V- SIÈCLE. — TABLES ORNÉES. - MARSEILLE
« (Dédié par) Callinicus (?) pour accomplir son « vœu et celui de toute sa maison. » — D’après M. Letronne, cette formule : kai ton okon oaon figure fréquemment dans les proscynèmes de l’Égypte.
Sur la face postérieure on voit au centre l’Agneau . divin de face, debout sur la montagne mystique, de laquelle s’échappent les quatre fleuves, puis les douze brebis qui s’avancent vers lui. — La sculpture en est usée par le frottement.
Les faces latérales sont ornées de rinceaux, de pampres sortant d’un calice central ; le relief de ces ornements moindre que celui des autres côtés est mieux conservé et permet de juger le style de la sculpture. Ces tiges ont le galbe le plus gracieux, les feuilles un modelé parfait, et les oiseaux entremêlés aux rinceaux qui viennent becqueter le raisin, nous rappellent les meilleures œuvres antiques ; les frises se terminent par un petit pilastre composite.
Le dessus de la table est encadré d’une doucine et d’un champ avec rinceau qui serpente tout autour. Aux angles, des trous dirigés dans la diagonale, recevaient autrefois des anneaux que M. Levenq m’a signalés comme ayant encore été vus en place par son grand-père. Ce même savant, si compétent dans tout ce qui regarde les monuments de Saint-Victor, ne croit pas que cette table ait reposé sur des colonnes. En effet, le dessous du marbre n’est pas dressé comme à l’autel d’Auriol, il n’est lisse au bord que sur une bande de om 06, et le reste laissé brut semble destiné à être caché. M. Levenq ajoute que son grandpère observa dans la chapelle des fragments de dalles strigillées qui composaient peut-être la cloison du coffre des reliques.
Les agneaux et les colombes, dit M. de Rossi*, représentent l’église des fidèles du Christ voyageant sur la terre et les bienheureux dans le Ciel, église fondée par les apôtres et, pour ce motif, représentée le plus communément par le collège des douze. Chacun connaît le passage où saint Paulin de Noie nous enseigne que dans le chœur des colombes distribuées aux côtés de la croix, nous devons reconnaître les apôtres: « Cui coronæ sunt corona apostoli, quorum « figura est in columbarum choro ». A l’appui de cette interprétation, je puis citer encore un bas-relief du viie siècle, encastré à l’extérieur du mur latéral de gauche de Saint-Marc de Venise sur lequel on lit ces mots : 01 AüOZTOAOI au-dessus des douze agneaux.