INTRODUCTION
C’est un fait établi depuis longtemps que tout organe, lorsqu'il se développe, lorsqu'il est le siège d'un processus inflammatoire quelconque, se congestionne, s’hyperémie. Bier a essayé de reproduire artificiellement cette hyperémie physiologique, dans un but thérapeutique, suivant des modes variés et dans des affections très dissemblables.
Suivant des modes variés: L'auteur distingue, en effet, deux hyperémies, l’une active, artérielle, l’autre passive, veineuse : la première s'obtient en accélérant la circulation artérielle (frictions, massages et, surtout, action de la chaleur), la seconde, en ralentissant, en entravant le cours du sang dans les veines sans entraver la circulation dans les artères (rôle de la bande et de la ventouse).
Dans des affections très dissemblables : Depuis les premières études de Bier sur l’action curatrice de l’hyperémie, études ayant pour but le traitement des tuberculoses chirurgicales, les travaux sur cette méthode se sont multipliés: on peut dire qu’il n’est pas unerégion de notre corps, qu’il n’est pas une affection de notre organisme qui n'ait servi de champ d’expérience au traitement par l’hyperémie. En ces, dernières années les spécialistes, eux aussi, encouragés par les résultats obtenus de différents côtés, ont réalisé les ap-
plications particulières de cette méthode : «Les spécialistes aidant, a dit M. Tuffier, nous finissons par ne plus trouver une affection chirurgicale qui n’ait été soumise à l'hyperémie. »
La méthode de Bier devait donc fatalement être un jour étudiée par les médecins auristes. On a, dans les affections d'oreille, comme en chirurgie générale, employé l’hyperémie sous ses deux formes, active, et c’est celle dont nous nous servons chaque jour lorsque nous appliquons sur une mastoïde douloureuse des compresses chaudes humides : nous faisons encore de l’hyperémie active lorsque, au début d’une otite aiguë, nous conseillons à nos malades des bains d'oreille avec une solution chaude. Il est inutile d’insister sur ce point : tout le monde est d’accord à ce sujet, et l’action bienfaisante de la chaleur, surtout de la chaleur humide, est reconnue de tous et depuis longtemps. Passive, et c’est par la bande et par la ventouse qu’on agit ; mais ici, de nombreuses discussions se sont élevées et s'élèvent encore aujourd’hui, au sujet de la valeur thérapeutique de cette mé-. thode : aussi nous a-t-il paru intéressant d'étudier plus particulièrement ces deux derniers modes de traitement encore si critiqués, du moins dans les affections d’oreille. Nous n’avons pu, malheureusement, en ce qui concerne le traitement par la bande, apporter des faits personnels, mais nous avons cherché à nous faire une idée de son rôle thérapeutique d’après les résultats obtenus par de nombreux observateurs. Le rôle des ventouses dans les suppurations d’oreille nous est, au contraire, mieux connu, car nous avons expérimenté ces appareils sur un certain nombre de malades, aiteints d’otites moyennes aiguës, et étudié leur action sur l'évolution et sur la guérison de ces otites.
C'est sur le conseil de notre maître, M. Lermoyez, qu’a