antique aji milieu de la société du moven-àge, effort de la science pour ramener à la science. Il fut écrit en latin par Jacques Mirlet, étudiant ès-lois de l'Université d'Orléans, puis translaté en français. Quoique l'auteur se soit inspiré de Darès et non d'Homère, l'analyse nous paraît inutile. Sa date remonte à i45o.

L'autre est le Chevalier qui donne sa femme au Z>/ai/f,première apparition d'une œuvre originale et populaire, effort de la nationalité pour créer un théâtre national ; première pièce d'origine française, s'appuyant sur les traditions et les mœurs françaises. Sa date est de i5o5. Quant à son analyse , la voici ;

Un chevalier dissipe son bien en orgies, en chasses et en tournois, à l'insiigation de ses deux écuyers, et malgré les avis de sa femme. Lorsqu'il ne possède plus ni terres, ni chevaux, il cherche à emprunter, mais chacun lui ferme sa porte et sa bourse. Le diable alors lui aj;paraîf, profite de sa détresse, fait un pacte avec lui, et lui rend la richesse à la condition qu il lui livrera sa femme au bout de sept ans: le chevalier renie Dieu , renie Jésus; miiis dans sa courtoisie chevaleresque, refuse de renier la vierge Marie.

Le terme arrivé, le chevalier conduit sa femme dans un bois, et là il lui avoue dans quel biit il l'a amenée et entre quelles mains il va la remettre. Cet aveu se fait à la porte d'une église qui se trouve sur la route. La femme du chevalier demande et obtient comme dernière faveur d'entrer dans la chapelle jjour faire sa prière. Elle s'agenouille devant la vierge Marie. Alors la mère de Dieu descend de l'autel , ])rend les traits de celle qui l'implore, la laisse dans l'église et sort à sa place. Trojnpé p;ir la ressembhince, le chevalier la conduit à Satan; mais au moment où il va mettre la main sur elle, elle reprend son auréole telesîe et son visage virginal. Satan, épouvanté, iTCtilc, car il iceonnait cfllc qui.

de son pied nu , a brisé la léto. du serpenf. Trente personnes suffisaient à la représentation (le ce m.ystère.

L'art français, on le voit donc, procède encore sur ce point comme sur celui de la pantomime, d'une manière toute contraire à l'art grec. En France, nous descendons du composé au simple; à Athènes, nou.s montons du simple au composé: les deux arts se rencontreront au milieu de l'échelle, et le même progrès se trouvera atteint lorsque le nombre des deux auteurs sera fixé à un chiffre rationnel, quoiqu'il soit parti des deux extrémités opposées.

Jusqu'ici, comme on le voit, notre théâtre est original: original par la forme lorsqu'il traite les sujets d'histoire ; original p.ir la forme et par le fond lorsqu'il traite les sujets de l'imagination.

Cependant, vers cette époque, de grands événemenls littéraires et politiques viennent de s'accomplir autour de la France etvont réagir sur elle. Dantcest né comme mourait Joinville, qui, dans sa longue vie, avait vu jjasser six rois. Dante donne une langue à l'Italie , comme Homère en avait donné une à la Grèce , et Joinville à la France. Outre celle qu'il créa, Dante connaissait et parlait quatre langues, le latin, le jirovencal, l'allemand et l'hébreu.

Pétrarque qui vient après lui, aux mêmes connaissances philologiques, moins celle de l'hébreu, essaie de joindre l'élude de la langue grecque. Il prend pour maître un savant de Constantinople, comme Caton a pris un ])oète de la Cdabre ; mais moins heureux que Caton, il ne réussit qu'à demi, et familier comme il l'était avec Cicéron et Virgile, il ne put arriver à traduire couramment Homère.

Boccace lui succède, et tout en demeurant ori-in,il , il n'en étudie ]);is moins la langue de rili.ide et de l'Enéide, qu'il po-sède presque à légal de la sienne. Cette science l'encourage à fouiller les vieilles bibliotlièques , dans lesquelles il trouve des fragments d'Anacréo?) cl des manuscrits iu-

connus de Plaute , de Térencc et de Sénèque.

L'empire grec s'écroule en 14 53 : la conquête de Mahomet II fait refluer en Sicile plusieurs familles grecques. De la Sicile elles passent en Italie , s'arrêtent en Toscane , rencontrent une langue toute formée, entendent bégayer quelques mots de l'idiome maternel, et s'établissent à Florence, à laquelle elles font don , en retour de son hospitalité , des manuscrits d'Aristophane, de Ménandre, d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide.

Alors le bruit se répand, avec le retour des armées de Charles VIII et de Louis XII, avec les alliances de Henri II et des Médicis , que de merveilleuses compositions scéniques, écrites dans un idiome inconnu, viennent d'être rapportées d'un monde oublié. Rabelais , Ronsard et Montaigne étudient la langue; Robert Garnier, Alexandre Hardy et Jodeile s'emparent des œuvres.

Trop faibles pour continuer de mener à sa perfection le théâtre national, ils adoptent le théâtre étranger , remontent vers le passe, n'osant point marclier vers l'avenir, substituent limitation à l'originalité, et font représenter Hippolyte, fils de Thésée, Antigone, Cléopâfre, Didon, Achille, Cornclie et Marc- Antoine, réactions du théâtre antique sur le théâtre moderne ; rayon du

soleil grec à son midi qui fait pâlir notre aurore française.

A compter de ce moment, il n'y eut plus chez nous de théâtre national; toute œuvre postérieure au seizième siècle adopta systématiquement la forme et l'allure grecques, même quand le fond était tiré d'une autre histoire. Il en fut de la tragédie comme de l'architecture, la renaissance tua le gothique.

Les merveilleuses compositions de Rotrou , de Corneille et de Racine sanctionnèrent la révolution qui avait détrôné l'art national , et leur poésie fut l'huile sainte qui sacra l'art étranger ; la civilisation du Christ fut reniée pour celle de Jupiter; nos vierges, nos martyrs et nos guerriers firent place aux demi-dieux et aux héros du paganisme : ce fut un culte splendide, mais ce n'en fut pas moins une idolâtrie.

II n'y eut point jusqu'à Molière, cet apôtre de la comédie populaire, qui ne se fît un instant apostat; mais pareil aux Israélites dans le désert, il ne perdit jamais de vue la colonne de feu ; elle le conduisit à la terre promise.

La mission de l'école nouvelle est large et belle ; elle a déjà eu le courage de reprendre l'art national : maintenant elle lui donne la force où il a été abandonné.

Alexandre Dumas.

LITTÉRATURE

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