‹ La messeChapitre 69 sur 346 · PET1MUS NT UT ACCE PTA ABE AS ET BE NEDICAS HEC DONA · texte numérisé non relu

PET1MUS NT UT ACCE PTA ABE AS ET BE NEDICAS HEC DONA

Cette prière du commencement du Canon est écrite, selon M. Weswood, en caractères tout à fait anglo-saxons ou irlandais, forme onciale; ils sont si fins qu’il faut une grosse loupe pour les déchiffrer.

i. Selon Mgr Barbier de Montault, auquel nous devons les observations liturgiques que nous rapportons ici, les cinq personnages qui chantent en avant de l’autel, sont cinq prêtres en chasuble qui célèbrent avec l’officiant. Autrefois il n y avait qu’une seule messe dans chaque ville, elle était dite avec l’assistance des prêtres ou curés : c’est ainsi qu’à Angers, jusqu’à la fin du siècle dernier, aux principales solennités, lorsque 1 evêque officiait à la cathédrale, les curés de la ville que l’on appelait curés cardinaux étaient obligés d intervenir à la fonction. Il reste une trace de cet usage d une messe unique, dans la messe du Jeudi-Saint. La concélébration n existe plus que dans deux cas : au sacre d’un éveque et aux ordinations.

Nous avons dessiné, à la bibliothèque de Munich, une miniature publiée dans nos études sur l’Évangile (PI. LXXXXV, fig. i), et qui appartient à une bible du ixe siècle (780-850). Elle représente Notre-Seigneur entre les deux pèlerins d’Emmaüssous les traits d’un prêtre célébrant la messe entre deux diacres. Sa tunique est bleue, son manteau violet. L’autel est cubique, élevé sur une plinthe moulurée et ornée de tables rentrantes. Une nappe blanche, bordée en avant d’un dessin géométrique, retombe de tous côtés. Sur le dessus, on remarque un calice sans anses et une patène sur laquelle je crois distinguer quatre hosties. Les diacres ont des tuniques blanches 2.

1. Labarte, Les arts industriels, 2e édition, 1, 119. Passavant, Arclriv. fur Frankfurt geschichte und Kunts,

1839. (Assez fidèle gravure, mais l’autel est racourci.) Cahier, 1839, pL IV, Archieol. Journal xix, 228, article de Westwood.

Cet ivoire a été aussi publié dernièrement en photogravures par M. Heinrich Relier de Francfort ; c’est d’après cette publication que nous l’avons copié.

2. Hefner vient dernièrement de la publier en chromo dans Costumes , oeuvres d'art et ustensiles, pl. XII.

IXe — Xe SIÈCLES. — IVOIRES. — MINIATURES.

Nous donnons sur la même planche que l’ivoire de Francfort un ivoire conservé au Louvre et que nous attribuons à peu près à la même époque. Celui-ci accompagne une autre plaque identique comme forme., qui devait être fixée au verso du même missel et qui représente l’administration des sacrements. L’ivoire que nous offrons figure le saint sacrifice avant la lecture de l’Évangile. Les trois étages de sujets correspondent aux trois précinctions des anciennes basiliques, le presbyterium, la schola ou chœur des clercs et enfin les nefs livrées aux simples fidèles.

Dans la première partie, le célébrant regarde l’assemblée et semble dire Dominus vobiscum en étendant les bras; à sa droite, l’assistant lui présente le livre. L’autel est recouvert d’une nappe assez longue, mais qui laisse cependant voir dans le bas son parement orné ; aux angles paraissent des sortes d’antéfixes qui maintiennent la nappe.

Un dais est suspendu au-dessus de sa tête et accompagné de deux lampes; on sait que les canons obligeaient d’abriter la célébration des saints mystères sous un voile à défaut de ciborium ; c’est sans doute un dais de ce genre qui est retracé ici.

Au-dessous du presbyterium on a figuré le diacre qui transporte solennellement l’évangile entre les deux thuriféraires; il tient le livre obliquement, comme cela se pratiquait encore dernièrement dans la liturgie poitevine tout le reste du cortège est composé de clercs dont quelques-uns ont la chasuble. Dans le bas s’étend l’assemblée des fidèles. Les colonnes sont peut-être une réminiscence de l’iconostase qui les séparait du chœur.

Cet ivoire nous paraît certainement carlovingien, toutefois il ne nous semble pas conserver l’accent antique du précédent et nous croyons y découvrir l’origine du style roman qui apparaît sous les derniers héritiers de Charlemagne; il est possible qu’il ne soit pas antérieur au xe siècle.

Nous compléterons la revue des monuments carlovingiens que nous avons pu recueillir par une vignette dessinée dans la célèbre bible de Charles le Chauve au f° 130, v°. Le sujet fait partie de la majuscule V. L’autel en or, décoré de dessins et rosaces avec un socle talusé, supporte les flammes du sacrifice; au-dessus, le Christ en buste se montre entre deux ché-

x. Mgr Barbier de Montault.

rubins qui nous rappellent le passage de la Préface : Per quem majestatem iuam laudant angeli , adorant dominaliones, iremunl potestates, cœli cœlorumque virtutes ac beala seraphim, socia exultalione concélébrant. On sait que les plus anciens crucifiements se représentaient par l’image du Christ figurée en buste au-dessus d’une croix. Les cheveux et l’habit du Sauveur sont en or. Son nimbe dessiné par un cercle rouge; les chérubins sont en or, excepté deux de leurs ailes grises.

La pénurie d’images que nous déplorions, avant l’avénement de Charlemagne, se fait de nouveau sentir après lui en Occident, et nous sommes obligé ici, pour combler cette nouvelle lacune, de demander des types à l’art bysantin.

Le fameux Ménologe grec du Vatican, auquel nous ferons dans la suite de cet ouvrage de fréquents emprunts pour les précieux détails liturgiques qu’il contient, nous fournit quelques représentations intéressantes; ayant occasion d’y revenir, nous nous contentons de les mentionner.

Au 16 janvier, dans la fête des chaînes de saint Pierre, on voit devant le chœur un prêtre qui s’incline comme pour l’Introït. Au 23 septembre, fête de saint Zacharie, nous assistons aux encensements de l’autel qui accompagnaient le divin sacrifice. (PL CV.)

Enfin, le 1 1 octobre, fête de saint Philippe apôtre, le saint debout sous un ciborium, devant un autel richement drapé, lève les mains dans l’attitude de la prière; il porte une tunique bleue, une chasuble jaune, une pallium blanc avec croix noires ; le fond est bleu, l’autel vert avec ornements d’or.

Nous attribuons aussi au x° siècle les petits émaux de la Pala d’Oro de Saint-Marc de Venise, parmi lesquels nous remarquons une célébration ; c'est tout à fait la donnée carlovingienne, le prêtre regardant les fidèles, les bras étendus, l’autel somptueusement orné, sur lequel posent le calice, la patène, le missel et le corporal. Deux grands chandeliers sont placés à terre à droite et à gauche.

Nous avons cité tout à l’heure le manuscrit de Munich qui nous présente la célébration de la messe dans la scène des pèlerins d’Emmaüs; les colonnes du ciborium de Venise nous donnent le même sujet sur un de leurs bas-reliefs ; on y voit trois personnages

derrière un autel demi-circulaire, porté sur des pieds, garni en avant de trois fenestelle. Dans l’arcade, à droite, un serviteur apporte un plat 1 .

La décadence qu’on observe dans l’histoire de l’art, à la chute de l’empire carlovingien, et qu’on s’explique facilement par les déchirements politiques qui l’accompagnèrent, s’arrête peu à peu au xie siècle devant la renaissance romane ; dans la recherche de nos images de la messe, nous pouvons apprécier ces diverses phases par les monuments qui s’offrent à nous et qui commencent alors à devenir plus nombreux.

La basilique primitive de Saint-Clément nous fournit deux représentations des cérémonies de la messe au xic siècle dans les fresques qu’on y a découvertes. La première, la mieux éclairée, est dans le narthex et rappelle la translation des reliques de saint Cyrille.

On y aperçoit le convoi funèbre ; le saint, revêtu 'de ses habits pontificaux, est porté sur un lit mortuaire. Le pape Nicolas Ier suit le cortège, soutenu comme nous le représente l’ancien Ordre romain, par deux grands dignitaires de l’Église. Les quatre jeunes clercs, qui portent le corps de saint Cyrille, parviennent au sanctuaire où le prêtre célèbre la messe. Celui-ci, tonsuré, nimbé, revêtu de la chasuble et du pallium, étend les bras en regardant le peuple; un diacre, habillé d’une riche tunique, présente sur ses mains voilées un vase sacré ; la fresque qui manque à cet endroit ne permet pas de se rendre exactement compte de sa forme. Il est probable, à en juger par la peinture dont nous allons parler tout à l’heure, que le calice ministériel avec anses était celui posé sur l’autel, où nous voyons encore le pied. (PI. XII.)

L’autel est richement orné d’un tapis à dessins géométriques, sur lequel est étendue une nappe blanche, avec bordures et franges. C’est sur cette nappe qu’est ouvert le missel où on lit cette légende : « Per omnia secula seculorum. Pax Domini sit semper. »

Cette fresque est très-curieuse pour les divers détails liturgiques qu’elle met en lumière, tels que : la mître papale, les croix, crosses, bannières, palmes qui l’accompagnent, les encensements, les lampes qui brûlent au-dessus de l’autel, les vêtements de l’autel ; nous aurons plus tard occasion d’y revenir et

i. Garrucci, Storia dell'arte, vi, pl. 496.

de les décrire aux articles qu’ils concernent. On trouvera les couleurs du tableau indiquées au bas de notre gravure. Saint Cyrille vivait vers le x8 siècle; mais, selon M. de Rossi, l’inscription qui place le fait de la translation des reliques sous Nicolas Ier rappelle une erreur chronologique qui s’est produite vers le xie ou xne siècle, et nous désigne implicitement cette date comme celle qu’il convient d’attribuer à cet ouvrage l.

U ne seconde fresque, plus difficile à étudier à cause de l’obscurité du souterrain, a été découverte sur un des murs d’entrecolonnement de la nef, du côté de l’Évangile ; elle nous montre saint Clément célébrant la messe et revêtu du pallium et de la chasuble. Il tient le manipule de la main gauche et étend les bras, et au lieu, comme dans la première peinture, de célébrer en regardant l’assemblée des fidèles, il semble se retourner pour leur adresser le souhait pacifique ; son nom : Scs. Clemens papa est écrit près de lui. Sur l’autel on voit le calice à anses, la patène d’or et le missel ouvert sur ces mots : Dominus vobiscum, pax Domini sit semper vobiscum. Un lustre brûle au-dessus du sanctuaire.

Deux évêques, que l’on distingue à leur bâton pastoral, se tiennent derrière lui, un peu de côté. On remarque encore deux fidèles, un homme tenant d’une main un cierge allumé et présentant de l’autre des offrandes au pontife ; ce sont Benon de Rapiza et son épouse, Marie, donateurs de la fresque. De l’autre côté on aperçoit le païen Sisinius qui s’était furtivement introduit dans le lieu de réunion des chrétiens pour épier sa femme nouvellement convertie; il vient, en châtiment, d’être frappé de cécité. Les archéologues attribuent ces fresques au xic siècle. Le cognomen de Rapiza, nous dit M. de Rossi 2, conviendrait à peine au xie siècle, où il était rare à Rome et réservé aux grandes familles, à plus forte raison ne pourrait-on l’appliquer à une époque plus reculée; d’après Muratori, l’usage des surnoms commençait à se répandre alors et surtout au xnc siècle. Nous savons, en outre, que les Rapiza firent à Rome leur première apparition vers le xie siècle. Ces données montrent suffisamment que les piliers entre les colonnes ne furent construits qu’à la fin du xie siècle, dans un but de consolidation malheureusement inefficace. Le cardinal Anastase, qui florissait au début

Page 1