SCENE VIL
M»« DORVAL, seule.
Ah ! je meurs à la fois et de honte et de rage.... Ai -je assez éprouvé d'humiliation!
J'ai fait tout jusqu'ici , tout pour Topinion. Que va dire un public qui toujours est extrême ? Hélas! que pensera le chevalier lui-même?...
* Mille gens empressés , jaloux , de toute part Vont accueillir ces bruits , les répandre avec art. Par la malignité je me vois poursuivie ; Je vois fondre sur moi tous les traits de l'envie. Dans peu mes ennemis contre moi vont s'unir ; Un seul moyen me reste; il faut les prévenir: Il faut, en dépit d'eux , les réduire au silence, Et par un coup d'éclat les confondre d'avance. Que , pour les démentir^ ma fille désormais Dans le monde , chez moi , ne me quitte jamais ; Qu'elle soit de mes pas la compagne fidèle , Et toujours et partout montrons-nous avec elle....
(prenant un air réfléchi. ) Le rôle qu'à l'instant je viens de me choisir Sans doute est peu brillant ; mais il faut le remplir. De toute ambition songeons à me défendre.
A fixer les regards je ne dois plus prétendre !
Partout où nous irons ensemble , je le voi ,
Lm yeux se tourneront sur une autre que moi.
Les hommes , occupés d'une beauté nouvelle ,
Ne me parleront pas.... ou me parleront d'elle ;
Et de mon embarras jouissant dans leur cœur,
Les femmes désormais , avec un ris moqueur ,
Vanteront les attraits dont sa personne brille ,
Pour m'abaisser, et non pour élever ma fille....
Que faire cependant ? à quoi me décider ?
Je n'ose l'éloigner, et ne puis la garder!...
Ah ! je dois m'immoler ; c'est moi qui suis coupable.
J'ai causé le malheur d'une enfant trop aimable.
Je sens mes torts , 11 faut Içs lui faire oublier.
S'il ne m'est plus permis de me concilier ,
Un monde qui peut-être à bon droit me déteste ,
Soyons mère du moins , peu m'importe le reste.