L. Trois assises de briques
M. Terre-plein.
Fouilles sur l’emplacement de l’ancien ambon, d’après M. Fontana.
Mais tel n’était pas l’état ancien, il est probable que du temps de Jean de Pise, les chancels s’étendaient jusqu’au premier arc-doubleau de la coupole et que l’ambon fut construit tout à fait à l’extérieur. M. Fontana obtint de faire une fouille sous le pavé de l’église au droit de la colonne E et cette fouille mit à jour une fondation circulaire qui semble une fondation de l’ambon ; nous donnons ici le tracé de ces fouilles qu’il nous a communiqué.
Malgré cette preuve, il reste à savoir pourquoi la colonne de granit ne porte aucune trace des agrafes
AMBONS
desmarches. M . Fontana répondait que cette colonne, comme presque toutes celles des nefs, avait été changée ainsi que le chapiteau après l’incendie et il apportait des témoignages écrits à l’appui, cependant on peut se demander comment le pulpito fut sauvé des flammes qui attaquèrent le granit auquel il était attaché. Il y a dans cette question un côté obscur qui n’a pas été éclairci, mais ce qui est clair c’est la sagacité dont l’habile sculpteur a fait preuve dans sa restauration; ce qui est probable d’après les anciens usages liturgiques, c’est que l’ambon était extérieur au chœur et attenant au chancel ; enfin ce qui est souverainement désirable, lors même que l'emplacement ancien ne serait pas certain, c’est qu’on se décide à rendre au monde des arts cet admirable monument, en en rassemblant les fragments.
Ambon de Monza, d’après M. Messori.
RÉSUMÉ
Nous terminons notre étude devant le monument que nous venons d’examiner, un des plus extraordinaires et des derniers de ce genre; nous trouverions peu de nouveaux ambons en avançant dans le xive siècle et les exceptions, comme à Monza, à Milan ne peuvent laisser dire que cette coutume se soit maintenue; en Espagne, on construisait des lectoria dans le genre de celui de Saint-Françoisd’Assise, à Santiago-del-Arrabal, à Tolède, à Avila, qui ressemblent à nos chaires actuelles et auxquels on parvient par une porte pratiquée dans la muraille. En Angleterre, en France, en Belgique, on élevait des jubés qui ont un autre caractère et rentrent plutôt dans la fonction des clôtures de chœur; mais toutes ces constructions s’éloignent trop de l’ambon primitif, tel que nous l’avons trouvé aux origines, tel que nous l’avons suivi traditionnellement à travers les siècles, pour ne pas devenir étrangères à nos études. Du reste les ambons ne tardèrent pas à disparaître, on les toléra d’abord sans encourager leur érection, on finit par les écarter tout à fait. Sixte-Quint donna l’exemple de leur destruction au xvi' siècle, à l’occasion de la chapelle papale qui se tenait à Sainte-Sabine pour le mercredi des Cendres. Sous le pontificat de Grégoire XIII cette innovation fut introduite dans l’église de Saint-Saba; le branle était donné, il fut généralement suivi1.
Nous n’avons plus qu’à jeter sur l’ensemble des monuments que nous avons recueillis, un coup d’œil qui nous en donne une idée générale.
Sous l’influence des souvenirs bibliques, nous avons vu les fidèles à leur sortie des catacombes construire pour les lecteurs des tribunes qui les élevaient audessus de la foule, rappelant Esdras et le sermon de Notre-Seigneur sur la montagne. Ces escabeaux de marbre s’embellirent bientôt de riches sculptures; d’abord monolithes, comme à Salonique, comme à Carthage, ils devinrent un assemblage de marbres et
i. Barbier de Montault, Revue de l'art chrét., t. XVI.
RÉSUMÉ
de métaux précieux. L’ambon de Sainte-Sophie formé de marbres magnifiques, surmonté d’une coupole chargée de pierreries, surpassa au vi* siècle ce qu’on avait fait et ce qu’on devait sans doute jamais atteindre en ce genre. De plus, le véritable type de l’ambon était trouvé, l’ambon avec sa cuve circulaire centrale, ses deux perrons sur lesquels s’échelonnent les assistants, type que l’immobilité des formes byzantines inaugurées par Justinien, devait maintenir jusqu’à la fin du moyen-âge.
Le byzantinisme, maître de l’occident comme de l’orient pendant mille ans, imposa ses formules aux artistes et nous ne sommes pas surpris de voir l’Italie adopter ce modèle. Dès le vie siècle, Ravenne nous offre déjà une étonnante quantité d’ambons de marbre. Ces pyrgi ainsi nommés, parce qu’ils ont la forme d’une tour, sont des cylindres ornés d'animaux symboliques, et accessibles par deux perrons; quelquesuns sont soutenus par des colonnes.
La manière de construire ces meubles liturgiques, apportée d’orient sur les rivages de l’Adriatique, à Ravenne, à Murano, à Ancône, à Voghenza, pénétre bientôt dans l’intérieur de l’Italie. Le Livre pontifical à défaut de monuments matériels, suffit à rappeler l’existence et les rites de l’ambon.
L'usage des ambons passe les Alpes et les Pyrénées, nous le voyons signalé dans les écrits de saint Grégoire de Tours et d’Isidore de Séville, à Clermont, à Tours, à Saint-Denis, où saint Éloi fait le fameux lectorium, le même peut-être orné de basreliefs d’ivoire que Suger restaure au xne siècle.
Dans le nord, le type de l’ambon est modifié par la nature différente des matériaux. Les onyx de Constantinople, les marbres brillants de l’orient, les porphyres dont le moyen-âge à Rome avait hérité de Constantin, ne prêtent pas leur facile mise en œuvre et leurs splendides matériaux aux artistes de France et d’Allemagne, ceux-ci emploient la pierre, mais le plus souvent ils cachent la pauvreté de la matière sous d’éblouissants revêtements d’or et d’argent et sous des rivières de pierreries. L’évêque de Metz, Chrodegand, dès le vme siècle construit ainsi son fameux ambon dont à Verdun, à Liège, à Aix-la-Chapelle, on imitera bientôt les richesses. Saint-Gall, Auxerre, Mayence, se vantent de leurs ambons ; les Capitulaires de Charlemagne leur donnent la gloire de servir de scène à l’affranchissement des esclaves.
En Italie, durant la période carlovingienne, les constructeurs d’ambons restent fidèles à l’emploi du
marbre, comme on le voit à Toscanella, à Naples, à Nôle, etc.
Au xe siècle, le ménologe du Vatican nous a ouvert de précieux témoignages de la constance des types, en orient. Ses miniaturistes semblent y avoir peint sous la dictée du Silentiaire.
Le xie siècle assiste à l’érection d’ambons dans toutes ses nouvelles églises ; plus ou moins riches selon les contrées, de pierre ou d’or en France, en stuc à Bologne, en marbre à Rome, partout l’usage reste le même et les formes semblables. A Venise et à Grado, nous remarquons des ambons dont les parapets sont dessinés sur des segments de cercle et sont couronnés de coupoles.
Avec le xne siècle se déploient devant nous les brillants rouleaux des Exullet qui nous fournissent des images animées. Ces rouleaux, la plupart enluminés par des Italiens, nous montrent dans les couleurs dont les ambons sont ornés, le luxe qui préside à leur érection; rosaces, animaux symboliques, mosaïques, émaux, marbres déchirés de veines éclatantes, rien n’est oublié pour relever leur dignité.
Sainte-Marie-in-Cosmedin, Saint-Clément à Rome, dans le royaume de Naples, Moscufo, Caserta-Vecchia, Fondi, etc., nous ont offert des spécimens pour leur temps.
Deux nouveautés au déclin de ce siècle apparaissent pour la construction des ambons. D’une part l’ornementation en mosaïque fait ses premiers essais dans l'Italie méridionale, de l'autre on voit la Toscane dans les pulpiti de Barga et de Groppoli, inaugurer ces merveilleuses chaires qui surgiront tout à l’heure de son sol et porteront à l’admiration de la postérité les noms de Nicolas, de Jean, d’André de Pise.
Cette pousse de sève, si je puis m’exprimer de la sorte, fut la dernière de l’art des ambons; la chaire de Sienne, celle surtout du Dôme de Pise paraissent en avoir épuisé la vigueur. Après cette œuvre éblouissante de richesse et de verve et qui accuse l’affranchissement complet du joug byzantin, il semble qu’il n’avait plus rien à trouver et qu’il ait dit son dernier mot.
A chaque partie de l’histoire monumentale que nous écrivons et au milieu des vicissitudes que subissent les meubles liturgiques sous les courants variés de l’art, je ne puis m’empêcher d’admirer l’immobilité de la liturgie elle-même. Dans les étroites chapelles cimétériales nous ne trouvons pas encore d’ambons et
déjà on y entend les saintes lectures ; pendant mille ans, les tribunes sacrées portent témoignage de la persévérance du même usage dans toutes les églises. La renaissance vient, de sa main dédaigneuse elle repousse les vieux ambons, mais elle n’étouffe pas le chant de l’Évangile. L’antique coutume lui résiste au
milieu des ruines du xvi° siècle, et aujourd’hui on voit la liturgie reprendre possession de ses ambons que lui rendent enfin nos architectes du xixcl.
i. Voyez l'église de Saint-Pierre de Montrouge, par exemple.
Lions conservés sous la chaire actuelle de la cathédrale de Pise.
CH ANCELS
ORIGIN ES
Les murs d’appui qui séparent les nefs du sanctuaire ont pris le nom de chancels dans la langue chrétienne. Le mot latin cancelli était déjà employé par les classiques antiques dans le sens de balustrade, de clôture, et l’usage tellement répandu que Cicéron ne craignait pas de l’employer au figuré : « Si extra hos cancellos egredi conatur. Si j’essaye de franchir ces limites. »
Le cancellarius (chancelier) était l’huissier du tribunal; les basiliques avaient leurs chancels et les ont sans doute transmis aux églises; dans la basilique du Palatin on a retrouvé à l’entrée du prétoire des balustrades en marbres ajourés. Le lieu où siégaient les juges était quelquefois aussi entouré de grilles en fer 1 2.
Les prétoires antiques étaient environnés de chancels pour en écarter la foule; Basilius les appelle Judiciales; Servius, Cicéron, Marcellin : Septa et Caulœ ;C assiodore : Januœ Fenestratœ ou Cancellatœ fores 3.
Comme la tribune des juges, les rostres du forum avaient leurs chancels. Quelques auteurs reconnaissent les cancelli dans un bas-relief de l’arc de Cons-
1. Du Cange nous en donne cette définition: Locus altaris cancellus septus. B?//a selon les Grecs, ou «Surcv, prèsbyteriutn selon les Latins ; caticel pour nous.