Card. Maï, I
Mabillon, Ann. bénéd., IV, p. 14.
AUTELS
XIe SIÈCLE.
Charlemagne avait pu ramener un peu de vie dans la ruine des arts antiques, mais ces étincelles sorties d’un foyer éteint et sous la main puissante du grand empereur s’éteignirent avec lui; le xe siècle tomba dans une barbarie et une obscurité pires que le viiic. La vie ne commença à rentrer dans la société qu’au début du xie siècle; la France, alors débarrassée des incursions normandes, est gouvernée par une jeune et vigoureuse dynastie; l’Italie, sous l’inspiration papale, commence à conquérir ses libertés municipales ; l'Espagne voit ses princes chrétiens du nord repousser peu à peu les Sarrasins ; l’Allemagne étend chez elle l'heureuse domination pontificale ; l’orient reçoit la foule des croisés, leur communique ses vieilles traditions, leur donne ses modèles que l’occident répétera pendant plusieurs siècles. — Ces grandes causes déterminent un mouvement profond dans l’art et le transforment ; Cluny, fondé à la fin du xe siècle, prend la direction de ce mouvement, l’accélère et le règle. Les moines ouvrent partout des écoles de statuaire ; ils sont en rapport avec l’Espagne, l’Allemagne, l’Angleterre, la Hongrie 1. La sculpture se lève tout à coup comme un art complet, un art possédant ses principes, ses moyens d’exécution, son style; les monuments que nous étudions en portent le reflet brillant, nous ver. rons les Christs majestueux, entourés des symboles évangéliques, non-seulement sur les portails des cathédrales romanes, mais sur les nouveaux autels.
Ne croyons pas toutefois, surtout dans le midi de la France, que l'inspiration antique s’efface tout à fait. Nous trouvons encore des exemples de ce respect invincible des traditions romaines sur plusieurs monuments, nous le signalons notamment sur l’autel de Saint-Saturnin-lès-Apt, qui nous rappelle la forme des anciens cippes. C’est un prisme rectangulaire en pierre grossière, orné de six cannelures, entre les-
i. Viollet-le-Duc, Dict.
quelles on lit l’inscription : In onos sancti Saturnin martiri. Il porte au sommet et à la base des moulures à peu près semblables. La plate-forme supérieure est creusée de deux centimètres avec un rebord de cinq centimètres. Élevé aujourd’hui près de l’ancienne porte, il semble avoir servi de bénitier '.
Nous possédons la date précise de ce monument, le 3 mai 1056, et le nom de son consécrateur, Raimbaud, archevêque d’Arles, qui fut assisté de Hugues, évêque de Senez, et d’Alfant, évêque d’Apt. Ce précieux renseignement nous est fourni par une inscription qu’on lit au pied droit de l’arc-doubleau du presbyterium, côté de l’Évangile :
Cette inscription ne mentionne, il est vrai, que la consécration du sanctuaire, mais l’identité des caractères, voire même les fautes d’orthographe, les S presque faits en forme de Z, les doubles interlignes ne permettent pas de douter que la chapelle et l’autel ne soient contemporains. Nous y trouvons donc une précieuse authentique pour l’âge de notre monument 2. (PI. LXX.) On lit ailleurs sur le mur :
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