Ann. arch., xiv
facture italienne et relatif aux révélations de sainte Brigitte; on y voit une miniature qui figure l’Élévation. Le prêtre a une chasuble bleue, une tunique rouge; l’enfant de chœur une tunique rouge, un cierge allumé ; sur l’autel sont posés une croix, un calice, une patène et un chandelier.
On m’avait fait craindre pour l’iconographie de la messe de ne trouver aucun document antérieur au xve siècle, j’espère avoir prouvé le contraire par ceux rapportés jusqu’ici ; mais je dois dire que parvenu à cette époque, les images deviennent si nombreuses qu’elles perdent avec leur rareté beaucoup de leur prix. Nous nous contenterons donc d’en citer quelques-unes auxquelles s’attachent des particularités peu connues, ou qui conservent des souvenirs d’antiques traditions.
Bibliothèque nationale. — La Bibliothèque nationale a été pour nous une mine féconde, c’est là que nous trouvons d’abord la Bible historiée de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, et parmi les cinq mille miniatures qu’elle renferme, de nombreuses images relatives à la messe. Elles paraissent avoir été commencées en 1401 par les enlumineurs Polequin Manuel et Jannequin Manuel. ( Fonds français 16 7.)
Dès le f° 6, nous rencontrons une très-curieuse célébration : le prêtre élève l’hostie, le diacre agenouillé derrière lui joint les mains par un geste d’adoration, le sous-diacre debout élève la patène. Cette attitude devait se prolonger assez longtemps et fatiguer les bras, car nous voyons encore ici le sous-diacre soutenir son bras droit de sa main gauche. La patène qu’il tient, comme on le voit quelquefois, porte gravée dans son médaillon une main bénissante. (Pl. XXI.)
Nous avons au f° 49 la répétition de cette scène avec cette variante du diacre élevant la patène et debout immédiatement derrière le prêtre. Dans ce même folio, on voit aussi devant un autel dans la forme primitive, c’est-à-dire étroit et carré, un prêtre qui impose les mains sur le calice; au f° 140, une élévation de l’hostie ; nous remarquons dans cette miniature la suspension singulière du pavillon eucharistique. Tous ces sujets sont exécutés en grisaille, relevés de quelques touches d’or et encadrés de quatre-feuilles. Ils sont traités avec une finesse et une expression spirituelle qu’il est difficile de rendre dans sa naïveté.
Id. Fonds latin 831. — Après le chef-d’œuvre que nous venons de mentionner, voici un charmant missel qui mérite de nous arrêter à plusieurs de ses pages. ! On y lit au commencement : « Hic incipit missale se- ; « cundum usum parisiensem — primo dominica prima « in adventu Domini officium. » Suivant l’usage, qui se répand de plus en plus, on figure à côté de cette rubrique un prêtre qui offre l’Enfant en victime et qui voit Notre-Seigneur derrière l’autel lui apparaître pour l’accepter. Au f° 130, un prêtre, vêtu d’une chasuble bleue, tourne les regards à gauche sur un missel ouvert avec fermoirs rouges, et levant les bras, il semble entonner la Préface. Au P 175, c’est l’Élévation; dans un petit médaillon (pl. XXII), le célébrant élève l’hostie, pendant que l’enfant de chœur lui soulève sa chasuble et tient de la main gauche le cierge traditionnel. Le prêtre porte une chasuble rouge, une aube blanche, l’enfant une tunique bleue. L’autel est bleu et orné d’arabesques; une nappe est étendue audessus et retombe sur les côtés, une seconde nappe carrée recouvre la première également rabattue sur toutes les faces. On ne saurait rien imaginer de plus délicat ; ces peintures sont d’une exquise finesse, et, sous des dimensions très-petites, rendent à merveille l’expression 'des physionomies.
Id. Fonds latin 760. — Ce manuscrit mérite d’être cité auprès du précédent pour la grâce et la finesse de ses miniatures. Au f° 451, v°, nous trouvons une image de la messe ; le prêtre a une chasuble rouge avec collet vert ; derrière lui un enfant de chœur en bleu cache ses mains dans ses larges manches et, derrière, l’assemblée des fidèles prie agenouillée; une cloche dont la corde descend auprès de l’enfant annonce les moments solennels du sacrifice. La nappe de l’autel ne retombe que sur ses faces latérales. Le parement principal est apparent et se compose d’une banderole rose formant champ au-dessus d’un quadrillé vert.
Id. Fonds latin 854.
— Ce manuscrit est de la fin duxve siècle, il accuse plus de mouvement pittoresque et moins de soin dans l’exécution. Le prêtre agenouillé devant l’autel tient et adore l’hostie pendant que deux enfants de chœur soulèvent les plis de sa
chasuble; ceux-ci sont tonsurés, ils ont des dalmatiques brunes, des tuniques blanches et des cierges. Deux courtines vertes glissent sur des tringles à droite et à gauche de l’autel. Nous voyons figuré ici le Christ souffrant et les instruments de la Passion, comme on s’est plu si souvent alors à les répéter.
Id. Fonds latin 877. — Au P 33, un prêtre à genoux, offre l’Enfant victime pendant que dans le haut une figure nimbée lui apparaît. Au P 16, v°, dans une grande initiale, une image de la messe nous montre l’élévation de l’hostie, le servant qui tient le cierge et soulève la chasuble. La chasuble est' couleur minium, doublée de vert. La nappe est blanche avec bordure verte et semis de points rouges groupés trois par trois. (Pl. XXII.)
Id. Fonds latin 962. — Ce pontifical abonde en miniatures non moins précieuses pour l’art, que pour leurs nombreux renseignements liturgiques. Nous en parlerons plusieurs fois dans ces études; nous rappelons seulement ici la miniature du f° 18, qui nous montre la messe au commencement du Canon, et qui est accompagnée de la rubrique suivante : « Unitis « manibus inclinet se toto corpore dicens : Te igitur « clementissime Pater per Jesum Christum.... » L’évêque, couvert d’une chasuble rouge ponceau dont il soulève les plis pour joindre ses mains, incline tout le corps. Derrière lui, le servant est debout, vêtu d’une tunique bleue avec col rouge et orfrois d’or, il cache ses mains dans les manches. Sur l’autel garni d‘un retable, on voit déposés la croix, le calice, le ciboire, la crosse et la mitre tout en or. La nappe est blanche avec liseret et franges bleues. (Pl. XXII.)
Id. Fonds latin 973. — Ce manuscrit doit appartenir au commencement du xve siècle. Le premier folio nous montre un évêque devant l’autel qui consacre le saint chrême, ce que le texte indique : « In die cene « eps. volensconficerescm. crisma, sanctis pontificali. « vestimentis induat. » La chasuble est violette avec collet d’or et doublure verte. Elle recouvre une dalmatique bleue et une aube blanche avec bordure d’or. La nappe de l’autel est jaune safran. Au verso de ce folio, l’évêque s’incline légèrement en joignant les mains, le vêtement de dessous est rouge. Au f° 6, la chasuble est rouge et doublée de bleu, la nappe de l’autel violette avec franges de couleurs variées. — F° 20, deux diacres sont représentés avec dalmatiques violettes, doublées de pourpre, l’évêque avec mître et col d’or, chasuble bleue. — F° 26, le diacre agite un flabellum.
Bibliothèque nationale, fds latin, 854, f- 7.
XVe SIÈCLE. — MINIATURES.
Id. Fonds latin 868. —Missale Gudegavense (fin du xve siècle). Voici encore un exemple de l’oblation de l’hostie sous la forme d’un enfant nu. Le prêtre agenouillé porte une chasuble bleue avec large croix d’or ; au-dessus de l’autel est disposé un retable d’or et un ciborium fermé par des courtines.
Id. Fonds latin 979. — Ce manuscrit doit appartenir tout à la fin du xve, pour ne pas dire au commencement du xvic siècle. Il est
Bibliothèque nationale, fds latin, 979, f° 30. très - grossièrement écrit et enluminé. Sur la miniature du P 30, le prêtre et tous les assistants sont agenouillés. Un diacre aussi à genoux, vêtu d’une dalmatique rouge, tient un cierge et soulève l’extrémité de la chasuble. Au-dessus de l’autel un tableau représente saint Pierre tenant les clefs. On sait que les Italiens mettaient au xve et xvie siècles des tableaux sur leurs autels en guise de retable, en voici un exemple curieux pour notre pays.
Id. Fonds latin 1052. — Ce bréviaire parisien rivalise de finesse avec nos meilleurs manuscrits. Au titre : Festum Corporis Christi, f° 159, nous voyons une image de la messe figurée sous des traits aussi nouveaux qu’intéressants. Le prêtre, le dos tourné, lève l’hostie sur laquelle un crucifiement semble dessiné. Il a tunique et chasuble bleues, aube blanche avec orfroi dans le bas. On remarquera la singulière disposition du nimbe qui couronne sa tête. L’enfant de choeur est un ange qui tient un faisceau de cierges réunis par des liens. L’autel paraît en bois, la nappe est blanche et frangée, le missel posé sur un coussin rouge. (PI. XXII.) Au chapitre Susceptio reliquiarum, au f° 289, une délicieuse miniature représente plusieurs reliquaires exposés sur un autel, entr autre un morceau de la vraie croix enfermé dans une croix d’or avec pierreries.
Une des plus belles miniatures que possède en ce genre la Bibliothèque nationale est celle du couronnement de Charles V, dans la Chronique de Froissart; elle renferme des détails curieux, notamment un retable surmonté d’une figure de saint 1.