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ONDE MUSCULAIRE

Puisque le raccourcissement du muscle s'accompagne de son gonflement dans le sens transversal, on peut étudier, d'après ce gonflement, les caractères du mouvement qui se produit dans un muscle. Nous avons réussi à enregistrer ces changements de diamètre du muscle comme on avait enregistré les changements de longueur. Dans ces conditions, on pouvait étudier l'action mus-

Fig. 184. Aspect de l'onde musculaire vue au microscope d'après ^by.

culaire sur l'homme lui-même, car il n'est plus besoin de mutilation.

Qu'on suppose un muscle serré entre les mors aplatis d'une pince ; à chacun de ses gonflements, le muscle écartera les mors, et ce mouvement pourra être enregistré.

Cette méthode permet d'étudier le phénomène de l'onde musculaire et la vitesse avec laquelle se fait son transport sur toute la longueur du muscle.

La figure 185 montre un faisceau musculaire saisi en deux points de sa longueur entre les mors des pinces myographiques 1, 2. Ces instruments sont faits de telle sorte que, si leurs mors sont écartés, le mouvement comprime une sorte de petit tambour qui, par un tube en caoutchouc, envoie une partie de l'air qu'il renfermait dans un autre petit tambour semblable. La figure 185 représente deux de ces instruments montés sur un pied. Le gonflement de la membrane soulève un levier enregistreur et donne ainsi le signal du gonflement du muscle au point où il est comprimé par la pince n° 1. Le mouvement se traduit sur le tracé par une courbe analogue à celles que nous avons déjà vues précédemment.

Supposons qu'on excite électriquement le muscle au niveau de la première pince, on a le signal de la formation de l'onde à cet endroit du muscle, mais la pince n« 2 ne /lonne pas encore le signal. Pour qu'elle fonctionne, il faut que Tonde, dans son transport le long du muscle, soit arrivée jusqu'à elle ; à ce moment, elle donne à son tour son signal, et l'on voit, sur le tracé, que le deuxième mouvement retarde sur le premier d'un certain espace que l'on peut évaluer en temps, d'après la vitesse connue de la rotation du cylindre.

Les influences qui modifient l'intensité et la durée de la secousse musculaire nous ont paru modifier l'intensité, et la vitesse

Fig. 185. Passages de l'onde musculaire explorés au moyen de deux pinces niyographiquos.

de propagation de l'onde ; ainsi les deux courbes inférieures représentées sur la figure 186 montrent que le transport de l'onde est ralenti par le froid.

L'expérience a été faite sur les muscles de la cuisse d'un lapin

Fig. 186. Tracés du passage de l'onde musculaiie.

Les pinces étaient placées aussi loin que possible l'une de l'autre: à 7 centimètres environ, l'excitation électrique est appliquée à r extrémité inférieure du muscle. On obtient les deux courbes sujiérieures de la figure 186, L'intervalle qui sépare ces courbes mesure

CARDIOGRAPHIE. 357 la durée du transport de l'onde musculaire. Après avoir refroidi le muscle avec de la glace on obtint les courbes placées au bas de la figure. On voit que le transport de l'onde est ralenti, car il y a plus d'intervalle entre ces courbes qu'entre les premières.

Cardiographie physiologique.

Ces expériences avaient pour but de fixer la physiologie et la médecine sur la succession véritable des différents actes d'une révolution cardiaque, et particulièrement sur la signification du choc du cœur. La plupart des auteurs admettaient, avec Harvey, que le cœur bat au moment de la systole ventriculaire, mais

Fig. 187. Dispositions des appareils pour la cardiographie physiologique.

l'idée opposée avait ses adhérents ; enfin, un nombre considérable de théories avaient régné ou régnaient encore à cet égard.

C'est avec le concours de mon collègue et ami Chauveau que ces expériences furent faites en 1861. Le plan consistait à inscrire simultanément la pression du sang dans l'oreillette et dans le ventricule, en même temps qu'on enregistrerait la pulsation cardiaque. La superposition des tracés de ces ^différents actes devait trancher la question litigieuse.

En effet, il est clair que le moment où se fait la systole des ventricules doit être reconnaissable par la haute pression que sup« porte alors l'ampoule manométrique plongée dans ces cavités. Il restait donc à savoir si le choc du cœur coïncidait ou non avec le moment de la systole des ventricules.

Les trois leviers représentés dans la figure 187 devaient inscrire : le premier, lo, la pression du sang dans l'oreillette droite d'un cheval; le second, /u, la pression dans le ventricule droit ; le troisième levier, le, devait tracer la pulsation du cœur contre les parois thoraciques.

Les extrémités de ces trois leviers, exactement superposées les unes aux autres, traçaient en même temps, sur une bande de papier conduite par le mouvement d'horlogerie H.

A chacun des trois tambours à levier se rendait un tube mis en communication avec une ampoule manométrique.

Les deux ampoules qui devaient explorer la pression du sang dans les cavités du cœur droit étaient réunies en un seul instrument que nous avons nommé sonde cardiaque droite et qui s'introduisait par une veine jugulaire jusque dans les cavités droites du cœur,

La sonde cardiaque droite représentée figure 188 est une sorte de sonde à double courant qui porte l'ampoule du ventricule V et celle de l'oreillette 0. Ces deux ampoules sont formées d'un tube de caoutchouc soutenu par une carcasse de fil d'acier qui l'em-

Fig. 188. Sonde cardiaque droite avec les détails de sa structure.

p^che de s'affaisser entièrement sous la pression du sang, tout en lui permettant de changer légèrement de volume sous l'influence des variations de cette pression. Des tubes séparés mettent chacune de ces ampoules en communication avec les appareils

CARDIOGRAPHIE. 359

inscripteurs. On peut voir sur la coupe de la sonde cardiaque droite les détails de sa construction. L'ampoule Y, destinée au ventricule droit, communique par son tube TV avec le levier Iv (fig. 187). L'ampoule 0, destinée à l'oreillette, communique par le conduit extérieur avec le tube TO et le levier lo. La sonde s'introduit par la veine jugulaire du cheval J (fig. 189), jusque dans les cavités du cœur droit. La longueur qui sépare les ampoules Y et 0 est telle, que, lorsque Y est dans le ventricule, 0 occupe l'oreillette. Il suffit donc, pour arriver à une bonne position des ampoules, de les enfoncer par la veine jugulaire jusqu'à ce qu'on éprouve une résistance absolue due au contact de l'ampoule Y avec le fond du ventricule droit.

La figure 189, qui représente le cœur du cheval, vu par sa face

Fig. 189. Positions occupées par les ampoules de la sonde cardiaque droite dans le cœur du cheval; elles sont marquées par de petites croix.

droite, montre la position précise de ces deux ampoules. Cette i)0sition est indiquée par deux petites croix.

L'ampoule initiale, destinée à transmettre la pulsation cardiaque au levier sphygmographique qui l'enregistrera, est à peu

près semblable à celle que porte la sonde cardiaque. Placée

à l'extrémité du tube te, elle est représentée en c (fig. 187).

CARDIOGRAPHIE. 361

Cette ampoule, pour être mise en place, nécessite une incision de la peau et un décollement des muscles intercostaux internes et externes dans l'intervalle desquels elle doit être enfermée. On peut indifféremment la placer à droite ou à gauche, pourvu que l'on choisisse le quatrième espace intercostal au ni veau duquel la masse ventriculaire n'est pas recouverte par le poumon.

Dans la figure 189, le chiffre 4 (quatrième espace intercostal) indique le point où l'ampoule doit être appliquée.

La figure 190 représente les tracés de l'oreillette droite (n" 1), du ventricule droit (n° 2) et de la pulsation cardiaque (n° 3) pris simultanément pendant quatre révolutions complètes du cœur. Une échelle permet de mesurer, en fractions de seconde, la durée des moindres mouvements de l'organe. La figure se lit de gauche à droite; à mesure que les ondulations de ces tracés sont expliquées, elles sont marquées au trait plein, au lieu de l'être au trait ponctué.

1" révolution. Deux lignes verticales a, b indiquent le début de la systole auriculaire o et de celui de la systole ventriculaire v. Prolongées sur le tracé inférieur, ces lignes montrent que la contraction de l'oreillette précède le choc du cœur, et que celui-ci commence avec la contraction du ventricule.

2^" 7'évolution. On y voit la durée et la forme des systoles auriculaire et ventriculaire et de la pulsation cardiaque, ainsi que le mode de réplétion des cavités du cœur pendant leur période de relâchement. La systole de l'oreillette n'a qu'une durée trèsminime; presque instantanée, elle finit en o', au moment même où elle arrive à son maximum, et avant que le choc débute. La systole du ventricule a une durée beaucoup plus longue. Arrivée à son summum, en d', la pression qu'elle développe se maintient à peu près au même degré jusqu'au relâchement. La pulsation cardiaque présente exactement la même durée que la systole ventriculaire, preuve que ce sont deux phénomènes connexes. La forme toutefois est un peu différente, caria courbe de la pulsation, à partir du moment où elle est arrivée à son maximum, en c', subit un abaissement continu jusqu'au moment où survient le relâchement ventriculaire ; cet effet est le résultat de la déplétion graduelle du ventricule en contraction. Un effet inverse se produit pendant la période de relâchement du cœur: l'ascension graduelle des trois courbes qui se manifeste alors indique la réplétion progressive des cavités cardiaques par l'afflux du sang qui revient des

veines. Une petite ondulation ff\ placée à l'extrémité de cette ligne de réplétion diastolique, exprime, dans la courbe ventriculaire et dans la courbe de la pulsation, la contraction de l'oreillette.

3« révolution. Elle montre l'efTet des mouvements valvulaires dans les tracés. La valvule auriculo-ventriculaire, au moment où elle est fermée, éprouve des oscillations qui se traduisent par de petites ondulations, en /idans le tracé de l'oreillette, en h' dans le tracé du ventricule, en h" dans le tracé du choc. Une petite ondulation analogue i i' i" est produite, dans les tracés, par le claquement des valvules sigmoïdes.

4^ révolution. Tous les mouvements du cœur s'y trouvent marqués au trait plein, c'est-à-dire qu'ils sont tous précédemment décrits et expliqués.

La disposition ci-dessus indiquée du cardiographe avait sjartout pour objet d'établir expérimentalement la théorie du cœur, c'est-àdire de fixer la succession réelle des trois phénomènes principaux dont nous avons parlé. Mais il fallait prouver, en outre, que les deux ventricules exécutent leurs mouvements systoliques et diastoliques d'une manière parfaitement synchrone.

A cet effet, nous construisîmes une autre sonde qui devait être placée dans le ventricule gauche et signaler la concordance ou l'alternance des mouvements de ce ventricule avec les mouvements indiqués par l'appareil pour les cavités droites.

La sonde cardiaque gauche est représentée figure 191.

Son ampoule a, un peu plus résistante que celle de la sonde droite.

Fig. 191. Sonde cardiaque pour le ventricule gauche.

puisqu'ellejdoit subir un effort plus énergique, est montée sur un tube de cuivre a f. Ce tube s'adapte en g au tube de caoutchouc qui se rend à l'appareil sphygmographique. C'est par la carotide de l'animal qu'on introduit cette sonde; on l'enfonce doucement jusqu'à la rencontre des valvules sigmoïdes de l'aorte, et profitant du moment d'une systole ventriculaire où ces valvules sont ouvertes, on la pousse vivement dans le ventricule. Pour se diriger

CARDIOGRAPHIE. 363 dans l'introduction de cette sonde, il faut savoir de quel côté est orientée l'ampoule qui fait, avec l'axe du tube métallique, un angle de l35o environ. A cet effet, une tige c, servant de repère, est implantée perpendiculairement à la direction du tube et tournée du même côté que l'ampoule dont elle permet de connaître la direction dans l'aorte du cheval.

Rapports des systoles de cavités droites et gaueiies.

En enregistrant les mouvements dd ventricule gauche avec ceux de l'oreillette et du ventricule droits fournis par la sonde cardiaque droite, on obtient la figure 192, qui montre le parfait synchronisme du mouvement des deux ventricules. Toutefois, une différence doit être signalée dans la forme de ces deux mouvements. Le maximum

jl

Vent

Ht

-+-bld

LJ

Fig. 192. Tracé de l'oreillette droite, du ventricule droit et du ventricule gauche.

de l'effort développé par la contraction correspond au début du mouvement, en m, dans le ventricule droit, et se manifeste à la fin, en m', dans le tracé du ventricule gauche. Ajoutons que le claquement des valvules sigmoïdes v v' est plus accentué à gauche qu'à droite, ce qui est dû à ce que la pression aortique est plus forte que la pression de l'artère pulmonaire.

Rapports de la systole venfriculaire avec la pulsation aortique.

Ligne 1. Une sonde placée dans le ventricule gauche donne le tracé de deux révolutions du cœur. Au point «, cette sonde est retirée dans l'aorte ; elle donne alors la forme de deux pulsations aorMques (une ligne ponctuée indique la forme qu'aurait le tracé si la sonde était restée dans le ventricule à partir du point a).

Mj

zrrr

Fig. 193. Courbe n" l. Pression dans le ventricule gauche d'un cheval ; à l'instant a on retire la sonde dans l'aorte. — Ligne 2, pression du sang dans l'aorte.

Cette courbe montre que de b en c, c'est-à-dire'pendant la systole ventricwlaire, la pression présente à peu près les mêmes caractères dans le ventricule et dans l'aorte qui, à ce moment, communiquent largement l'un avec l'autre.

Ligne n° 2. Une autre sonde, placée à demeure dans l'aorte, montre que la pulsation aortique ne se produit qu'à un certain moment de la contraction ventriculaire : lorsque la pression du sang dans le ventricule est devenue assez forte pour soulever les valvules sigmoïdes. Le premier effet de la systole ventriculaire ne produit qu'un ébranlement de ces valvules, ce qui se traduit par la petite ondulation b'.

Dans les deux tracés, les ondulations c et c' correspondent à la

CARDIOGRAPHIE. 365

clôture des valvules sigmoïdes. La ligne descendante qui suit exprime l'abaissement de la pression dans l'aorte par suite de l'écoulement du sang entre deux afflux consécutifs.

Évaluation iiianométriqiie de l'effort développé par les différentes

cavités du cœur.

Le cardiographe indique, d'après la hauteur croissante ou décroissante des courbes qu'il trace, l'énergie plus ou moins grande des systoles des oreillettes ou des ventricules; mais ce ne sont là que des indications relatives dont on ne saurait rapporter la valeur à une commune mesure. Le manomètre à mercure, au contraire, fournit immédiatement la valeur réelle des pressions qu'il signale; mais nous avons vu que cet appareil, très-bon pour indiquer les pressions constantes, ne saurait signaler fidèlement des pressions qui éprouvent des variations brusques. En elTet, la colonne de mercure de l'instrument, mise en mouvement par un brusque changement de pression, prend une vitesse acquise en vertu de laquelle son niveau ne s'arrête pas au maximum ni au minimum réel de la pression qu'elle devrait signaler, mais les dépasse tous les deux. Cet elîet est produit par l'inertie du mercure ; il serait moindre pour des manomètres construits avec des liquides moins denses ; il est sensiblement nul pour les appareils dans lesquels les pièces mises en mouvement par les changements de la pression n'ont que très-peu de masse; le cardiographe est précisément dans ces conditions.

11 s'agit donc de mesurer, avec le manomètre à mercure, la valeur des différentes pressions que le cardiographe exprime par des hauteurs plus ou moins grandes de la courbe enregistrée. En un mot, il faut graduer les indications du cardiographe en prenant pour étalon le manomètre à mercure. (Voir Technique, chap.viii.)

Lorsqu'on a construit l'échelle des indications du cardiographe, on détermine aisément la valeur absolue des pressions à tout instant, dans les différentes cavités du cœur. Dans nos mesures nous avons trouvé avec Ghauveau des valeurs très-variées ; ainsi dans un cas les maxima de la pression étaient les suivants :

Oreillette droite. ., Ventricule droit. .

Ventricule gauche

Sur un autre animal, nous avons obtenu les valeurs suivantes :

Ventricule droit 30""°

Ventricule gauche 95

Chez un vieux cheval, l'écart était énorme entre les maxima de pression des deux ventricules : .

Ventricule droit. .

Ventricule gauche

De la pression dans les différentes cavités splanchniques; expériences de Luciani.

Une série de manomètres inscripteurs du modèle de Fick étant disposés pour tracer sur un même cylindre, Luciani conduit à chacun de ces instruments la pression prise dans une des cavités splanchniques : thorax, abdomen. Un tube explore la pression latérale de l'air dans la trachée par la méthode de Hering et Breuer ^ D'autre part, on fait respirer l'animal dans un vase de grande capacité où l'on explore la pression avec un manomètre inscripteurs

Enfin, deux prises de pression sont établies, l'une dans l'œsophage, l'autre dans la vessie ou le rectum, pour fournir la valeur des pressions intra-thoracique et intra-abdominale. Cette disposition qui permet d'agir sans mutiler l'animal semble destinée à fournir d'importants résultats. C'est une sorte de sonde manométrique analogue à celles de la Cardiographie physiologique que l'on introduit dans l'œsophage ou dans le rectum. La pression agit alors d'une manière médiate, suivant l'expression de l'auteur, soit pour dilater, soit pour comprimer l'ampoule de cette sonde.

Les résultats obtenus par Luciani diffèrent sensiblement de ceux que j'ai obtenus moi-même dans des conditions assez analogues, et je ne serais pas éloigné de croire que dans la dis-

1. Tube bifurqué; une branche s'ouvre à l'air libre, l'autre se rend à un manomètre de Fick ou à un tambour à levier. (Hering et Breuer, Wiener Sitz un gsberichte 1868-69.)

2. J'ai employé le même procédé, en 1865, pour rechercher la concordance entre les mouvements respiratoires et ceux de l'air. {Pneumographie, in Journal de VAnat. et de la Pliys. de Robin, 1865.)

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