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duit qui a reçu un nom spécial, celui de force vive.
Le travail est négatif ou positif, selon qu'il éloigne le mobile de la position d'équilibre stable ou qu'il l'en rapproche. Lorsqu'un mobile a exécuté un travail négatif, c'est-à-dire lorsqu'il a été éloigné de sa position d'équilibre, il possède la faculté de revenir à l'état antérieur. Ainsi un poids élevé à la hauteur d'un étage possède la faculté de tomber de cette hauteur. Le nombre qui représente le travail à faire pour revenir à la position d'équilibre stable est appelé énergie potentielle. Si une partie de ce travail est réalisée, la puissance acquise par suite de la vitesse développée et qui est égale, comme nous l'avons vu, à la moitié du pro duit dit force vive, prend le nom d'énergie actuelle. Le calcul démontre et l'expérience confirme que dans toute position donnée d'un système, la somme des deux énergies reste constante, pourvu qu'il n'intervienne aucune force extérieure *. Cette dernière conclusion a reçu le nom de principe de la conservation de la force, ou principe de la conservation de l'énergie.
Les physiciens ayant constaté que la plupart des
» V. H. Sainte-Glaire Deville et le P. Carbonelle (locis eilatû).
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phénomènes du monde des corps se résolvent en des transformations équivalentes de chaleur en mouvement, et de mouvement en chaleur, ont voulu considérer le monde comme une vaste machine et lui appliquer le principe de la conservation de la force. Mais combien il est délicat de transporter dans une science les formules créées pour une autre. En mécanique, les expressions de force ou d'énergie expriment des calculs ; en physique, on les a trop souvent employées ou paru les employer comme s'il s'agissait de choses. On nous a parlé de forces qui voyagent ou se métamorphosent. On nous a assuré qu'il y a une force unique qui anime le monde et qui sans jamais périr se transforme toujours •. Qu'est-ce à dire? Si la force est une propriété, je sais bien qu'elle ne périt pas plus que la matière qui la supporte, mais je sais aussi qu'elle ne saurait se transformer ni passer de corps en corps. Si par force on entend le mouvement, le mouvement se transforme, il est vrai, mais on ne saurait affirmer que la quantité de mouvement actuel ne varie jamais. La théorie mécanique n'exige rien de tel, mais seulement que le mouvement disparu se retrouve en tension. Aussi Leibniz obser-
* V. Janet. Malérialisme contemp., p. 22.
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vait-il qu'il y a toujours dans le monde la même quantité de force, mais non de mouvement *. Si, enfin, par force on entend I énergie, il ne faut plus parler d'une cause existante, ni d'une réalité quelconque. Oui, l'énergie est constante tout en se transformant tour à tour d'actuelle en potentielle et réciproquement. Mais l'énergie ne désigne par elle-même rien de subsistant. C'est un chiffre, expression d'une puissance de travail, et qui n'in dique rien sur les causes de cette puissance : « Il doit être absolument interdit, dit M. Sainte- Glaire Deville, de se servir de ce mot, en lui attribuant cette acception vague qui fait de l'énergie un synonyme de force ou de puissance, sans définir exactement le travail auquel il se rapporte *. »
Ainsi l'expression citée se réfère à la fois à trois acceptions distinctes du mot force et ne répond exactement à aucune. Le P. Secchi remarque avec beaucoup de raison qu'on ne doit considérer les énonciations analogues que comme des abréviations du discours, et il explique très-bien le seul sens où il soit possible de les entendre : « La molécule de charbon, dit-il, faisant allusion à un exemple souvent cité de la transformation de la
1 Théodicée, part. 3, n" 345.
* Revue scient., 1868, n" 6.
force, n'a pas en soi toute la force vive dépensée pour la mettre en liberté, pas plus qu'une pierre élevée au-dessus du sol ne renferme une quantité de mouvement ou de force vive égale à celle qui l'a élevée à la hauteur où elle se trouve, mais de même que la pierre en tombant sur la terre reproduit, sous forme de chaleur, ou de toute autre force, la force vive qui l'en avait séparée, de même quand la molécule de charbon jadis arrachée à la combinaison se précipite de nouveau vers l'oxygène, elle restitue la force vive qui fournie par le soleil et nos fourneaux avait opéré son isolement *, »
On voit combien il serait important pour que les conclusions des sciences physiques pussent s'apprécier avec netteté que les savants s'entendissent pour l'adoption d'une définition claire et uniforme du mot force.
Quant aux philosophes qui ont emprunté cette expression aux sciences naturelles, ils lui ont conservé sa première acception, celle de principe d'action ou d'efficacité. Ils l'ont généralement employée pour désigner tant les êtres actifs que les propriétés dont ces êtres sont doués. M. Lévêque, dans une leçon récente sur les rapports de la science et de la philosophie, ne distinguait point
* De l'unité des forces physiques. L. IV, ch. i.
ces deux acceptions *, Leibniz se bornait aies indiquer par des adjectifs : « on peut concevoir, disait-il, que l'âme est une force primitive qui est modiûée et variée par des forces dérivatives ou qualités *. »
M. Janel blâme l'introduction du mot force dans la philosophie. Il fait observer que ce mot représente plus particulièrement un pouvoir matériel et que dans l'ordre des choses de l'esprit le terme de cause suffit '. J'avoue que le mot force indique plus spécialement l'effort, la lutte, caractère propre aux actions matérielles par lesquelles les corps réagissent perpétuellement les uns sur les autres. Par là nâême, il marque plus énergiquement la réalité vivante et active et c'est pourquoi la philosophie s'en est emparée. N'aurions-nous pas l'air en y renonçant de nous réfugier dans des abstractions ? Nous le ferions d'ailleurs que les physiciens n'en auraient pas plus la liberté de le consacrer exclusivement au mouvement ; car il est plusieurs sciences naturelles, notamment la biologie, où, quoi que l'on puisse dire, l'expression de force attribut reste encore indispensable.
» Rev. W«., 1870, n" 28 et 30.
* Théodicée, art. 1, n» rf6.
' Revue des Deus-Mondes, i" mai 1874.
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Il peut être d'ailleurs utile en métaphysique d'avoir une expression spéciale pour les propriétés actives des êtres, autre que celle de faculté qui ne s'applique qu'aux activités intellectuelles. Ces propriétés, bien que fondées sur la substance, peuvent, dans beaucoup de cas, être envisagées à part. Les scolastiques les appelaient des causes prochaines ou cause sinstrumentales ^ . On pourrait donc, ce me semble, consacrer particulièrement le terme de cause à la cause principale ou substance active, et attribuer le terme de force à la propriété par laquelle elle agit. Dans le cours de notre travail, nous nous attacherons à cette dernière acception.