L'ORPHELINE
Si jeune 1 et de mes veux tant de pleurs ont coulé I Et déjà dans mon cœur l'illusion est morte. L'illusion î beau rêve et que le temps emporte Laissant un vide affreux dans le cœur désolé.
O beaux rêves si puis ! rcves de jeune fille, Qui ni'aviex tant promis uu heureux avenir, Lorsque , rieuse enfant , au sein de ma famille Je ne pensais jamais qu'un jour tout dut finir.
Qu'éles-vous devenus .•" Que de fois dans ma vie J'ai voulu ressaisir uue heure du pusse ; Goûter encore uu jour la paix silol ravie A mon cœur, niaiulenaal de chagrins oppressé.
Mon Dieu! vous qui m'avez sitôt repris ma mère, Que ne me faisiez-vous avec elle mourir!
Ou ne me douniez-vous la force nécessaire Pour \ivre enror longtemps à ])lenrer et souffrir!
Ma mère n est plus là, [ilns là pour me sourire ;
Je n'y crois pas encor, je l'attends tous les jours;
Puni tant , rn s'écoulanl , tous les jours semblent dire :
« Seule il te faut rosier: oui seule, et j.our toujours. »
Sous le poids du malheur lenlcment je succombe. Si je pou\ais muuiir! c'est là qu'est mou espoir ; tlje dis chaque jour eu piei;rant sur la tombe: <• D-'inain, drma u, ma m cri', oh ! j'irai le revoir!»
iM"*^^ Anti.K Samsok.
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L'AURORE RORÉALE.
Une vapeur qu'au nord le firmament envoie , Se déployant en arc , trace une obscure voie , S'allonge, et, parvenue aux portes d'Occident , Vomit, nouvel Hécla, les feux d'un gouffre ardent.
ROUCUKR.
A mon retour à Sfockliolm^, un autrç spectacle encore plus frappant m'attendait; c'était celui d'une aurore boréale. Je me retirais vers minuit, avec un de mes compagnons de voyage, par un beau clair de lune. Nous aperçiiraes tout à coup une lueur vague et blanchàti'e répandue dans le ciel. Nous nous demandions si c'était une nuée éclairée par la luncj mais c'était quelque chose de moins compacte encore, de plus indécis ; on eût dit la voie lactée ou une lointaine nébideuse -. Tandis que nous hésitions, un point luniineux se forma, s'étendit d'une manière indéterminée, et on vit tout à coup de grandes gerbes, de longs glaives, d'immenses fusées dans le ciel; puis toutes ces formes se confondaient, et à leur place paraissait une arche lumineuse, d'où tombait une ])luie de lumière . Le plus souvent ce qui se passait devant nos veux ne pouvait se comparer à rien : c'claicnt des apparences fugitives, impossibles à décrire, et que l'œil avait peine a saisir, tant elles se succédaient, se mêlaient, s'effaçaient rapidement. Jamais on ne pouvait prévoir une seconde à l'avance "^ ce qu'allait offrir le Kaléidoscope céleste '^. Ce qu'on croyait voir avait disparu , tandis qu'on cherchait encore à s'en faire une idée distincte. Le merveilleux spectacle semblait toujours finir et recommencer , et il était impossible de saisir le passage d'une décoration à l'autre. On ne les vovait pas apparaître dans le ciel , mais tout a coup ■elles s'y trouvaient, et il semblait qu'elles y avaient toujours été. En uu mot, rien ne
peut donner une idée de tout ce qu'il y a de mobile, de capricieux, d'insaisissable dans ces jeux brillants d'une lumière nocturne; et encore la lune, qui se trouvait pleine ^ en ce moment, nuisait par son éclat à celui de l'aurore boréale. C'est pour cette raison que la lueur de celle-ci était blanche et pâle; sans cela, aux variations de formes se seraient jointes les variations de couleurs, les reflets rouges- verts, enflammés, qui donnent souvent aux aurores boréales l'apparence d'un grand incendie. Mais à cela près, la nôtre fut une des plus riches qu'on pût voir; elle dura plusieurs heures, se renouvelant, se déplaçant, se transformant sans cesse, et l'on nous dit que depuis trente ans, il n'y en avait pas eu de plus belle a Stockholm.
J. J. Ampère.
[Revue de Paris.)
NOTES
I. Stockholm, capitale du royaume de Suède, située sur le détroit qui unit le lac Mêler il la Ballique. C'est l'enlrepôt du commerce delà Suède centrale; les environs en bont délicieux.
■}. On donne le nom de néhuleiiscs à certains amas d'étoiles fort éloignées de nous et dont la lumière est pâle. La voie lactée est composée d'un nombre immense de ces étoiles.