PRÆSULIS AD LAUDEM QUAM NITET HOC SOLIUM
D’après un dessin de Remondini, on voit sur les archivoltes des rinceaux et aux clefs des arcs, des croix ou des chrismes entre a et £i. Je ne les ai pas retrouvés sur place.
Un escalier met cette basilique en communication avec l’église moderne dont le sol est beaucoup plus élevé et règne à peu près avec les impostes des arcs du quinconce des colonnes. On voit dès l’entrée une transenne qui porte diverses inscriptions sur le champ d’appui que nous avons rapportées à l’article Chancels.
Les clôtures du vme siècle ont dû remplacer celles de l’origine et dans une disposition pareille.
Dans l’angle nord-est du quinconce de colonnes, il existe un renfoncement, au bout duquel on voit encore une colonne de marbre qui n’est pas sur la file des précédentes et qui devait appartenir à une autre ordonnance architecturale; elle est à 2" 25 de distance de celle d’angle. D’après la première hypothèse de notre plan elle faisait partie de l’atrium élevé par saint Paulin, entre les deux basiliques. On ne peut supposer qu’elle ait été placée là après coup ; sa position singulière le prouve.
En pénétrant sous le sol de l’église moderne s’ouvre devant nous une crypte très-vaste dont la nef centrale, longue de plus de 27m, a ym 10 de largeur. A 9™ 90 de l’axe des dernières colonnes du quinconce on aperçoit encastrées à droite dans le mur de cette nef, un groupe de trois colonnes de granit de om 34 de diamètre et n’ayant que om 06 d’intervalle entre elles. On ne saurait les supposer dans leur place originelle.
En face de ces colonnes sur le mur nord de la petite nef, à i6m de distance, j’ai observé une grosse colonne de granit, très-trapue, et couronnée d’un chapiteau ionique. C’est près de là qu’on entre dans le souter-
NOLE (ETAT ACTUEL)
rain où fut retrouvé au commencement du xvne siècle le four de saint Janvier, aujourd’hui à demi démoli et coupé en deux par un mur.
A 4m 65 nous voyons deux autres colonnes d’un plus petit diamètre, en granit et couronnées de chapiteaux ioniques et d’une architrave; cette ordonnance architecturale me rappelle l’entrée de la chapelle Saint-Zénon à Rome. Entre les colonnes est une porte donnant accès dans un souterrain large de 3“ et beaucoup plus profond ( 9” 30). La tradition rapporte que saint Janvier y fut incarcéré.
On nous a encore montré dans la partie méridionale de ces cryptes une chapelle dédiée à saint Caliono, évêque martyrisé vers le milieu du ne siècle, et dont le corps fut placé sous l’autel. Le plan se compose d'un carré de qm 60 sur 4'” 75, terminé vers l’est par une abside qui abrite l’autel et par deux petites niches précédées de tables en forme d’autel ; celles-ci ont à peine ora 80 de large, je doute qu’elles aient servi à la célébration de la messe. Ce plan ressemble tellement à celui de la basilique des Martyrs que je n’hésite pas à le regarder comme contemporain ; le niveau du sol est à peu près le même. On voit un banc le long de la muraille ; Remondini nous dit avoir observé dans le pavage beaucoup d’inscriptions antiques. Nous ne pouvons, puisqu’elle date du vme siècle, la faire figurer dans notre restauration du plan antique.
Il nous reste maintenant à explorer les cours qui environnent les basiliques. Si nous reprenons le passage qui sépare la basilique des Martyrs du campanile et que nous avons déjà décrit, nous passons sous un portail qui le termine et qui est flanqué de deux colonnes. Ce portail me semble de la même époque que le précédent.
Après en avoir franchi le seuil on longe un mur bas à gauche et on trouve presqu’en face la chapelle Saint- Thomas. Cet oratoire est accessible par une seule porte ; sur la façade, il est couronné d’un fronton. On y descend par six marches. Nous notons exactement ce détail, car il semble à Noie que les niveaux soient les plus sûrs interprètes de l’âge des monuments ; cette chapelle a son entrée tournée vers l’abside de Saint-Félix et se trouve par conséquent soumise à la même orientation.
On remarquera que l’orientation parmi ces ruines authentique la tradition qui nous désigne plusieurs sanctuaires comme d’origine paulinienne. Excepté la nouvelle basilique pour laquelle le saint fondateur
spécifie une situation particulière, toutes les églises devaient suivre la règle ordinaire c’est-à-dire ouvrir leurs portes à l’orient.
Après Saint-Thomas on suit un mur de clôture de jardin et on parvient à l’angle de la cour à un autre sanctuaire que les gens du pays considèrent comme une des basiliques de saint Paulin. Il est dédié à saint Étienne et à la Vierge couronnée. Remondini nous dit qu’on y descendait de son temps par onze marches et qu’on y voyait d’antiques colonnes de marbre, la plupart encastrées dans la muraille. Il ajoute qu’en soulevant l’enduit moderne on découvrait une surface de peintures. Les absides de ces deux oratoires ne sont pas carrées comme dans le plan mais circulaires. (PI. CCLII.)
Dans cet angle, en tournant vers l’ouest, à 25“ on arrive à la chapelle dédiée à saint Jean. (Voyez la vignette à la fin du volume.)
La façade a 9m de large, cette église est divisée par un grand arc, elle a une abside trichorale, avec une tribune pour le grand autel et deux tribunes plus petites. Remondini nous parle de colonnes de marbre, de nombreuses tombes sous le dallage, d’un puits sacré où fermentait le sang des martyrs, d’une image de saint Grégoire le Grand, souvenir de la visite qu’il fit à Noie, de deux petites niches dans la muraille de gauche, etc. Cette église est tout en ruine, elle n’a plus de toit et est dépouillée du culte. Disons du reste qu’elle fut reconstruite au xme ou xiv' siècle, comme l’indiquent les ogives de ses fenêtres latérales et sa façade. Cette façade se compose d’un grand pignon percé de divers trous et fenêtres et d’une porte avec mensole dont l’architrave est surmontée d’un petit auvent qui abrite une fresque où l’on reconnaît l’image de saint Jean avec son aigle. Notons l’arrachement des deux murs latéraux qui partaient de cette façade dans la direction de la basilique Saint- Félix.
La chapelle de Saint-Jean avait son abside tournée vers le nord ; vers l’ouest elle est accompagnée de constructions basses et, à l’est, séparée par quelques mètres de maisons plus hautes en terrasse et percées de rares fenêtres.
Nous sommes ici derrière l’abside de l’église moderne. A i6m de la porte de Saint-Jean nous remarquons deux colonnes de cipolin à demi enterrées dans le sol et espacées de 5“ 60. On les vénère comme ayant servi à attacher les martyrs. Leur niveau prouve, non moins que cette tradition, l’antiquité de
ÉGLISES
leur emplacement ; on découvre ici l’aile occidentale de l’église moderne, sa coupole, etc.
Restauration. — Après avoir soigneusement examiné les restes des basiliques que le temps et les hommes nous ont laissés, rapprochons de ces précieuses ruines les textes de saint Paulin et essayons de les y adapter. (PI. CCLII et CCLI1I.)
En arrivant près de ces basiliques on était stupéfait de leur ampleur, on aurait dit que ces édifices formaient une ville entière, de telle sorte que le tombeau de saint Félix, au milieu de toits qui s’étendaient tout autour et des cinq basiliques le couvrant de leur ombre, ressemblait à une pierre précieuse :
Et manet in mediis quasi gemma intersita tectis,
Basilicas per quinque sacri spatiosa sepulcri
A tria diffundens , quarum f asti gia longe
Adspeclata instar magna: dant visibus urbis.
(Carmen vi, Migne, p. 494.)
On entrait d’abord dans un vaste vestibule disposé en forme de cloître:
Et paries mediis spatio bipatente columnis
Culmine discretas aditu sibi copulat aulas ’.
Des portiques s’ouvraient là sur la campagne et fournissaient aux fidèles le spectacle des champs fertiles de la Campanie :
Et populis rigui præbet speclacula campi
(Nat. ix 3.)
Le vers suivant prouve bien qu’il s’agit du vestibule ; il nous indique aussi qu’on s’y trouvait à l’abri du vent :
V estibulumque patens aura défendit operia 3.
On verra que nous ne l’avons ouvert sur notre plan que du côté de l’est et du midi de manière à le défendre des vents nord-ouest.
On se rend difficilement compte de la disposition qu’avait le mur de clôture destiné à couvrir le parvis contre les regards profanes et qui cependant n’empêchait pas les fidèles de voir la campagne. Je me figure le sol de ce vestibule assez élevé, de telle sorte que