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DE LA GRACE DANS LES MANIÈRES

Il est un désir de plaire qui a sa source, non dans une vanité condamnable, mais dans l'honorable besoin de mériter l'affection d'aulriii.

Ce désir de plaire est légitime , louable même, car il peut exciter aux vertus, et loin de le blâmer en vous, j'essaierai, jeunes

lectrices, de vous fournir les moyens de le satisfaire.

L'attention qu'attirent une jolie figure, nn esprit facile, peut flatter l'amour-propre; elle ne saurait contenter le cœur le plus noble dans ses exigences. Ce qu'il demande, ce n'est point un succès passager,

mais un sentiment raisonné, durable. Pour obtenir ce sentiment, il faut aux qualités attachantes d'un aimable caractère joindre les formes gracieuses et modestes qui révèlent une éducation distinguée.

Il Y «1 dans les manières d'une personne bien élevée un charme qui séduit et captive; ces manières sont un maintien simple, aisé, des gestes doux sans affectation, un ton naturel sans familiarité , une attention obligeante à deviner les désirs des autres, un gracieux empressement à les satisfaire. Les signes dune bonne éducation ne sont pas seulement dans la conversation qui, chez les jeunes personnes, doit être modeste et réservée ; on les distingue encore dans le son de la voix, dans le regard, dans le silence même. Combien de gens en blessent d'autres en les écoutant d'un air distrait, en les interrompant pour exprimer une pensée qu'ils craindraient qui leur échappât.

Les rapports de la société doivent s'accorder avec les principes de la morale ; et quand celle-ci vous impose l'obligation d'être bienveillante, humble, charitable, complaisante, la société exige de vous les dehors de ces touchantes vertus. Ne croyez donc pas qu'il suffit d'avoir des intentions droites, des motifs vertueux pour s'acquitter complètement de ses devoirs; non, car c'est un devoir encore de faire aimer ce qui est bien, en le représentant sous des formes aimables et d'exercer par là une influence salutaire.

J'ai connu des personnes fort estimables dont on évitait avec soin la compagnie. Il ne fallait attendre d'elles aucun de ces égards, aucune de ces prévenances qui ressemblent tellement aux marques de l'amilic que plus d'une fois ils l'ont fait naître. Ces personnes, par des mouvements vifs et brusques,

vous heurtent sans vous faire une excuse. Elles prennent le pas sur vous, bien que n'y attachant aucune idée de préséance; elles vous laissent le soin d'ouvrir et de fermer les portes ; elles ne savent ni déguiser un bâillement impoli ni réprimer uu sourire moqueur. Et pourtant il y a de la bonté chez ces personnes ; mais il leur manque le talent de la faire apprécier.

Peut - être , mesdemoiselles , avez - vous l'expérience de tout ce qu'une semblable société a d'importun. Songez bien cependant qu'en vous offrant ces traits d'une éducation imparfaite mon intention n'est point de donner lieu à votre critique, mais de vous faire prendre la résolution d'éviter les défauts qui vous choquent dans les autres.

Reconnaissons donc qu'il n'est point indifférent d'avoir des manières nobles ou vulgaires, polies ou affectueuses, un langage épuré ou des expressions triviales, et qu'enfin les habitudes de la bonne compagnie excluent également la brusquerie et la nonchalance, la gaucherie et la hardiasse, l'importunlté et la négligence.

Gardons-nous cependant de donner aux formes plus d'importance qu'au fonds; elles sont raccessoire obligé, mais non le principal, et se revêtir des apparences de vertus qu'on n'aurait pas serait une hypocrisie bien autrement condamnable que l'impolitesse et le manque de goût. Je vous dirai donc, jeunes filles : Accoutumez-vous à l'affabilité, à la modestie, à l'indulgence, et ces sentiments mettront dans vos manières cette grâce touchante et pudique qui vous vaudra des succès que ne pourront vous contester ni la jalousie ni l'amourpropre, car cette grâce même vous les aura gagnés.

M-^' Le Bassu d'Elph.

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