‹ La méthode des classiques français: Corneille, Poussin, PascalChapitre 33 sur 74 · juillet · texte numérisé non relu

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17 i l.\ MÉTHODE DES CLASSIQUES FRANÇAIS.

peindre « gaillardement ». Est-ce là un procédé de suggestion? — Je ne crois pas qu'il y ait un mécanisme subconscient dans cette transmission de beauté, de Tœuvre antique à son dérivé classique. La contemplation de Poussin est, nous Talions voir, un acte réiléchi et, comme il dit « un office déraison ». Il lisait donc un marbre grec comme un livre; il en retirait moins une émotion qu'une leçon.

Une fois mis en branle, il s'avançait sûrement, sans hâte. Son application était successive. L'achèvement d'une tète haute d'un demi-pouce lui absorbait tout un jour. Jamais d'impatience, jamais d'anticipation. Il répétait le proverbe italien : Avec le temps et la paille mûriront les nèfles^. Et en effet c'était un mûrissement lent de l'œuvre dans son esprit, puis sur la toile. Quand il avait du champ devant lui et que, de proche en proche, sa création s'organisait, il était « extrêmement joyeux ».

La première démarche de son travail était la recherche de « la pensée » dutableau.il faut entendre par ce mot, non le sujet mais la façon de présenter le sujet en ce qu'il a de significatif*. C'est en lisant quelque auteur que cette « pensée » se déterminait en lui. Il lisait le soir, sous la lampe, pour délasser ses

i. Lettre du 8 octobre 1649.

2. Par exemple il dit (25 août 1643) : « J'ai trouvé ta pensée du Ravissement de saint Paul, et la semaine prochaine, je l'ébaucherai. » — « Pour votre Vierge, la pensée en est trouvée. » (11 mai 165^.) Ix; sujet est donné, l'invention de « la pensée » smit, après méditation.

yeux de rapplication de peindre*. De l'ombre sortaient les figurations, les attitudes, les mouvemenf s. Essayons de déterminer quelles facultés entraient en jeu pour cette élaboration. Dans le Toxaris de Lucien, Poussin fut sollicité par l'anecdote du testament paradoxal d'Eudamidas*. Ce personnage, fort pauvre, avait légué à deux amis riches sa vieille mère à nourrir et sa fille nubile à pourvoir, trait charmant de confiance en l'amitié. Le conteur ajoute que les gens du voisinage s'égayèrent à l'idée de ce singulier héritage, mais que les héritiers acceptèrent généreusement, que l'un d'eux resté seul, assuma volontiers toute la charge, et Thistorietle finit sur l'heureux mariage de l'orpheline. Vivent les parfaits amis ! C'est un sujet attendrissant et optimiste. Le peintre en choisit un moment particulier ; la dictée du Testament. Il voit la chambre nue(Eudamidas est très pauvre), le mourant sur sa couchette, l'approche de la fin étant signifiée par un médecin qui de la main constate le lalentissement du cœur ; un scribe assis sur un escabeau^ écrivant les dispositions dont il ne peut s'empêcher de sourire d'incrédulité, tandis que le dicteur retourné vers lui met dans ce dernier acte une tension singulière de volonté; la vieille femme et la jeune fille formant au pied du lit un groupe affligé, dans le goût

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