Labarte, t. III, PI. lxt, p
aux formes antiques, il n’y avait plus d’espoir que dans les écoles byzantines; c’est d’elles en effet que la renaissance du xie siècle sortit pour rendre aux livres liturgiques plus de beauté et de dignité; cette conquête de l’Allemagne fut faite sous Théophanie. Nous voyons à la même époque la Sicile se soumettre et les vaisseaux des républiques de Venise, de Gênes, de Pise, d’Amalfi, rapporter en Italie des maîtres et des modèles qui devaient y jeter des germes de byzantinisme plus profonds qu’ailleurs. On abandonne alors les fantaisies bizarres, les traits commencent à perdre leur raideur, à prendre quelque modelé. — L’écriture se transforme elle-même.
Les personnages les plus éminents de la hiérarchie ecclésiastique ne dédaignent pas l’art de la calligraphie; Sigon, l’abbé de Saint-Florent de Saumur, Heldric, abbé de Saint-Germain d’Auxerre, Foulques, de l’abbaye de Saint-Hubert (Brabant), Lanfranc, saint Anselme en Angleterre *, donnent un nouveau lustre aux scriptoria. Les prélats des églises et des monastères ne confiaient, quand ils ne s’y livraient pas eux-mêmes, cette tâche qu’à des mains sûres. On peut comprendre l’intérêt qu’on prenait à la beauté des livres par un fait consigné au xie siècle dans les actes de saint Meinwerk, évêque de Paderborn.Un jour, ayant demandé à un prêtre de pieuse vie, devant l’impératrice sainte Cunégonde, de lui présenter les livres dont il se servait pour célébrer les saints mystères, celui-ci ne put montrer que des livres en mauvais état et sans valeur (incomptos, neglectos et nullius ponderis a ut pretii). Saint Meinwerk les ht jeter au feu, et l’impératrice, s’associant à l’indignation de l’évêque, ht administrer une correction au pauvre prêtre"2.
Orderic Vital vante Théodoric, abbé d’Ouche, dont les travaux monastiques ont si bien édihé son époque ; il signale le zèle infatigable des scribes dont il nous laisse les noms: « ce sont Bérenger, « qui depuis devint évêque de Venosa, Goscelin et « Radulphe, Bernard, Turchetil, Richard et plu- « sieurs autres qui remplirent les bibliothèques de « Saint-Evroul. — L’homme de Dieu, comme « Vital appelait Théodoric, répétait sans relâghe à
1, Curmer, Imitation, p. 5-j.