‹ La méthode des classiques français: Corneille, Poussin, PascalChapitre 56 sur 74 · Provinciales t XVI, p · texte numérisé non relu

Provinciales t XVI, p

en effet, Pascal n'est pas maître de le leur donner. Car ce n'est pas autre chose que l'amour de la vérité ou l'amour de Dieu, et il n'y a que Dieu même qui produise un tel amour dans les âmes, lorsque celles-ci, de leur côté, se mettent, par le détachement et la prière, en état de le recevoir.

1. Aimer la vérité par-dessus tout autre intérêt^ et comme notre suprême intérêt^ voilà donc le principe premier de toute méthode qui mène à la vérité, en morale comme en science. C'est de ne l'avoir pas assez bien aimée que procèdent toutes les fautes de logique. Aimons-la donc d'abord.

Il semble que le commandement en soit facile, et que s'attacher au vrai soit l'inclination naturelle d'un esprit bien né. Cependant, quand on réfléchit à la domination que l'erreur exerce actuellement sur le monde, on aperçoit que se détourner de Terreur, c'est se tenir prêt encore à renoncer au monde et à ce qu'il donne, approbation, puissance, plaisir, gloire, et un tel renoncement demande un courage au-dessus du commun. Il y a guerre entre la vérité et le monde; celui-là seul aime la vérité, qui ose opter entre les deux.

Mais il est rare qu'on l'aime jusque-là, jusqu'à consentir à être opprimé, bafoué et à paraître avoir tort; bien souvent, ce qu'on aime à sa place, c'est la réputation d'avoir raison et d'être fort, c'est l'applau-

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dissement, c'est rbumiliation des autres : autant de chemins détournés qui retournent à l'erreur.

Et c'est encore méconnaître la vérité (donc l'aimer indignement), que d'avoir peur pour elle de quelque force que ce soit qui s'oppose à elle. Si sur un point, on est arrivé à la preuve parfaite et claire, il faut être confiant et on peut être joyeux, comme ayant Dieu avec soi, que nulle autorité n'anéantira. « Si la vérité était pour vous, elle combattrait pour vous, elle vaincrait pour vous ; et quelques ennemis que vous eussiez, la vérité vous en délivreraity selon sa promesse* ». Entendons cette parole comme s'appliquant non seulement aux révélations d'ordre religieux, mais encore à tout raisonnement juste, à toute affirmation véridique dans les questions de fait. En tout cela la vérité délivre. Rien ne tient contre elle. Il suffit de faire « sentir sa force*. » Il n'est, pour cela, que d'administrer des preuves irrésistibles : « Le poids de la vérité déterminera^ » le sens commun, comme une balance est déterminée à s'incliner du côté où le poids le plus fort la sollicite. Cela, quelque effort que le mensonge applique en sens contraire : car « on ne dispose pas à son gré de la créance des bommes* » .

L Provinciales, XXI, p. 495-96. Le texte sacré auquel Pascal se l'^fôre se trouve dans TÉvangile de saint Jean, VIII, 32.

'L « Vous sentirez la force de la vérité que je vous oppose. » Provtiitnales, XVII, p. 214.

3* Provinciales j XY, p. 142.

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