XYUI, p
il entend user de preuve, et non de domination*. C'est à faire à ses adversaires, aux gens qui manquent de cœur d'essayer de lui imposer silence, de solliciter contre lui des décrets, des défenses d'imprimer, bref de le persécuter. Ainsi pressé, voici ce qu'il se dit, pour se rendre compte de la lutte qu'il soutient et se réconforter sur l'issue :
C'est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d'opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérilé, et ne servent qu*à la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence, et ne font que l'irriter encore plus. Quand la force combat la force, la plus puissante détruit la moindre : quand l'on oppose les discours aux discours', ceux qui sont véritables et convaincants confondent et dissipent ceux qui n'ont que la vanité et le mensonge; mais la violence et la vérité ne peuvent rien l'une sur l'autre. Qu'on ne prétendre pas de là néanmoins que les choses soient égales; car il y a cette extrême différence que la violence n'a qu'un cours borné par l'ordre de Dieu, qui en conduit les effets à la gloire de la vérité qu'elle attaque, au lieu que la vérité subsiste éternellement et triomphe enfin de ses ennemis, parce qu'elle est éternelle et puissante comme Dieu même '.
i. Des papes « qui ne cherchent qu'à éclaircir les différends des chrétiens, et non pas à suivre la passion de ceux qui veulent y jeter le trouble », Pascal dit ces mots remarquables : « lU n'usent pas de thmination^ comme disent saint Pierre et saint Paul après Jésus- (ihrist; mais Fesprit qui paraît en toute leur conduite est celui de [vaix et de vérité. » XVIII, p. 263. Voyez la l'* épitre de saint Pierre, V. 2-3, et la l'* épitre de saint Paul aux Corinthiens^ I, 25, quoique co dernier texte ait uu sens assez différent.
2. Le mot discours, ici comme dans Montaigne, a le sens de rai^ simncmenfy et s'oppose à Yautoritéy qui ne donne poitit de raisons.
3. XII, p. 73. Il y revient dans la Lettre XVIII, p. 257. Il est mani-
Une fois possédé de cet amour fort, désintéressé, pacifique de la vérité, l'esprit, dès lors rendu libre, r\\\ point de peine à trouver et à suivre les autres rtîglcs de l'honnête discussion. Ce ne sont, en effet, que des précautions exigées par le zèle de la vérité, après expérience de l'erreur et réflexion sur ce qui la cause- L'homme qui, ayant fait cette expérience et cctta réflexion, est animé de ce zèle, les découvre donc aisément.
2. Ainsi pour la démonstration et la défense de h\ vérité, il saura bien qu'il ne doitemployer rien qui m^ soit rigoureusement conforme à la vérité; il s'inleidira toute inexactitude dans les citations ou dans 1l^ récit des faits, toute conjecture qu'il donnerait pour chose prouvée, tout jugement sur les personnes Jtoïi accompagné de motif clairs, explicites, et de preuves contrôlables. Car l'esprit de dévouement à la vérité le porte, non dans les choses extraordinaires seules, et lorsqu'il y est contraint, mais aussi dans les ordinaires et toujours, à « parler avec vérité et sincérité... Quiconque se sert du mensonge agit par l'esprit du diable... Et quand il s'agirait de convertir toute U\ terre, il ne serait pas permis de noircir des personnes
feste que cette méditation pacifiante fut présente à son esprit pendant toute sa polémique contre les casuistes. Rapprochez une méditation fort semblable d'un disciple de Pascal, Alexandre Vinet, cita par Astié, Esprit de Yinel, t. II, p. 131. \
^i LA MÉTHODE DES CLASSIQUES FHAKÇAIS.
innocentes; parce qu'on ne doit pas faire le moindre mal pour en faire réussir le plus grand bien et que la vérité de Dieu n'a pas besoin de notre mensonge\ selon l'Écriture. // est du devoir des défenseurs de la vérités dit saint Ililaire, de n^avancer que des choses véritables^. Aussi, mes Pères, je puis dire devant Dieu qu'il n'y a rien que je déteste davantage que de blesser tant soit peu la vérité, et que j'ai pris un soin très particulier, non seulement de ne pas falsifier, ce qui serait horrible, mais de ne pas altérer ou détourner le moins du monde le sens d'un passage »'•
Le même scrupule doit nous guider dans la conduite entière de la discussion, et d'abord lorsque nous posons la question à discuter, ce qu'il faut faire avec toute la netteté dont nous sommes capables.
3. « Quelque proposition qu'on nous présente à examiner, il en faut d'abord reconnaître la nature...»*, c'est-à-dire qu'il faut distinguer avec soin si elle s'autorise du témoignage des sens, ou de celui de la raison, ou de celui de la foi. Chacun de ces témoignages est légitime dans son ordre ; mais il ne les faut pas confondre. Par les deux premiers (les sens et la raison), on est instruit de ce qui est; par le troisième