‹ La messe (volume 3)Chapitre 12 sur 341 · Candelæ signifie lumières · texte numérisé non relu

Candelæ signifie lumières

2. Massa, au moyen âge, en Italie, signifiait encore domaine, et plusieurs villes conservent encore cette appellation.

Les dons pour le luminaire des églises s’inscrivaient sur le marbre pour plus de solennité; c’est ainsi que nous avons encore une inscription concernant le luminaire de Saint-Paul, une autre à Saint-Grégoire.

Galetti , Inscript, romanœ infimi ævi , t. I, v.

Dict. d’Epig., Migne, 11,486.

Saint Grégoire leGrand donna, pour l’entretien du luminaire au tombeau des apôtres, diverses possessions (Ep.14) les immenses champs d’oliviers qui constituaient le patrimoine de la via Appienne. L’acte de donation fut gravé sur un mur de la basilique vaticane. (Barbier de Montault Congrès arch. 1882, p. 5i8.)

3. J’ai pesé, au Cabinet des médailles, deux solidi d’or de Constantin, d’une bonne conservation, qui équivalent à 9 grammes, soit pour chacun 4gr. 5o. Le kilogramme aujourd hui, avec la retenue du change, vaut 3 ,437 francs' soit 67,500 francs.

nombre des lustres, leurs poids et la quantité de dauphins ou de lampes dont ils étaient garnis :

Lustres.

Dauphins.

Détails.

Dauphins.

Totaux.

Couronnes d’or de i5 livres. . .

So

Farum cantharum d’or de 25 livres.

— — «ante altare» d’or

de 3o livres . .

— — d’argent 5o livres

— d'argent (in gremio) 3o livres

— à droite de 20 livres .

— à gauche de 20 livres ....

Canthara cyrostrata «in gremio» de

Candelabra (io pieds) .

(Total des lumières).

Nous devons expliquer sur quelle base nous fondons la restauration des mesures de ces lustres; le soin que montre le Livre pontifical en énumérant les dauphins dont ilsétaient garnis, prouve, à priori, qu’il ne s’agit pas d’un simple ornement, mais d’objets constitutifs du lustre et dont le nombre faisait son importance. Mais nous avons mieux qu’une simple hypothèse, et nous pouvons offrir dans l’antiquité chrétienne des monuments très explicites. Déjà, dans les peintures de Pompéi, nous observons des dauphins suspendus, affrontés, et qui pourraient rappeler ceux en question; les lampes chrétiennes ont souvent cet emblème, qui rappelait l’amour du Christ pour les hommes ; à Djemila, en Algérie, on a trouvé un lampadaire1 soutenu par trois dauphins, et, ce qui est plus remarquable, un petit dauphin dont la queue se termine en anneau et dont la gueule porte une rainure destinée à s’encastrer dans la languette d’un lustre. Ce dernier bronze nous montre un dauphin analogue à ceux du Livre pontifical, et, quoique le disque auquel il se rattachait soit perdu, on ne saurait douter de sa destination première. Le lustre de M. Basilewski nous offre, enfin, des dauphins avec le même anneau que les lampes de verre qui proviennent d’Orléansville, et, ce qui vaut mieux, il nous les offre encore en place, rattachés à un lustre en forme d’oratoire. Devant un modèle si formel, ’on ne saurait douter un seul instant du sens qui doit être attribué aux dauphins du Livre pontifical.

Nous tirons de ce bronze non seulement l’expli-

1. Delamare, Exploration scientif. de l’Algérie, PL cv, fig- 7-

IVe SIÈCLE. — LATRAN.

cation du texte, mais aussi la restauration des mesures du Latran. En effet, les dauphins d’Orléansville sont distancés d’environ omio; si nous reportons cet espacement à ceux du Latran, nous aurons pour 5o dauphins un disque de 5 mètres de circonférence et un diamètre d'environ im66, — pour 80 dauphins une circonférence de 8 mètres, un diamètre de 2m66, — pour 1 20 dauphins une circonférence de 12 mètres, un diamètre de 4 mètres.

Lustre de Saint-Jean de Latran au iv« siècle.

Quant auxlustres dont on ne nous donne que les poids, à l'aide d’une proportion, il ne serait pas impossible d'évaluer le nombre des dauphins et dès lors les diamètres des disques1.

1. Si nous prenons pour point de départ le grand pharum d'argent, nous pouvons poser cette proportion :

120 dauphins : 5o livres n x dauphins : ^o livres, d où

x = y2 dauphins, soit une circonférence de 7m20,

Nous supposons comme on le voit, à ces lustres, la forme de disques ; nous avons encore ici dans l’antiquité chrétienne un bronze qui peut servir de témoignage, c’est le pharum de la collection Basilewski, qui présente une suite d’anneaux horizontaux qui recevaient les lampes et une sorte de plateau soutenu par des chaînes.

Il n’y a pas de doute que ces phares ne fussent suspendus. Cette disposition est certaine, comme nous le voyons dans les présents d’Adrien à Saint-Pierre et dans le poète anonyme des évêques d’York :

Hoc altare farum supra suspenderat altum.

Il est certain que le pharocantharus était aussi un objet suspendu; le Livre pontifical l’assimile à la couronne: « coronam ex auro purissimo quæ est « pharus-cantharus » ; or la couronne était évidemment suspendue, les monuments de tout le moyen âge en font foi l. Il y aurait eu difficulté matérielle à placer dans les nefs de l’église un si grand nombre de candélabres qui l'encombreraient, en donnant une lumière aveuglante. Ajoutons que les poids, déjà si faibles, deviendraient tout à fait insuffisants, s’il fallait joindre à celui de l'appareil lumineux le poids d’une tige assez élevée pour dominer la foule.

Nous avons voulu chercher la confirmation de cette restauration près d’une autorité compétente,

! et l’avons soumise à M. Poussielgue, l’auteur des belles couronnes lumineuses de la cathédrale de Bourges. L’éminent orfèvre a approuvé la forme et la construction de nos lustres; il a basé son approbation sur une expérience faite par lui-même, i pour une couronne de 3 mètres de diamètre à laquelle il avait appliqué 90 petites lampes dis¬

tribuées aux distances que nous avions choisies nous-mêmes; un tel lustre produisait une lumière douce et un effet charmant. M. Poussielgue a fait une expérience du même genre pour reproduire

à peu près 2m40 de diamètre. Chaque dauphin pesant environ i3q grammes (la livre d’Anastase évaluée à 3j5 grammes), f ensemble devait peser 10 kilos, ce qui revient à peu près aux 3o livres du texte.

D’après la même évaluation, les lustres de 20 livres auraient 48 dauphins, soit i“16o de diamètre.

1. On lit dans la Description de l’église de Cantorbéry: * In medio chori dependebat corona deaurata 24 sustinens cereos. »

Du Cange cite encore ce passage : Augusta operositatis corona quae pendebat in medio monasterio.

LAMPES

les anciennes croix lumineuses, et il n’a pas eu moins à se louer du résultat.

Je lui ai témoigné mes incertitudes, surtout au sujet de la médiocrité des poids énumérés par le Livre pontifical. Il n’est pas douteux, pour le pharum-cantharum d’or, que l’armature était en fer, et il a approuvé les dimensions que nous lui prêtons. On peut supposer les dauphins, et, sans doute, le cercle auquel ils étaient attachés, compris dans les 3o livres, quoique cela fasse moins d’une livre pour deux dauphins. M. Poussielgue explique cette merveilleuse ténuité par l’habileté des ouvriers en martelage, habileté que la valeur plus grande alors des métaux précieux rendait encore plus nécessaire qu’aujourd’hui. Il a vu d’anciennes pièces d’orfèvrerie vraiment merveilleuses sous ce rapport. Les anneaux de chaînes eux-mêmes devaient être creux.

Pour la confection d’un dauphin on appliquait, sur un moule en bois, des feuilles d’or qu’on martelait habilement pour lui donner les formes désirées. Si cette housse métallique était suffisante pour subsister par elle-même, on réservait un trou par lequel on retirait successivement toutes les pièces après le travail1.

On peut à la rigueur admettre cette méthode pour les phares d’or, 'mais pour celui de 120 dauphins en argent, chaque dauphin n’ayant que 139 grammes d’argent, on ne peut supposer qu’une sorte d’argenture faite au martelage et s’appliquant à une forme permanente.

Je parlai aussi à M. Poussielgue du système d’attache des dauphins au bord du disque ; dans tous les temps, selon lui, la principale préoccupation des orfèvres est d’éviter le chauffage, qui déforme presque toujours les pièces qu’on y soumet, surtout celles de grande dimension ; les auteurs des lustres que nous étudions évitèrent cet inconvénient, soit en entrant dans une mortaise, réservée sur le disque, le tenon du dauphin

1. M. Poussielgue m’a montré cette méthode employée dans la fabrication actuelle des vases à goulots étroits comme sont les burettes. On constitue un moule à l’aidé de tranches séparées et serrées dans le milieu par un coin On rabat devant le tour, à l’aide du repoussoir, la feuille métallique sur ce moule, jusqu’à ce qu’il en prenne la forme; il ne reste ensuite qu’à enlever une à une les pièces I du moule qui, étant retirées, laissent le vase creux. La ' fabrication au repoussoir donne douze fois plus de rapi- | dite au travail, mais n’a pas, comme le martelage, le charme ' du travail manuel.

qui tient ainsi par le seul effet du frottement, soit à l’aide d’une rainure, dans la gueule du dauphin, qui pénètre dans la languette du disque et qui est fixé par une goupille.

PLA-M de I; ILLVM I NATION

Saint-Jean de Latran au iv© siècle.

Après avoir restauré une de ces brillantes couronnes, il faut songer à les ranger dans les vastes nefs du Latran. Les plus précieuses, celles d’or, étaient réservées pour l’autel, l’endroit le plus vénérable de la basilique ; le phare d’or garni de 80 dauphins exhalait ses fumées odoriférantes ante altare. — Je suppose le plus considérable des phares d’argent avec 120 dauphins à un niveau plus élevé et planant au-dessus du ciborium. — Viennent ensuite les quarante phares d’argent et les cinquante canthares à cire que le texte nous montre in gremio basilicœ. Selon Du Cange, cette expression se rapporte à la nef centrale. Or, nous avons constaté, en essayant le tracé, qu’il serait difficile d’accumuler une telle multitude de luminaire au centre de la basilique, et nous avons pensé qu’il fallait en réserver une partie pour le transept, auquel des lumières n’étaient guère moins

IVe SIÈCLE. — SAINT-PIERRE.

nécessaires, et qui remonte, aussi bien que la nef, au temps de Constantin. On verra sur le plan qu’ils sont malgré cela encore serrés, maison devra penser qu’ils s’étageaient à des niveaux différents.

Le livre pontifical nous montre parte dextra basilicœ, quarante phares d’argent, et vingt-cinq seulement in lœva basilicœ; il faut entendre ici les nefs latérales, celles consacrées aux hommes, et sans doute honorées d’un plus grand éclairage.

En assistant au salut de Noël, dans la cathédrale de Bourges, sous la lumière des couronnes qu’y a élevées M. Poussielgue, on peut se" faire quelque idée de l’illumination de l’antique Latran, et je dois dire que ce spectacle est saisissant; mais au lieu de seize disques lumineux, il faut s’imaginer plus de cent soixante phares, c’est-à-dire un nombre dix fois plus grand; il faut relever ces cercles de feu s’étageant sous les toits de la basilique, comme les astres sous le firmament, ces vastes roses qui font en effet penser au paradis et aux vers de Dante :

Cosi di quelle sempiterne rose Volge’nsi circa noi le duo ghirlande.

(Parad., xn, 19).

C’était comme les auréoles des saints, comme leurs couronnes jetées à travers l’espace, devant l’autel, et dont la brise agitait les pétales enflammés, c’était une douce mais abondante lumière, comme celle des constellations dont le scintillement ressemblait au tremblement respectueux des Puissances célestes; les mouvantes clartés sous leurs corolles multicolores de cristal subissaient aussi les oscillations des longues chaînes qui les rattachaient aux poutres d’or de la basilique; elles se balançaient comme ce chœur de Dante dans cette mystérieuse cadence de Yamor che mtiove’l sole e l’altre stelle (Parad., xxxm, q5).

Supposez un des derniers confesseurs de la foi, un des témoins des réunions cimetérales qu’éclairaient quelques lampes; supposez ce chrétien, à l’une des saintes veilles de la liturgie, transporté dans cette basilique du Sauveur; il contemple pour la première fois ces milliers de feux croisant leurs rayons au-dessus de sa tête, jetant d’innombrables reflets sous les lambris d’or, enveloppant le ciborium d’un éclat splendide; il s’enivre des

parfums qu’exhalent ces fleurs brûlantes. Quel spectacle ! Quel ravissement ! Quelle reconnaissance pour le triomphal affranchissement de l'Église !

Il ne semble pas que l’illumination de Saint- Pierre fût aussi magnifique que celle de Saint- Jean de Latran; du moins, la nomenclature que nous en laisse le Livre pontifical atteste des dons moins magnifiques : «Fecitautem candelabra auro- « chalca in pedibus 10 numéro quatuor argento

« conclusa cum sigillis argenteis . coronam

« auream ante corpus, ubi est phamecantharus « cum delphinis quinquaginta, qui pensant 35. « Phara argentea in gremio Basilicæ 3e cum del- « phinis pens. sing. lib. decem. Ad dexteram « Basilicæ argentea 3o pens. sing. lib. 8 l. »

Constantin joignit à ces présents des revenus pour l’entretien des lampes, et il leur affecta des tributs d’Orient pour les baumes et les aromates qu’on y consumait. A propos des ressources qu'on tirait du Levant pour l’éclairage, Severano rapporte qu’un pape, après avoir aliéné ces biens, eut une vision dans laquelle un vieillard s’avança vers lui, et, lui reprochant son action, lui dit en le frappant : « Vous avez éteint une lampe devant mon image, et moi j’éteindrai la vôtre devant le Seigneur. » Il ne tarda pas en effet à mourir2.

Le pape Célestin (423) ajouta « pharum can- « tharum pens. libras viginti quinque ex argento « purissimo. — Cantharas argenteas cerostatas, in « gremio basilicæ viginti quatuor pens. singulæ « libras 20 3,

A propos de la femme d’Aetius (f qSq), saint Grégoire de Tours rappelle que la basilique était illuminée tout entière par des lychni pendant la nuit l.

Saint Grégoire le Grand raconte dans ses Dialogues que saint Pierre était apparu au sacristain Théodore, chargé d’entretenir les lampes de son tombeau, lorsqu’il s’était levé la nuit pour cet office ( 5 q 5 ) : « Quadam nocte dum citius ad melio- « randa juxta januam lumina surrexisset, ex more

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