EXCEPTÉ
Craindre, plaindre, contraindre.
Leurs dérivés suivent la même orthographe : peintre , enceinte , teinture , etc., excepté cintre.
1 Dans sein (partie du corps), dessein {jpvo']e\), frein (à cause d'effre'uc), plein (plénitude), rein ' rénal), serein (sérénité).
Ou écrit seing (signature).
YERSAILLES.
Voyez ces murs déserts: là, le pompeux Versailles Etalait autrefois l'orgneil de ses murailles; Là, mille passions, mille vœux à la fois! Les princes et les grands, les députés des rois, Les inlérèls rivaux , les vanités trompeuses , Sans cnsse s'agitaient sur ces routes pompeuses.
Deulle.
C'est là un pèlerinage poétique. Partir de Paris à deux heures, traverser cette grande route par laquelle tout le dixseptième siècle a passé, ce chemin de Versailles à Paris, traversé par la royauté de France dans des appareils si divers et pour des causes si différentes. Au bord de ces chemins, quand passait Louis XIV, ses sujets s'agenouillaient dans la poussière; deux rois plus tardi, ces mêmes sujets s'en allaient à main armée chercher de force le petit-fils de Louis XIV, lui, sa femme, sa sœur et son enfant , et du château de Versailles, cette monarchie de tant de siècles passait dans les prisons, et de là à l'échafaud. Quel drame de gloire et d'infamie s'est passé sur cette grande roule aujourd'hui si tranquille! Aujourd'hui la bourgeoisie a remplacé la cour; elle va à Versailles pour voir jouer les eaux ; elle en revient au galop des chevaux de coucou 2. Elle est la reine de ces beaux lieux, reine paisible et sans peur et à l'abri de toute calomnie. Demandez à qui appartient le château de Louis XIV aujourd'hui. Il appartient au premier bourgeois qui s'y vient promener avec sa femme et son enfant. Ils foulent tranquillement ces belles allées où passèrent comme tin songe tant de grandeurs et tant de beautés : le grand Coudé,
M. deTurenne,Rachie, Molière, La Vallière, Montespan.
Le château de Versailles est beau, surtout
quand vient l'automne souffler de sa tiède haleine sur la feuille qui jaunit et qui tombe. Alors, quand toute verdure a cessé ^, quand tout oiseau fait silence, quand les eaux dorment dans leur prison de plomb, quand le buis seul, ce buis travaillé par Le Nôtre* en pyramides factices, jette seul 5, sur tout cet ensemble, son éternelle, languissante et monotone verdure; alors, quand toutes les statues du parc, ce peuple de marbre et de bronze, apparaît tout nu et tout froid à travers ces charmilles dépouillées; alors seulement, au milieu de cette désolation des jardins, qui s'accorde si bien avec le silence du palais, le château de Versailles vous apparaît dans toute son historique beauté; il est grand, il est froid, il est solennel. Levez la tête! peut-être que Louis XIV va se mettre là-haut à son balcon de marbre. Prêtez l'oreille : n'entendez-vous pas Bossuet qui se promène dans l'allée des philosophes? Quelle est cette robe blanche qui étincelle là-bas, non loin des bains d'Apollon? Eloignez-vous; c'est la belle Fontanges^ qui ne veut pas être vue. Le château de Versailles est le seul château du monde qui perde sa beaiitc au printemps, quand tout s'éveille, quand le soleil est cliaud, quand l'eau murmure, quand l'oiseau chante dans l'air. Mais aussi, quand ces vastes jardins ne sont plus que désolation et silence, quand la lune se lève dans le ciel, jetant une clarté mourante sur
ces arbres morts, enveloppant de son silence éternel tout ce grand silence royal, quelle joie d'être seul à parcourir ces grandes allées, à se perdre dans ces sinueux détours, à contempler ces grands arbres, tout ridés, témoins de tant de mystères, à poser son pied sur ce sable effleuré par tant de pieds légers ! Quelle joie et quel orgueil de se dire : « A cette Leure, me voilà l'héritier de Louis XIV; à cette heure , je foule le sol de Louis XV ; à cette heure, je suis assis sur le même banc de pierre où la reine Marie-Antoinette venait s'asseoir pour entendre les sons lointains de la musique, par une belle soirée d'été. »
Jules Janxn.
NOTES
I. Expression pittoresque et hardie du plus heureux effet; deux rois plus tard, et non deux règnes plus tard, puisque la comparaison porte sur les hommes et non sur les temps.
a. Ironie qui aujourd'hui n'a presque aucune portée , la plupart des coucous étant remplacés par des voitures élégantes et dont la course est rapide.
3, Cessé est ici impropre ; il indique la
fin d'une action plutôt qu'un changement d'état. La verdure passe ou se fane.
A- Le Nôtre (André), dessinateur des jardins de Louis XIV, naqTiit en i6i3. Il planta les jardins de Versailles, des Tuileries, de Clagny, de Chantilly, de Saint- Cloud, de Sceaux, de Saint-Germain et de Fontainebleau. Il mourut à Paris, en 1700.