Id
ou le pèlerinage de la vie humaine (fr. 8a3, 11, f° 100 verso). Un charmant petit bas-relief que nous avons relevé à Rouen, sur le portail méridional de la cathédrale, nous présente la vue d’un orgue fixe orné d’élégantes arcades en ogives. Sur le devant l’organiste, assis par terre, fait fonctionner les touches d’un clavier tout près du sol; on aperçoit par derrière la tête de l’homme qui agite le soufflet.
Le psautier de Charles V, de la Bibliothèque de Bruxelles1, contient un des plus curieux documents de l’histoire des orgues. L’instrument se compose de dix-huit tuyaux de métal, qui vont en diminuant de gauche à droite, excepté le dernier, qui est le plus élevé et le plus gros de tous. Ces tuyaux sont maintenus dans un édicule de bois d’une ornementation gracieuse ; à gauche ils sont appuyés à une tour crénelée, enrichie d’arcatures. L’orgue se présente du côté du souffleur, un enfant de chœur que l’on voit de dos, et qui lève et abaisse alternativement deux soufflets ; ces soufflets sont agrémentés de petites rosaces. De l’autre côté se tient l’organiste, dont on aperçoit la tête (manuscrit 9961, f° 66). Le clavier était sans doute peu saillant, comme on le voit à Gand sur la sainte Cécile de Van Eyck.
Le premier jeu d’orgues de Paris fut dressé dans l’église de Saint-Séverin, sous le règne de Jean le Bon. L’orgue ne fut composé pendant longtemps que du seul jeu d’anches appelé régale , et l’instrument s’appelait regabellum. Quand on se mit à organiser, l’addition de plusieurs jeux devint nécessaire, et on vit paraître successivement des jeux accordés à l’octave, à la quinte, à la tierce, etc, de sorte que chaque touche fit entendre un accord complet : telle fut l’origine des jeux de mutation.
A la fin du xive siècle, l’orgue fit de nouveaux progrès. Il existe, dans l’église de Notre-Dame d’Anvers, un orgue construit par Philippe de Lannoy, en 1394, pour un couvent d’Augustines de la même ville; bien qu’on l’ait plusieurs fois
1. Willemin le reproduit dans ses Monuments français, mais il se trompe dans l’attribution. (PI. cxxxm.)
Hopkins, The Organ, its history, etc.
Voyez une figure d’orgue dans le manuscrit d’un poème de Lydga intitulé Le Pèlerin.
Manuscrit cott., Tiberius, A, vu.
XVe SIÈCLE.
réparé et complété, il fait encore aujourd’hui la base du clavier de récit. Dans cet orgue, on ne trouve pas d’abrégé \ que, du reste, le peu d’importance de l’instrument ne rendait pas nécessaire.
L’orgue ne prit une valeur sérieuse qu’au xve siècle. La forme des touches fut alors modifiée et amoindrie. Elles avaient jusque-là quatre ou cinq pouces de largeur ; leur nombre, au moyen âge, variait de neuf à seize; elles étaient si dures à baisser, qu’on garnissait ses mains, en jouant, de moufles ou de gros gants 2.
Nous avons encore plusieurs monuments existants qui attestent leur nouvelle importance, et l’élégante décoration dont on les enveloppait. Nous citerons deux paires d’orgues dans la cathédrale de Sienne : les premières, près du grand autel, exécutées en 1457, par Pietro Ungaro; une délibération de la fabrique, qui lui accorde une indemnité, en sus du prix convenu, constate qu’il employa des tuyaux d’étain au lieu de tuyaux de plomb, dont on se servait dans les orgues anciennes. Les autres orgues en haut de la porte de la sacristie furent faites en iqâg, par Lorenzo, fils de Giacomo di Prato3 4.
En 1441, les orgues d’Orvieto étaient tombées dans un état déplorable, qui exigea une réfection. Le travail fut confié à Niccolo da Siena, un frère prêcheur. Il s’engagea à refaire ces orgues près de la chapelle du corporal, de six bras en longueur et largeur (3m5o), doubles, c’est-a-dire ouvertes par devant et derrière; les tuyaux, par devant, devaient être bien polis et ressembler à de l’argent; chaque paire de ces orgues devait avoir plus de quarante tuyaux avec tous les semi-tons nécessaires; ses douze soufflets pouvaient être mis en mouvement par trois enfants de quatorze à seize ans, etc. h
En 1470, un Allemand, nommé Bernhard, or¬
1. Mécanisme de transmission des touches aux soupapes. Dezobry , Dict. des Arts, i352.
Nous avons soumis ce qu’on vient de lire sur les transformations de l’orgue à M. du Seuil, si versé dans l’histoire de la musique et si compétent sur cette question.