Revue arch ., 1846, PL liv
3 La crosse limousine qui accompagne ces fragments semble devoir les faire descendre au xm° siècle.
XIIe SIÈCLE.
frise avec lettres bleues agrémentées d’arabesques et d'un effet majestueux. (PI. DCI.)
M. Francisque Michel parle d’une chasuble d’Allemagne dont la bordure a cette inscription en arabe : Honneur et gloire à notre souverain , que sa dignité dure longtemps.
Nous verrons aussi, à propos du manteau de couronnement impérial, une longue inscription coufiquesur la bordure, — sur la chasuble de Saint Edme, des caractères arabes autour des médaillons, etc.
M. Krauth de Francfort, qui possède une si remarquable collection d’étoffes, nous a communiqué une bordure arabe avec inscription dont on trouvera la copie PI. DCI.
Les mosaïques de Sainte-Sophie de Trébizonde, qui datent du xvie siècle, nous montrent que les chasubles n’étaient pas toujours encore aussi étriquées en Orient qu’elles le sont devenues depuis. Le phénolion actuel 1 ressemble aux chasubles de la tapisserie de Bayeux : un manteau qu’on entre par la tête, court comme une pèlerine sur le devant, retombant fort bas et en larges plis par derrière, et semé de croix. Celui que j’ai mesuré à la chapelle russe de Paris a un superhuméral d’or.
i. Texier et Pullan, Arch. byqant., PI. lxv.
A propos du phénolion, on ne trouvera pas sans intérêt de suivre l’ordre de la vestition liturgique chez les Grecs que j’ai écrite en partie sous la dictée de M. Priléjaeff, aumônier de l’ambassade russe à Paris.
i° Le prêtre, au moment de célébrer la messe, passe une grande tunique talaire, un sticharion, au-dessus de l’habit ordinaire. Il est ordinairement blanc, quoique cela ne soit pas indispensable, en velours à raies verticales, échancré sous la gorge pour le passage de la tête, et sous les manches pour rendre les poches accessibles. Par derrière, il porte une croix équilatérale, son seul ornement. Les manches sont moitié plus étroites aux poignets qu’aux entournures et s’y attachent par des cordons. L’évêque revêt ce sticharion comme les autres prêtres.
2» Le célébrant met ensuite l’étole, epitrachelion, qui lui fait le tour du cou et retombe également sur les côtés; il la porte ainsi pour figurer tout le poids de sa charge. Pour plus de facilité, les deux bandes se cousent ou s’agrafent ensemble, ce qui paraît constituer une seule pièce. 11 y en a même qui forment une seule bande et qui n’ont qu’un dessin. Les diacres portent l’étole sur l’épaule droite, les sous-diacres sur la gauche.
3- Après l’étole, on suspend sur le sticharion, à gauche, une pièce carrée ornée d’une croix d’or, et qu’on appelle epigonation.
4» Il y a une autre pièce d’étoffe en losange, crucifère, ornée de glands et de franges; c est aussi un epigonation , mais réservé aux évêques et suspendu à droite. Si le célébrant n’est pas évêque, il n’a que le premier epigonation, et il le met à droite.
5» Sur le sticharion et les cordons qui retiennent ces
On peut se rendre compte de la nature des étoffes qu’on tirait du Levant dans les nombreux fragments qui nous restent et qui figurent dans les collections actuelles 1 ; nous en avons gravé quelques-unes (PL DXXVII, DXXXIV, DLXXII, DLXXVI , DLXXIX, DLXXX, DLXXXVIII , DLXXXIX, DCVII, DCXV), etc.
Les touchantes interprétations que les écrivains carlovingiens donnaient déjà au symbolisme de la chasuble sont répétées pendant l’époque romane. Ce symbolisme occupe une place si grande chez les auteurs du moyen âge, lorsqu’ils parlent des vêtements liturgiques, qu’il est impossible de ne pas le mentionner dans leur histoire.
« La planeta, dit Sicardi dans le Mitrale, est « un vêtement double sur la poitrine2, sur les « épaules, triple sur les bras, et qui recouvre les « autres vêtements en changeant de couleur selon « les époques. Elle représente la charité mère et « maison des vertus ; comme l’homme est entière- « ment couvert par sa maison, ainsi la charité « embrasse toutes les vertus (plenitudo legis est « dilectio). Elle est double sur la poitrine, parce « qu’elle fait supporter les contrariétés des proches « comme des ennemis, ou parce que la charité
divers ornements, on place la ceinture avec une croix en avant et des cordons d’attache par derrière;
6° On revêt alors les manches qui se lacent aux poignets. Le diacre en porte.
7» C’est ensuite le tour du phénolion, qui correspond à notre chasuble. Jadis longue en avant, elle s’est raccourcie, comme nous l’avons dit. Le phénolion est exclusivement pour les prêtres.
8° Les diacres ont un sticharion vert et orné de croix avec un grand pectoral d’or. Il retombe jusqu’aux pieds. Les manches sont ouvertes au lieu d’être serrées par des cordons comme pour le prêtre.
9° Enfin le saccos est réservé aux seuls évêques et pour la célébration. (Voir dalmatique.) C’est une sorte de dalmatique, comme il a été dit.
io° L’omophorion ou pallium est particulier aux évêques; il est en laine, mais bien plus large que celui des Latins.
Voir les dessins de M. Durand, Magasin pittoresque, 1844, p. 3o3.
Voir une peinture que Denis, patriarche de Constantinople, mit en tête de l’attestation qu’il envoya au roi de France en 1672, et que Renaudot a reproduite dans le tome IV de La Perpétuité de la Foi.
1. Voir collection Tassinari — Zaïs — Krauth — Musée de Cluny, etc.
Église de Monastier ( Haute - Loire). Aymard, Album d'A rch. relig., 1857, PL xxvm.
Shorn.
Bock, Vêt. liturg.
Exposition de 1878 à Paris; de 1876 à Cologne.
2. Je ne suppose pas qu’il s’agisse de la doublure, mais sans doute de plis superposés.
CHASUBLES
« doit s’appliquer à la fois dans la volonté et dans « l’action à l’intérieur et à l’extérieur. Les bras la « soulèvent pendant que la charité opère les « bonnes œuvres, à droite en faveur des fidèles, à « gauche même pour les ennemis de la foi ; elle « est donc mise en triple à droite pendant que « nous venons au secours des fidèles, moines, « clercs, laïques, etc.; elle est triple à gauche pence dant que nous subvenons aux nécessités des « infidèles, mauvais chrétiens, juifs, payens. Elle « se superpose aux autres vêtements, parce que la « charité est la plus éminente des vertus.
« La couleur change selon les temps; elle est cc blanche à la Résurrection, parce que les anges « du tombeau avaient des vêtements blancs; rouges « à la Pentecôte parce que le Saint-Esprit apparut « aux Apôtres sous des langues de feu.
« On ajoute un superhumérale au sommet de la cc chasuble, parce que l’espérance embrasse la cc charité comme sa mère. Le prêtre, pendant son « office, ne doit pas quitter sa chasuble, parce que, « suivant l’ordre du Seigneur, il ne lui est pas « permis de s’éloigner des choses saintes. »
Etienne d’Autun (-]- 1129) voyait dans les chasubles l’usage del’unité de la foi. (Lib. de Sacram. altar., cap. x.)
« La chasuble, dit aussi Hugues de Saint-Viccc tor (-J- 1 14 1 ) , qu’on appelle plancta, surmonte « tous les vêtements, parce qu’elle signifie la chacc rité, la plus éminente des vertus; elle est soucc levée sur le bras droit, puisque les amis doivent cc être aimés en Dieu; repliée sur le gauche, « puisque les ennemis doivent être chéris à cause cc de Dieu. » (De Officiis, cap. iv.)
Rupert de Tuitz répète qu’elle est soulevée sur le bras droit et repliée à gauche. (Lib. I, de Sacram., cap. l.)
Il dit encore : « La chasuble c’est le vêtement cc du Christ, qui signifie l’Eglise. Elle est une et « fermée de toutes parts pour montrer l’unité cc ou l’intégrité de la vraie foi.
ce Quoique la chasuble soit une, cependant cc l’extension des bras, image du Sauveur crucifié, « la divise en une partie antérieure et une partie ce postérieure, l’une figure l’antique Eglise qui
« précéda la Passion, l’autre, la nouvelle, qui « suivit. » (Cap. xxn, De Casula L)
Selon Innocent III2, « la chasuble représente « l’Eglise universelle de Celui qui est notre soucc verain prêtre, Jésus-Christ, selon les paroles de cc saint Paul : « Vous tous qui avez été baptisés en « Jésus-Christ, vous avez été revêtus de Jésus- « Christ... » Et parce que la chasuble, quoique cc formant un seul vêtement qui enveloppe le corps « de toute part, se trouve néanmoins, lorsque le « prêtre étend les mains, comme divisée en deux cc parties, dont l’une est par devant et l’autre par « derrière, elle représente ainsi les deux Eglises, cc l’ancienne et la nouvelle, séparées l’une de cc l’autre, dans l’ordre des temps, par le mystère « de la croix, alors que Jésus-Christ étendait les cc bras pour la rédemption du monde. »
Sceau trouvé à Sarrebourg (xiv* siècle). Collection de M. Benoit.
XIIIe SIÈCLE, ETC.
Pendant le xme siècle, les chasubles italiennes semblent avoir mieux conservé que les nôtres les coupes et l’ampleur des anciennes. Un bel exemple nous est offert par la statue de Nicolas IV (i238 -f- 1292) qu’on voyait dans l’abside de Saint-Jean de Latran 3, agenouillé et vêtu d’une large chasuble. On y remarque des traces de peinture; il serait facile de les restaurer d’après la mosaïque qui représente ce pontife dans le même costume, la même attitude et avec une chasuble rouge et une dalmatique bleue.